Aphorisme du frelon 2
3 juillet 2012 par JMD
La transhumance estivale va commencer. Les aphorismes jacobiens reviennent. Tous les jours, ceux du pays des frelons d’abord, ceux du mois d’août ensuite, ils font voler en éclat cet insupportable consumérisme qui voudrait que l’été soit aussi chaud dans les maillots que la rentrée sociale battant le pavé des rues. Mais la météo se fout bien du droit naturel à l’existence. Pas nous. Un été d’aphorismes pour réfléchir sur son transat, devant son barbecue ou les deux pieds dans l’eau. Un été d’aphorismes pour révéler la brûlante actualité de la pensée et des combats d’un illégaliste devenu fagot et marchand forain, libre et rétif à l’autorité qu’elle soit instituée ou non. Et, en attendant la reprise, vous pouvez aussi nous envoyer vos articles, vos clichés d’Alexandre Jacob l’honnête cambrioleur (voir rubrique Voyage) ou vos dessins, vos remarques et vos commentaires, nous nous ferons un plaisir de les mettre en ligne sur cette fenêtre ouverte.
Assorti de dessins assez laids, le livre commis par Jacques Colombat serait selon les dires de d’Alexandre Clément (qui anime un excellent blog sur la littérature, le cinéma et le roman noir) la plus mauvaise et la plus inutile des biographies sur Alexandre Jacob. Il conclut même le papier qu’il nous a transmis le jour du 1er tour de l’élection présidentielle française en enterrant une caricature de l’honnête cambrioleur. C’est peu dire que nous agréons le propos et que nous allons mettre ce livre très paresseux, et somme toute très onéreux (15€00) pour ce qu’il est, sous le sable de notre serviette de plage en espérant qu’il soit comme le propos contenu … biodégradable.
Jacques Colombat, Alexandre Marius Jacob, le forçat intraitable, Riveneuve, 2012
Le personnage d’Alexandre Jacob continue son bonhomme de chemin à travers de nombreuses publications. Récemment on l’a aperçu dans trois ouvrages de fiction. Le premier est celui de Jean Contrucci, Le secret du docteur Danglars, où il n’est qu’un personnage tout à fait secondaire, le second est celui de Gilles Del Pappas publié en 2011. Ce dernier ouvrage rompt volontairement avec la réalité biographique pour lui inventer des aventures rocambolesques. Et enfin, on le retrouve dans la suite d’Antoine Barral, Les philopyges, suite publiée en deux volumes. Lire le reste de cet article »
Plutôt que de souffrir sur votre serviette de plage en effeuillant le dernier livre de Marc L., plutôt que de s’endormir sur le transat en tournant les trop nombreuses et trop lourdes pages du dernier opus d’une énième reine du polar venue d’outre-atlantique, plutôt que d’intellectualiser à outrance ou ailleurs votre ennui en tentant de déchiffrer le fécal verbiage du dernier essai d’Alain M. ou d’Alain F., pourquoi ne pas se dérider un peu les zygomatiques cet été ? Les Éditions de la Pigne vous proposent une amusante étude sociologique sur les porteurs de bonnet péruvien et une drolatique plongée dans les bas fonds d’un bocal à poisson rouge. Les MEGOUSTASTOUX vous invitent à un extraordinaire voyage dans l’altermonde possible tandis que le BOCALBLUES du dessinateur Gil permettra à toute la famille de rire à branchies déployées avec les trépidantes, loufoques et surréalistes aventures de l’aquatique animal. Parce qu’il vaut mieux être copain avec un poisson rouge quand la mer monte, nom d’une Pigne ! Lire le reste de cet article »
Claude Nerrand nous invite en juin 1993 à la découverte de Marius Jacob. Le président de l’office du tourisme de Reuilly organise en effet en cette fin de printemps berrichon une exposition consacrée à la gloire locale, mais néanmoins méconnu du commun. L’ancien colonel a effectué quelques recherches – une lettre envoyée aux archives municipales de Marseille – lu quelques livres et recueilli les témoignages des locaux (surtout ceux de ses « vrais » amis). Pour faire venir le chaland, il donne une série de six articles sur la célébrité de Bois Saint Denis dans les colonnes de La Nouvelle République du Centre Ouest. Dans un style simple, souvent simpliste et naïf, le biographe en herbe dresse alors le portrait d’un aventurier finissant dans pays où il ne se passe rien et que lui cherche à dynamiser. Lire le reste de cet article »
La déclaration des 66 anarchistes, jugés à Lyon pour leur affiliation à l’AIT du 8 au 19 janvier 1883, peut se retrouver sur de nombreux sites et en particulier les excellents Éphéméride anarchiste et Rebellyon.info. Elle a toute sa place dans le blog de l’honnête cambrioleur, fenêtre ouverte sur l’illégalisme et la propagande par le fait car elle détermine le type de stratégies et d’attitudes que vont adopter les prévenus au cours des 30 années suivantes, nous dit David Doillon dans l’article Illégalistes, parfaitement ! paru dans le n°22 de la revue Réfractions au printemps 2009. En effet, et comme le souligne le mémoire de maîtrise de Laurent Gallet, il s’agit d’un procès d’opinion où à la volonté judiciaire, politique et médiatique de mettre à l’index l’idée et le militant anarchistes répond un concentré de propagande libertaire. Lire le reste de cet article »
En ce début du mois de juillet 1905, Alexandre Jacob poursuit dans sa geôle, l’écriture des ses Souvenirs d’un révolté et indique ne pas souffrir de son emprisonnement. Il se gausse même de la médecine carcérale, dans ces deux lettres du pays des frelons, à l’approche de son procès et s’enquiert en revanche de la santé de sa mère. Mais il laisse surtout éclater sa colère en faisant le compte-rendu des conditions de la détention de sa génitrice. Les dix condamnés d’Amiens qui avaient fait appel sont transférés le 8 juillet à Laon. Lire le reste de cet article »
A procès exceptionnel et fortement médiatisé répond des mesures de sécurité en conséquence. La presse locale et nationale se complaît à cet égard à donner l’impression d’une ville, Amiens, en état de siège à l’approche de la comparution des Travailleurs de la Nuit. La préfecture de la Somme n’a, en effet, pas lésiné sur les moyens pour assurer la sécurité et le bon déroulement des débats judiciaires qui se tiendront à partir du 08 mars 1905 (voir Article Haute Sécurité du 19 avril 2009). La tension est palpable dans une petite ville de province devenant le centre d’une affaire dont l’ampleur dépasse le cadre hexagonal. La peur des anarchistes, agissants et malfaisants, ressurgit. C’est bien de cela dont se gausse le petit article que Germinal a inséré en chronique locale dans son numéro 08 en date du 17 au 25 février. Le papier relate la drolatique mésaventure survenue à un apprenti couvreur non loin de la prison de Bicêtre où sont détenus Jacob et ses amis. Lire le reste de cet article »
Un propriétaire aura toujours tendance à charger la mule locative lorsque l’occupant s’en va et qu’il s’agit d’établir un état des lieux. De la sorte, les réparations à faire dans le logement désormais vide, qui ne récupèrera pas sa caution et qui, mieux, devra payer un supplément. Pour Monsieur Schweck, heureux possesseur en 1903 d’un appartement au 82 de la Rue Leibniz dans le XVIIIe arrondissement de Paris, l’affaire est réglée d’avance. Les anciens locataires auront beau réclamer ce qu’ils veulent, il n’y a guère de chance que, de la prison de Bicêtre à Amiens, où ils résident désormais, ils soient entendus par quelque bonne âme. Lire le reste de cet article »
Le 21 février 2010, Walter Badier nous faisait remarquer la singularité d’Émile Henry dans l’interview qu’il a bien voulu nous accorder. Le Saint Just de l’anarchie affiche en effet par rapport aux autres propagandistes par le fait trois traits particulièrement marquants. Il est jeune, c’est un intellectuel et surtout il développe dans ses actes comme dans ses propos une extrême violence : Cette radicalité d’Henry apparaît également lors de son procès. En effet, tandis que Ravachol a indiqué son regret d’avoir frappé d’innocentes victimes et que Vaillant a déclaré ne pas avoir voulu donner la mort, Émile Henry lui ne manifesta aucun regret. Bien au contraire, il déploya le plus grand cynisme ; ce qui naturellement eut pour conséquence de scandaliser une large partie de la presse. Le 27 avril 1894 aux assises de la Seine, le jeune homme ne cherche pas à se disculper ni même à sauver sa tête. Lire le reste de cet article »
Aussi anodines qu’elles puissent paraître, ces deux lettres du pays des frelons, fort probablement écrites au début du mois de juillet, n’en contiennent pas moins de précieux renseignements sur le détenu Jacob dont le pragmatisme pousse en premier lieu à sermonner sa mère. Marie Jacob s’affole, semble-t-il, d’un retard normal du courrier. Mais l’honnête cambrioleur, qui liquide sa garde-robe par courrier interposé et par l’entremise des époux Develay, ne peut qu’attendre un procès auquel il décide de ne pas assister et subir la chaleur de la saison estivale qui commence. La poursuite de l’écriture de ses souvenirs d’un révolté va ainsi dans ce sens. Ne pas subir l’enfermement … mais en profiter. Lire le reste de cet article »
Un bocal de verre plein d’eau avec un peu de sable au fond dans lequel tourne en rond un pauvre poisson rouge, génialement borderline, un brin dépressif, un brin looser, pas très futé, voire carrément con dans ses piètres tentatives à transcender son quotidien, voilà le concept du Bocalblues. Un poisson rouge c’est muet, pas de dialogue à imaginer… Un poisson rouge ça n’a ni bras ni jambe, défi amusant à relever … Un poisson rouge c’est très casanier, pas de décor complexe à inventer … Un poisson rouge c’est reposant à dessiner … Et puis il est toujours bon d’en avoir un comme pote quand l’eau monte. Le Bocalblues existe sur Internet depuis novembre 2010, il est désormais vivant sur du papier. En quelques 170 dessins et 80 pages en couleur, Gil fait évoluer son poiscaille dans des situations aussi diverses que loufoques. Le livre vient tout juste de sortir et il est à mettre dans toutes les mains, les mimines toutes potelées comme celles nettement plus ridées. Les Éditions de La Pigne attendent votre commande.
Gil, BOCALBLUES, Éditions de La Pigne, mars 2012, 80 p., 13€00 + 2€00 de frais de port Lire le reste de cet article »
L’atavisme frapperait un Jacob, un Ferrand, un Bour, un Pélissard, un Sautarel et tous les autres. Il donnerait même aux accusés comparaissant aux assises d’Amiens en mars 1905 un faciès de criminel. En dressant le sale portrait lombrosien des Travailleurs de la Nuit, la presse nationale et régionale ne manque bien sûr pas de nourrir le mercantile sentiment d’insécurité qui induit, pour elle, de plus forts tirages. Maurice Lucas, dans le numéro 11 de Germinal, numéro entièrement consacré au procès de ceux que d’autres plumes nomment « la bande sinistre », « les bandits d’Abbeville » ou encore « les 40 voleurs », se plait de toute évidence à casser cette vision de la scélératesse hérédité utilisée jusque dans la salle d’audience pour faire taire le discours et les idées anarchistes que professent les prévenus. Pour parvenir à ses dialectiques fins, l’auteur met en avant les pensées, les aphorismes et les propos de l’honnête cambrioleur et du bijoutier anarchistes, extraits de leurs déclarations et de leurs écrits (Le Pacte pour Sautarel). Lucas transfigure, en fin de compte et dans un bel élan christique, ces hommes, ces rédempteurs de l’humanité, qui ont osé passer de la théorie à l’action en s’attaquant au principe bourgeois de la propriété et que la justice de classe est appelée à condamner fermement. Lire le reste de cet article »
Elle a beau affirmer l’originalité de son grand-père, le journaliste du Nouvel Obs chargé de l’interviewer à l’occasion de la réédition des premières nouvelles de Maurice Leblanc chez Jean-Claude Gawsewitch Editeur en décembre 2011 refuse d’entendre l’évidente vérité. C’est même une manière de la nier que d’imaginer un débat ouvert sur la lupinose, débat qu’il vaudrait mieux laisser aux seuls spécialistes. C’est encore une manière de créditer l’idée que l’écrivain normand ait imaginé son gentleman cambrioleur sur les reprises individuelles d’Alexandre Jacob, plus voleur à coup sûr qu’homme politique agissant. Et pourtant la petite-fille dit non. François Forestier peut alors dresser le portrait d’un dandy lettré ambitieux, rêvant d’une renommée à la Maupassant ou à la Flaubert. A une époque, la fin du XIXe siècle, où nombre de plumes sont anarchisantes, Leblanc se servirait même de ses années de jeunesse, soi-disant toutes imprégnées des idées libertaires, pour créer son héros. Arsène Lupin est de retour. La lupinose, elle, n’est jamais partie et elle fait de sacrés dégâts. Lire le reste de cet article »