Mes tombeaux 11


29 juin 2022 par JMD

Les Allobroges

7ème année, n° 1284,

mardi 10 février 1948, p. 2.

Mes tombeaux

souvenirs du bagne

par Paul Roussenq, L’Inco d’Albert Londres

X

Une fleur s’épanouissait parmi toutes les turpitudes; et cette fleur c’était MAMAN

C’est pourquoi le Bagne avait la mentalité spéciale, son opinion publique et sa morale négative. Les bagnards avaient des besoins et des aspirations qu’il fallait satisfaire, coûte que coûte. Rejetés de la Société qui les ignorait, ils se créaient une manière de vivre qui pouvait heurter les idées reçues, mais qui leur convenait à eux, à défaut d’une vie régulière.

Un esprit de solidarité animait tous les membres de cette communauté de réprouvés. Si leurs faits et gestes n’étaient pas toujours marqués du sceau de l’élégance, ils l’étaient souvent par celui d’une impérieuse nécessité. Lire le reste de cet article »

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Mes tombeaux 10


25 juin 2022 par JMD

Les Allobroges

7ème année, n° 1283,

lundi 9 février 1948, p. 2.

Mes tombeaux

souvenirs du bagne

par Paul Roussenq, L’Inco d’Albert Londres

IX

« J’ai une arme c’est pour m’en servir » disait un récidiviste cinq fois meurtrier. c’était un surveillant

Nous en reparlerons. Notons, au passage, leur esprit mutualiste : à la tête de différents services, ils se fournissaient réciproquement ce dont ils pouvaient disposer dans leur zone d’influence. Le surveillant attaché à la boulangerie du lieu ravitaillait de pain et de farine ses collègues chargés des jardins, de l’abattoir, de la cambuse, de l’hôpital, lesquels faisaient de même à l’égard des autres. Passe-moi la rhubarbe et je te passerai le séné. Lire le reste de cet article »

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Mes tombeaux 9


22 juin 2022 par JMD

Les Allobroges

7ème année, n° 1282,

samedi 7 – dimanche 8 février 1948, p. 2.

Mes tombeaux

souvenirs du bagne

par Paul Roussenq, L’Inco d’Albert Londres

VIII

« On fera garder les forçats par de plus bandits qu’eux » avait dit Napoléon III

Les transportés, donc, étaient divisés en trois classes. Ceux de troisième classe – la grande majorité – étaient astreints aux plus durs travaux. Ils couchaient sur un lit de camp, avec une couverture pour se couvrir. Ils ne pouvaient prétendre à des faveurs. Toutefois, exception faite à l’égard du couchage sur la planche, ces prescriptions ne jouaient que dans la mesure des nécessités ou de l’arbitraire. Ainsi, on utilisait les compétences en matière d’emplois.

Les transportes de deuxième classe, de même que ceux de première classe, avaient droit aux emplois de faveur auxquels ils étaient aptes. Ils couchaient sur des hamacs. Lire le reste de cet article »

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Mes tombeaux 8


18 juin 2022 par JMD

Les Allobroges

7ème année, n° 1281,

vendredi 6 février 1948, p. 2.

Mes tombeaux

souvenirs du bagne

par Paul Roussenq, L’Inco d’Albert Londres

VII

LES FERS, LA PRISON DE NUIT, la CELLULE, et le CACHOT

Tel était le décor où se déroulèrent plus de vingt années de ma vie, la plupart du temps dans le fond des cachots.

STRUCTURE DU BAGNE

Passons rapidement à travers ce chapitre ingrat, mais qui a quand même sa valeur documentaire.

Le Bagne comprenait trois principaux pénitentiers : ceux de Saint-Laurent-du-Maroni, de Cayenne et des Iles du Salut.

L’effectif de la population pénale s’élevait à quatre mille cinq cents individus.

Chaque pénitentier avait à sa tête un commandant administratif. Un surveillant principal et plusieurs surveillants-chefs dirigeaient la cohorte de leurs subordonnés. Lire le reste de cet article »

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Mes tombeaux 7


15 juin 2022 par JMD

Les Allobroges

7ème année, n° 1280,

jeudi 5 février 1948, p. 2.

Mes tombeaux

souvenirs du bagne

par Paul Roussenq, L’Inco d’Albert Londres

VII

Dans la nuit du 12 au 13 novembre 1895 les forçats se révoltèrent à l’île St-Joseph à cause des lois scélérates

Dans l’espace vide entre les bas-flancs, dénommé « coursier », se promenaient ceux qui ne pouvaient rester en place. Au milieu du coursier, se trouvait une moitié de tonneau contenant de l’eau potable. Dans le fond, se trouvaient les lieux d’aisance, adossés à la case et y communiquant par une porte ménagée dans le mur.

On nous apporta de la soupe, – de l’eau chaude où nageaient des haricots qui avaient oublié de cuire. Nous eûmes recours à nos vivres de réserve. Les anciens étaient consignés dans leurs cases. Pas tous, quelques-uns vaquant à des corvées indispensables. L’un d’eux s’approcha d’une fenêtre. « Avez-vous du chocolat, des biscuits, du linge de corps ? » s’informa-t-il. Oui, on en avait. Alors, on pouvait faire des échanges avec des paquets de tabac. Ce que l’on fit. On allait donc pouvoir fumer tout à son aise. Lire le reste de cet article »

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Mes tombeaux 6


11 juin 2022 par JMD

Les Allobroges

7ème année, n° 1279,

mercredi 4 février 1948, p. 2.

Mes tombeaux

souvenirs du bagne

par Paul Roussenq, L’Inco d’Albert Londres

VI

TROIS JEUN ES PARISIENS DE 17 ANS ALLAIENT FINIR LEUR VIE EN GUYANE POUR AVOIR DÉPOUILLIÉ UN IVROGNE

Pauvres types ; ils y seraient bientôt à la Guyane… La plupart d’entre eux y laisseraient leurs os, en même temps que leurs illusions perdues. Je considérai mes compagnons, in petto, sous l’angle humain du psychologue averti. Et je pouvais me rendre compte que beaucoup d’entre eux, irrémédiablement voués à l’abime, auraient pu être sauvés si, au lieu de les châtier sans merci, la société les avait préservés ou secourus. A cette époque, la responsabilité pénale jouait à partir de l’âge de seize ans (depuis, elle a été élevée à dix-huit ans). Lire le reste de cet article »

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Mes tombeaux 5


8 juin 2022 par JMD

Les Allobroges

7ème année, n° 1278,

mardi 3 février 1948, p. 2.

Mes tombeaux

souvenirs du bagne

par Paul Roussenq, L’Inco d’Albert Londres

V

Les 600 transportés du bateau – bagne chantaient dans les « cages » et vivaient dans l’espoir de « la belle »

Et des pleurs coulaient sur les visages.

Une, mère s’imprégnait une dernière fois du visage de son fils qu’elle ne reverrait plus jamais. Des frères et des sœurs s’adressaient d’ultimes adieux. En ces moments tragiques d’une douloureuse acuité, les âmes ulcérées se révélaient pantelantes. Lire le reste de cet article »

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L’homme libre : la souscription


4 juin 2022 par JMD

« Tout jeune, le virus de justice m’a été inoculé, cela m’a valu bien des désagréments. Aujourd’hui encore, au déclin de la vie, la moindre injustice me heurte et réveille en moi le Don Quichotte de mes jeunes printemps. »

Alexandre Jacob 1954

Il était Georges, Attila quand il pillait les églises de France et d’ailleurs ou encore Barrabas dans les camps de travaux forcés guyanais. L’anarchiste de la Belle Époque a fini d’expier ses crimes depuis le 30 décembre 1927. Presque un quart de siècle à payer ses horribles atteintes à la propriété. Prématurément vieilli au régime de la géhenne, l’audacieux Travailleur de la nuit aurait perdu ses repères ? Rien n’est moins faux. Alexandre Marius Jacob (1879-1954), « cambrioleur en retraite », honnête marchand forain au curriculum vitae particulièrement chargé,  a quarante-huit ans. Le bagne ne l’a pas brisé. Il est L’homme libre et a encore des Bastilles à faire tomber, des choses à dire et un amour à assumer. Prison, Josette, anarchie. Lire le reste de cet article »

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Mes tombeaux 4


4 juin 2022 par JMD

Les Allobroges

7ème année, n° 1277,

lundi 2 février 1948, p. 2.

Mes tombeaux

souvenirs du bagne

par Paul Roussenq, L’Inco d’Albert Londres

IV

Le jeune soldat Roussenq, qui avait fait de l’amadou avec sa défroque, qui s’était vu inculpé d’avoir voulu incendier les locaux disciplinaires (en s’y grillant en même temps) et peut-être même la caserne tout entière, et la ville de Gabès par-dessus le marché, s’entend condamner à vingt ans de travaux forcés, quinze ans d’interdiction de séjour et à la dégradation militaire, à la majorité de six voix contre une.

Dans ces cas-là, il y a toujours une voix discordante, ce qui permet de l’attribuer indistinctement à tous les membres délibérants. De même que dans les exécution° d’ordre militaire, il y a toujours un fusil chargé à blanc… Passons. Des six membres du Conseil qui me condamnèrent à cette peine maximum, pas un seul n’est encore en vie, peut-être… Lire le reste de cet article »

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Mes tombeaux 3


1 juin 2022 par JMD

Les Allobroges

7ème année, n° 1276,

samedi 31 janvier – dimanche 1 février 1948, p. 2.

Mes tombeaux

souvenirs du bagne

par Paul Roussenq, L’Inco d’Albert Londres

III

Le directeur Funk! qui lui succéda, n’avait rien d’un argousin. Il punissait si peu que les gardiens se lassèrent vite d’envoyer des détenus devant le prétoire.

Les demandes de grâce, de libération conditionnelle soumises à son appréciation pour avis, trouvèrent en lui un constant approbateur – quelle que fut la conduite de l’intéressé.

Une bienveillance aussi inaccoutumée devait avoir de fâcheuses répercussions sur d’autres plans. Le linge n’était plus aussi blanc et la soupe aussi bonne. On ne pouvait pas tout avoir.

Le 14 août 1907, je bénéficiai d’une libération conditionnelle qui abrégeait ma peine de quelques mois. Lire le reste de cet article »

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Mes tombeaux 2


28 mai 2022 par JMD

Les Allobroges

7ème année, n° 1275,

vendredi 30 janvier 1948, p. 2.

Mes tombeaux

souvenirs du bagne

par Paul Roussenq, L’Inco d’Albert Londres

II

Nous fîmes une entrée sensationnelle dans la bonne ville de Chambéry. Une jeune garçon enchaîné entre deux respectables gendarmes qui allaient avec dignité, le derrière solidement fixé sur leurs montures, ça faisait de l’effet.

Quel crime avait pu commettre ce garnement ? Les gens attroupés sur les trottoirs se le demandaient avec angoisse. Peut-être avait-il étranglé quelque vieille femme ? Quant à moi, le rouge de la honte me montait jusqu’au front. Je n’avais pourtant rien fait de répréhensible. Lire le reste de cet article »

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Mes tombeaux 1


25 mai 2022 par JMD

Les Allobroges

7ème année, n° 1274,

jeudi 29 janvier 1948, p. 2.

Mes tombeaux

souvenirs du bagne

par Paul Roussenq, L’Inco d’Albert Londres

I

Le Bagne été décrit, il y a vingt et quelques années, en premier lieu – et de main de maître – par Albert Londres.

Ensuite, d’autres journalistes sont venus glaner dans ce champ inépuisable d’investigations. Certes, je ne saurais que rendre hommage à ces pionniers de l’opinion publique qui ont dénoncé toutes les turpides. les exactions, les crimes d’une machine à répression qui fonctionnait à plein rendement sous le couvert de l’impunité. Je ne saurais méconnaître les résultats positifs qui ont couronné leurs efforts. Toutefois, il est évident qu’entre le fait de visiter le Bagne entre deux courriers en partance et celui d’en faire partie intégrante, il y a une marge. Lire le reste de cet article »

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Roussenq – MES TOMBEAUX souvenirs du bagne


21 mai 2022 par JMD

S’il arrive parfois que des archives privées refassent surface[1] tels les cahiers et les photographies du Docteur Léon Colin en 2015[2] ou encore la correspondance du bagnard Arthur Roques en 2021[3], il est nettement plus rare d’exhumer et de redécouvrir de précieux documents dans les fonds d’archives publics. Cela n’est pourtant pas impossible et c’est une ultime version des souvenirs de l’ancien bagnard Paul Roussenq que l’archiviste guyanaise Vanessa Van de Walle[4] et les historiens Philippe Collin[5] et Jean-Marc Delpech[6] ont retrouvé en croisant les informations données par le dossier que les époux Beaumier avaient constitué dans les années 1980. Un peu moins d’un an et demi avant le suicide de Paul Roussenq à Bayonne, parait le dernier des trente-six articles de « Mes tombeaux – souvenirs du bagne » dans le quotidien grenoblois Les Allobroges le 11 mars 1948 : Lire le reste de cet article »

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Vices de forme


25 avril 2022 par JMD

Accompagnées de saucisses de Toulouse, de jarret ou d’une quelconque autre pièce porcine de choix, les lentilles peuvent constituer – quoi qu’on puisse en dire – un met délicieux et raffiné. Mâtiné de datura stramonium, plante hautement toxique répondant aux doux noms de herbe du diable, herbe aux sorciers, herbe des magiciens, herbe aux voleurs, chasse-taupe, endormie ou encore pomme épineuse, le vulgaire plat devient communément mortel. Le 25 décembre 1908, Alexandre Jacob et Joseph Ferrand, avertis par le forçat Pierre Ferranti m°36029, avaient surpris Joseph Capelletti, m°31036[1], connu pour être coutumier de la funeste pratique, en train de verser du poison dans la gamelle du premier. Lardé de coups de couteau, Capelletti trépasse rapidement. Mais, lors de l’instruction qui s’ensuit immédiatement, la dite gamelle disparait puis réapparait des scellés et Jacob, mis à l’isolement préventif, ne peut prouver la légitime défense puisque l’analyse médico-légale de l’objet incriminé ne révèle aucune trace de datura. Lire le reste de cet article »

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L’homme libre


19 février 2022 par JMD

« Tout jeune, le virus de justice m’a été inoculé, cela m’a valu bien des désagréments. Aujourd’hui encore, au déclin de la vie, la moindre injustice me heurte et réveille en moi le Don Quichotte de mes jeunes printemps. » 1954

Il était Georges, Attila quand il pillait les églises de France et d’ailleurs ou encore Barrabas dans les camps de travaux forcés guyanais. L’anarchiste de la Belle Époque a fini d’expier ses crimes depuis le 30 décembre 1927. Presque un quart de siècle à payer ses horribles atteintes à la propriété. Prématurément vieilli au régime de la géhenne, il aurait perdu ses repères ? Rien n’est moins faux. Alexandre Marius Jacob, « cambrioleur en retraite », honnête marchand forain au curriculum vitae particulièrement chargé,  a quarante-huit ans. Le bagne ne l’a pas brisé. Il est l’homme libre et a encore des Bastilles à faire tomber, des choses à dire et un amour à assumer. Prison, Josette, anarchie. Lire le reste de cet article »

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