Le succès de la série de podcast et de livres Un été avec ne se dément pas depuis que les auditeurs de France Inter ont passé le mois d’août 2012 en compagnie de Michel de Montaigne. Cette collection, qui « a pour ambition d’offrir au grand public une lecture estivale, tonique et décomplexée des grands auteurs classiques », propose depuis lors une quinzaine de titres. Baudelaire, Proust, Machiavel sur les serviettes de plage. Le 15 avril 2026, la chaîne du service public annonce « un nouveau format de livre-podcast disponible simultanément en librairie et à l’écoute sur la plateforme Radio France ». Après Un été avec et Un hiver avec, le premier numéro d’Un printemps avec a été écrit par Grégoire Bouillier et raconté en 52 séquences de 4 à 7 minutes dites par François Morel et Corine Versini.
À vrai dire, nous tournions un peu le dos en ouvrant le livre consacré au « gentleman cambrioleur le plus célèbre de la littérature française » pour au moins deux raisons. La grosse médiatisation, façon bourrage de crâne, avait d’abord de quoi nous rebuter d’autant que nous subodorions ensuite une grosse, une très grosse lupinose que l’on pourrait croire confirmée page 74 : « Cependant, il n’y a pas de rumeur sans feu. Il y a les dates. ». Les hasards de l’histoire ou du temps ont voulu que nous avons dévoré ce volume primesautier d’érudition lupinienne et jacobienne à Étretat !
« Bonjour, Merci pour votre commentaire, Vous retrouverez toutes les explications dans l’article. De plus, de nombreux journaux ce sont penché sur le sujet au cours des années comme l’Echo, l’Echo du Berry, Berry Magazine ou la Nouvelle République. Bien entendu, rien n’est sûre puisque Maurice Leblanc n’a jamais donné la réponse à cette question. Mais il faut avouer qu’il y a de grosse concordance entre la création d’Arsène Lupin (et son caractère) et la vie d’Alexandre Marius Jacob. Aurons-nous, un jour, le fin mot de l’histoire ? Ce n’est pas certains ! Cordialement, »
Sandrine nous a répondu quasi immédiatement. Son article « Arsène Lupin, une histoire berrichonne ? » a été mis en ligne sur le site de promotion touristique Berry-Province le 19 juillet 2023. Le 19 juillet, c’est le jour de la Saint Arsène ! Aujourd’hui, lundi 28 août 2023, c’est l’anniversaire de la mort d’Alexandre Jacob. Nous avions envie, entre deux articles sur Paul Roussenq, d’un peu de causticité. Et, tout venant à point à qui sait attendre comme dit l’adage, nous n’avons pas patienté longtemps.
Vendredi 27 août 1954, Josette est partie depuis quatre jours ; Marius met son plan à exécution. Il a tout prévu. Morphine et monoxyde de carbone. L’anarchie c’est l’ordre et l’organisation sans le pouvoir. Berthier, Rousseau, Sergent se sont refusés à lui donner des conseils. Des fadas ! Dans l’après-midi, il a offert un goûter aux enfants du hameau. Boudin, purée, limonade et un tour dans la vieille Buick[1]. Une sorte de cène donné par Attila-Barrabas. La veille, il a écrit ses dernières lettres : une pour Guy Denizeau, une pour Louis Rousseau, une pour Pierre-Valentin Berthier, une pour Robert Passas. Il a même trouvé même la force de faire à Alexis Danan la critique du Cayenne[2] qu’il n’avait pas lu jusqu’à présent. Au mois de juillet, le journaliste était passé le voir et en avait tiré un article, Le crépuscule du justicier, paru le 3 août dans Franc-Tireur et conçu comme une nécrologie ante-mortem :
« Jacob, dans un village gris et vert du Berry, non loin d’une rivière à peupliers moirés, est maintenant un vieillard au profil d’universitaire à la retraite, qui tire tranquillement le bénéfice d’une vie depuis toujours entraînée à la solitude, parfois sépulcrale. Sa maison est à lui, dans les noyers et les herbes hautes, qu’il n’a plus le goût de faucher. Il regarde les choses peu à peu répondre à son détachement d’elles. (…) Reverrai-je encore ce visage, l’un des plus beaux que je connaisse, buriné par une intelligence qui n’a brûlé que pour le gratuit service des autres, pour ces indifférents, ces ingrats et ces médiocres qu’on appelle les autres ? »
« Tout jeune, le virus de justice m’a été inoculé, cela m’a valu bien des désagréments. Aujourd’hui encore, au déclin de la vie, la moindre injustice me heurte et réveille en moi le Don Quichotte de mes jeunes printemps. »
Alexandre Jacob 1954
Il était Georges, Attila quand il pillait les églises de France et d’ailleurs ou encore Barrabas dans les camps de travaux forcés guyanais. L’anarchiste de la Belle Époque a fini d’expier ses crimes depuis le 30 décembre 1927. Presque un quart de siècle à payer ses horribles atteintes à la propriété. Prématurément vieilli au régime de la géhenne, l’audacieux Travailleur de la nuit aurait perdu ses repères ? Rien n’est moins faux. Alexandre Marius Jacob (1879-1954), « cambrioleur en retraite », honnête marchand forain au curriculum vitae particulièrement chargé, a quarante-huit ans. Le bagne ne l’a pas brisé. Il est L’homme libre et a encore des Bastilles à faire tomber, des choses à dire et un amour à assumer. Prison, Josette, anarchie. Lire le reste de cet article »
« Tout jeune, le virus de justice m’a été inoculé, cela m’a valu bien des désagréments. Aujourd’hui encore, au déclin de la vie, la moindre injustice me heurte et réveille en moi le Don Quichotte de mes jeunes printemps. » 1954
Il était Georges, Attila quand il pillait les églises de France et d’ailleurs ou encore Barrabas dans les camps de travaux forcés guyanais. L’anarchiste de la Belle Époque a fini d’expier ses crimes depuis le 30 décembre 1927. Presque un quart de siècle à payer ses horribles atteintes à la propriété. Prématurément vieilli au régime de la géhenne, il aurait perdu ses repères ? Rien n’est moins faux. Alexandre Marius Jacob, « cambrioleur en retraite », honnête marchand forain au curriculum vitae particulièrement chargé, a quarante-huit ans. Le bagne ne l’a pas brisé. Il est l’homme libre et a encore des Bastilles à faire tomber, des choses à dire et un amour à assumer. Prison, Josette, anarchie. Lire le reste de cet article »
Église de Châtillon-Saint-Jean, Drôme, lundi 21 janvier 2019. Il est 16 heures. René se lève, caresse tendrement le cercueil. Il s’approche du micro que lui tend le curé de la paroisse. Les yeux gonflés de son amour brisé, René parle et c’est juste beau. Il lit lentement, sa voix se casse par endroit. Il s’arrête, souffle un peu, puis reprend. Ce n’est pas un panégyrique, ce n’est pas une oraison funèbre. C’est un dernier salut, un si beau salut. Onze ans se sont écoulés depuis leur première rencontre. Onze années d’un bonheur parfait bouffées, laminées par ce méchant crabe qui ne lui a laissé que si peu d’alternative. Josette Duc est morte et son René, son beau René, « son prince charmant en or massif » l’a accompagnée jusqu’au bout de la vie. Lire le reste de cet article »
« Assagi » ? Rien n’est moins faux. Le bagne ne l’a pas cassé et, même s’il semble avoir abandonné ses prétentions illégalistes, nous pouvons retrouver Alexandre Jacob à Paris aux côtés de Léo Malet dans une organisation pacifiste, ou encore chez Jeanne et Eugène Humbert contractant un mariage blanc avec une antifasciste italienne réfugiée en France. La participation active au livre du docteur Rousseau en 1930, la tenue d’une conférence avec Antoine Mesclon un an plus tôt, des articles et des témoignages pour faire libérer Paul Roussenq et Paul Vial de l’enfer guyanais, montrent qu’il n’a de cesse de dénoncer l’horreur carcérale. « À bas les prisons, toutes les prisons ! » lance-t-il encore en conclusion de sa « Lettre ouverte à Georges Arnaud » en avril 1954 dans Défense de l’homme, le mensuel de Louis Lecoin. Lire le reste de cet article »
Nous n’aurons pas l’outrecuidance de nous poser en amateur œnologue éclairé et averti. Nous ne vous parlerons donc pas de sa cuisse et de sa robe, de sa couleur et de sa force ou même, pourquoi pas, de sa durée en bouche. Le blanc de Reuilly est bigrement bon, foutrement bon, incontestablement bon. AOC depuis le 9 septembre 1937. Un peu moins de deux ans plus tard, l’honnête forain vendant sa bonneterie sous l’enseigne Marius dans les foires et marchés des environs s’installait avec sa femme Pauline et sa mère Marie dans une petite maison du hameau de Bois Saint Denis. Un honnête forain. Ce n’est que bien plus tard que les indigènes du cru – sic – apprirent qu’il fut aussi cambrioleur, bagnard et anarchiste. Lire le reste de cet article »
Église de Châtillon Saint Jean, Drôme, lundi 21 janvier 2019. Il est 16 heures. René se lève, caresse tendrement le cercueil. Il s’avance vers l’autel et s’approche du micro que lui tend le curé de la paroisse. Le sanctuaire catholique est plein à craquer. Les yeux gonflés de son amour brisé, René parle et c’est juste beau. Il a préparé son texte, il lit lentement, sa voix se casse par endroit. Il s’arrête, souffle un peu, puis reprend. Ce n’est pas un panégyrique, ce n’est pas une oraison funèbre. C’est un dernier salut, un si beau salut. Il dit ce jour, cette soirée dansante magique où il a rencontré Josette, sa Josette, sa belle Josette qui lui avait malicieusement laissé son numéro de téléphone écrit à la va-vite sur une serviette en papier. Onze ans se sont écoulés. Onze années d’un bonheur parfait bouffées, laminées par ce méchant crabe qui ne lui a laissé que si peu d’alternative. Josette Duc est morte et son René, son bon René, son beau René, « son prince charmant en or massif » l’a accompagnée jusqu’au bout de la vie. Lire le reste de cet article »
Émanation en 1988 du Petit Solognot, le plus anciens des gratuits d’info, Le Petit Berrichon renait de ses cendres en 2010. Ce bimensuel d’une vingtaine de pages tire depuis à environ 40000 exemplaires distribué dans plus de 150 communes du Berry. A l’instar de son petit prédécesseur et petit confrère, il fourmille de petits renseignements et de petites annonces sur la petite vie locale de cette si grande terre d’inspiration. C’est d’ailleurs, parfois … souvent là que le petit bât blesse et que l’on a grand mal à digérer son petit boudin, ses petites couilles d’âne et sa petite tourte à la patate. Une terre d’inspiration ? Assurément ! … et de lupinose aussi. Lire le reste de cet article »
Petit à petit, nous avons dressé un portrait. Nous avons tenté de dresser plutôt. Alexandre Jacob n’est pas un simple voleur. Il n’est pas non plus un aventurier hors norme. Sortie de son contexte politique, l’image de l’homme se brouille et nous pouvons entrer facilement dans le champ du mythe. La lupinose n’est pas seulement un gag ; elle est un des paramètres historiographiques de la recomposition de l’image de l’honnête personne qu’il fut. Dès lors, le Jacoblog s’est proposé depuis presque neuf ans, neuf ans au mois d’avril prochain, d’ouvrir ces fenêtres de compréhension en fournissant sources et commentaires pour éclairer l’histoire de l’anarchiste, celle du bagnard, et enfin celle du forain berrichon. L’histoire de l’image de Jacob aussi. Cette histoire est multiforme et n’est pas prête de se fermer. Alors, se reposer un peu, laisser vagabonder ses anarchiques neurones, regarder l’image et simplement jouer en attendant que ne se termine 2016 dans le lit d’orties d’une actualité que nous ne voudrions pas soumise car le droit de vivre ne se mendie pas, il se prend. Il suffit de dire où le jacoblogueur en herbe se trouvait et on offre … que dalle comme d’hab mais on vous dit un grand, une énorme, un incommensurable merci pour nous avoir suivi dans cette honnête et longue piste. Joyeux Noël en rouge et noir et vive les enfants de Cayenne ! Lire le reste de cet article »
Amateurs de vieilles pierres et de ces lieux qui ont fait l’histoire, les journées du patrimoine sont faîtes pour vous. Mais si, pour cette année 2016, la petite bibliothèque ronde de Clamart ne vous tente pas, si la visite du musée national de l’éducation à Rouen ne vous enchante guère non plus, tout comme celle de l’hôtel Groslot à Orléans d’ailleurs, si vous avez déjà testé les bons vieux classiques tels que le palais de l’Elysée, le Grand Théâtre de Bordeaux ou l’hypermarché de votre ville ; il est des endroits reculés, où il ne se passerait rien a priori, presque perdus s’il n’y avait une route communale, un chemin vicinal qui y menait, où Clio a imprimé sa marque. C’est vrai qu’ils sont plaisants, tous ces petits villages, tous ces bourgs, ces hameaux, ces lieux dits, ces cités avec leurs châteaux forts, leurs églises, leurs plages … A Reuilly, dans l’Indre, à quelques encablures de Vierzon et d’Issoudun, on a de la ressource, de l’honnête ressource, du vin et un hyperactif VRP du tourisme local pour promouvoir la gloire du cru (presque un AOC). Lire le reste de cet article »
Remisé l’été 2016 et son lot de balnéaires marronniers. Remisés les serviettes, les tongs et le parasol. Remisée les tueries de masse, les morts accidentelles dans les commissariats, les chiens abandonnés et les corridas assassines des férias du Sud-Ouest. La rentrée s’annonce aussi orwellienne et déprimante qu’un été d’état d’urgence prolongé et si prompt à faire passer la question sociale au second, si ce n’est au troisième, plan. Mais nous n’oublions pas que leurs guerres provoquent nos morts. Alors si le capitalisme se joue du principe de frontière, pourquoi devrions-nous, moutons que nous sommes, aller crever pour la patrie, aller suer misère pour le patron et obéir sans rechigner aux chiens de garde de l’ordre sécuritaire ? « Je hais les résignés » écrivait Libertad en 1905. La même année, l’honnête cambrioleur consignait dans ses Souvenirs d’un révolté : « Au nom de la consigne, ça marche, court, boit, mange, dort ; au nom de la consigne, ça vous salue un supérieur d’une main et ça vous revolvérise un pauvre bougre de l’autre ; au nom de la consigne enfin, ça défend le capital en sabrant et en fusillant les grévistes, ça protège la propriété en faisant la chasse aux sans-le-sou ; ça agit, ça respire, mais ça ne pense pas. ». Le Jacoblog poursuit sa route. Demandez le programme et vive les enfants de Cayenne ! Lire le reste de cet article »
Les plus grandes douleurs ne peuvent pas durer plus que la vie : c’est dire leur inutilité
Lettre à Marie Jacob, île du Salut, 20 octobre 1914
Aujourd’hui, dimanche 28 août 2016, Jacob Alexandre Marius se donnait la mort dans sa maison du hameau de Bois Saint Denis à Reuilly (Indre) il y a soixante-deux ans