Le succès de la série de podcast et de livres Un été avec ne se dément pas depuis que les auditeurs de France Inter ont passé le mois d’août 2012 en compagnie de Michel de Montaigne. Cette collection, qui « a pour ambition d’offrir au grand public une lecture estivale, tonique et décomplexée des grands auteurs classiques », propose depuis lors une quinzaine de titres. Baudelaire, Proust, Machiavel sur les serviettes de plage. Le 15 avril 2026, la chaîne du service public annonce « un nouveau format de livre-podcast disponible simultanément en librairie et à l’écoute sur la plateforme Radio France ». Après Un été avec et Un hiver avec, le premier numéro d’Un printemps avec a été écrit par Grégoire Bouillier et raconté en 52 séquences de 4 à 7 minutes dites par François Morel et Corine Versini.
À vrai dire, nous tournions un peu le dos en ouvrant le livre consacré au « gentleman cambrioleur le plus célèbre de la littérature française » pour au moins deux raisons. La grosse médiatisation, façon bourrage de crâne, avait d’abord de quoi nous rebuter d’autant que nous subodorions ensuite une grosse, une très grosse lupinose que l’on pourrait croire confirmée page 74 : « Cependant, il n’y a pas de rumeur sans feu. Il y a les dates. ». Les hasards de l’histoire ou du temps ont voulu que nous avons dévoré ce volume primesautier d’érudition lupinienne et jacobienne à Étretat !
Ancien militant du GAJ (groupe action jeunesse) puis du GAS (groupe d’action solidariste) de Jean-Pierre Stirbois, Laurent Maréchaux a dirigé de 1975 à 1979 les Cahiers du Solidarisme. Il collabore depuis régulièrement au magazine Historia et publie son premier roman en 2005 aux éditions La Dilettante. Quatre ans plus tard, son livre Hors la loi publié chez Arthaud veut rendre un hommage bien ambigu aux bandits de grand chemin et autres anarchistes, illégalistes, as de la gâchette… qui ont préféré sortir du cadre de la légalité pour affirmer leur attachement viscéral au principe de liberté. Le livre, réédité au format poche en 2018 a été encensé par la presse… Le Figaro, Valeurs Actuelles, Causeur et bien sûr Historia ont adoré cette énumération de mauvais garçons. Le Monde aussi d’ailleurs. Parmi les nombreux lascars et malandrins recensés du VIIe au XXe siècle, il en est un de la page 151 à la page 155 du livre format poche, « éternel rebelle », qui est « entré dans la légende sous les traits » de … qui vous savez.
La chanson, interprétée par Jacques Dutronc en 1973, sert de générique à la deuxième saison de la série TV Arsène Lupin ; elle est un évident succès. Composée par Jean-Pierre Bourtayre sur un texte d’Yves Dessca et Alain Boublil, elle sort en 45 tours deux ans plus tard. On ne compte plus les émissions radios, les documentaires tv, les podcasts l’utilisant en fond sonore pour illustrer un propos amalgamant le héros littéraire de Maurice Leblanc à l’honnête cambrioleur Jacob. Le 13 février 2026, Maria Canel Ferreiro s’est essayé, sans filet et pendant quatorze longues minutes, à cet exercice de haute voltige sur Jukebox. Le podcast, que l’on peut aussi ouïr sur Deezer, Spotify, Castro, Amazon Music, YouTube et d’autres plate-formes encore, fait bavarder la musique…et les chansons. Sans filet et sans source, dame Maria s’est plantée en beauté nous offrant un drolatique festival de lupinose et de méconnaissance anarchiste.
Fondateur et directeur de La Fabrik Audio, Florent Mounier commet des podcasts depuis la création de cette société en 2018 et propose aux entreprises et collectivités de développer des contenus pour « développer leur image de manière divertissante et originale ». Parmi les dits contenus pour le « grand public », il anime aussi la série La Petite Histoire. Le principe est simple et court ; avec un podcast de 10 à 20 minutes nous pouvons édifier et divertir nos esgourdes par « Un récit historique, une anecdote sur l’Histoire, une Histoire de France, une Histoire Universelle, l’histoire d’un grand personnage, des histoires insolites. Laissez-vous emporter par ce balado histoire. » La couleur est mise d’entrée ; pas de prétention à la rigueur historique ! Mais lorsque le 29 décembre 2025 pour le 129e podcast de l’émission il s’agit de présenter « Marius Jacob, le gentleman cambrioleur anarchiste qui a inspiré Arsène Lupin », le site web signale entre autres tags Franck Ferrand et histoire vraie ! Pas de trêve des confiseurs pour les fêtes. Lupinose en podcast continu et de quoi débuter l’année en beauté.
Laurànt Deutsch n’est pas un inconnu. Loin de là. Comédien reconverti dans la science historique, nous savons l’influence néfaste de ce promoteur royaliste du roman national depuis la sortie chez Inculte Éditions en 2013 du retentissant ouvrage de William Blanc, Aurore Chery et Christophe Naudin : Les historiens de garde. Nourri au yaourt à boire (pub Yop en 1997) et par les travaux de Patrick Buisson, collaborateur de Stéphane Bern, porté par le succès éditorial de son Métronome en 2009, le quinquagénaire à la voix de crécelle parisienne fait le bonheur des auditeurs de RTL depuis 2021 avec Entrez dans l’histoire. Le mercredi 10 décembre 2025, il a chopé la lupinose.
L’édifiante vidéo de 4 minutes est mise en ligne sur tous les réseaux sociaux le dimanche 14 septembre 2025 et sur la chaîne YouTube où la radio de service public peut s’honorer de quelques 798000 abonnés : « Son nom ne vous dit peut-être rien, pourtant sa vie a inspiré l’une des histoires les plus connues de la littérature, celle d’Arsène Lupin. » Cela commence par l’emploi du conditionnel puis, par trois fois, nous pouvons ouïr feu Bernard Thomas nous narrer l’extraordinaire geste de celui qui épata Maurice Leblanc lors de son procès. Là, l’usage du conditionnel a disparu et donc le doute lupinien n’est plus permis. Mais cela est affirmé sans source. Cela n’est pas étonnant, des sources, il n’y en a pas. Cela reste d’autant plus décevant que la vidéo fait la promotion de l’épisode de La Série Documentaire de 2018 qui, lui, ne versait pas dans la lupinose pour attirer son auditoire. Bien au contraire !
Dans l’article précédent, nous suggérions l’attrait des Youtubeurs et Youtubeuses pour la lupinose. Culturarium possède un petit millier d’abonnés et dans sa courte vidéo mis en ligne à l’été 2025, il leur offre un véritable festival : Maurice Leblanc qui assiste au procès, Jacob devenu « un génie du crime », des similitudes « simplement troublantes », un magasin de coffres-forts, des vols extraordinaires et un procès à sensation. Le tout est résumé en quelques minutes et toujours sans apport de sources. « Ici on ne se contente pas d’apprendre, on aiguise son esprit ». affirme Culturarium au début de sa vidéo. C’est dommage, la première option suffit mais avec cette vidéo, ce n’est pas gagné.
Cadeau d’anniversaire ? Aujourd’hui, jeudi 28 août 2025, il y a 71 ans, Alexandre Marius Jacob, mettait fin à ses jours dans sa maison de Bois-Saint-Denis, hameau de Reuilly dans l’Indre. La légende lupinienne peut se développer même si elle prend naissance bien avant. Nous aurons l’occasion d’y revenir. On ne compte plus, depuis, les articles de presse, les émissions de radio, ayant franchi le pas, tombant dans la marmite et chopant une belle lupinose (voir la rubrique éponyme de ce blog) . Le monde des youtubeurs et des youtubeuses ne fait pas exception et, parfois, c’est drôle. Face à la camera, Matteo Toiris nous entretient sur sa chaîne d’histoire sur le parallèle entre un héros littéraire, gentleman cambrioleur et un illégaliste anarchiste renommé. Il a des connaissances mais, « pour la légende » certainement, on va dire qu’il mélange allégrement le mythe lupinien et la réalité. Car le bougre, qui met en ligne sa vidéo en 2022, finirait par nous convaincre – sans sources bien évidemment – que le premier a été inspiré par le second. Quatorze minutes environ pour un bel exemple de recomposition historiographique. Pousse vers le haut ? Pas sûr que cela permette de dépasser les deux mille abonnés.
Canicule ? Été 2023. Un gros coup de chaud à la rédaction ? Les stagiaires patinent dans la semoule et dans la sueur. « L’histoire de Maurice Jacob qui a inspiré Arsène Lupin » nous dit le titre de la petite vidéo qui accompagne le propos du magazine Géo sur son site internet en ce mois d’août 2023. Un bien bel article, hélas non signé, vient alors nous expliquer, malgré l’emploi du conditionnel, comment Alexandre Leblanc a pu imaginer en 1905 et écrire deux ans plus tard l’histoire du voleur le plus célèbre de tous les temps. La preuve est parait-il incontestable. Le génial écrivain normand a assisté au procès d’Amiens. La preuve est bien évidemment donnée sans mention de source. Alexandre ? Pardon. C’est le prénom Marius – Maurice qui prévaut ici bien évidemment même si Géo ignore que ce prénom n’est utilisé par Jacob himself qu’à partir de 1931. Géo vient donc de remporter le Lupin d’or de la fumisterie et de l’amalgame.
« Bonjour, Merci pour votre commentaire, Vous retrouverez toutes les explications dans l’article. De plus, de nombreux journaux ce sont penché sur le sujet au cours des années comme l’Echo, l’Echo du Berry, Berry Magazine ou la Nouvelle République. Bien entendu, rien n’est sûre puisque Maurice Leblanc n’a jamais donné la réponse à cette question. Mais il faut avouer qu’il y a de grosse concordance entre la création d’Arsène Lupin (et son caractère) et la vie d’Alexandre Marius Jacob. Aurons-nous, un jour, le fin mot de l’histoire ? Ce n’est pas certains ! Cordialement, »
Sandrine nous a répondu quasi immédiatement. Son article « Arsène Lupin, une histoire berrichonne ? » a été mis en ligne sur le site de promotion touristique Berry-Province le 19 juillet 2023. Le 19 juillet, c’est le jour de la Saint Arsène ! Aujourd’hui, lundi 28 août 2023, c’est l’anniversaire de la mort d’Alexandre Jacob. Nous avions envie, entre deux articles sur Paul Roussenq, d’un peu de causticité. Et, tout venant à point à qui sait attendre comme dit l’adage, nous n’avons pas patienté longtemps.
Spoiler alert ! Lancé en janvier 1995, Mon Quotidien est un journal d’actualité s’adressant aux 10-14 ans dans un style simple et pédagogique. C’est pourquoi on peut trouver des explications de vocabulaire à la fin de chaque article. Vendu uniquement par abonnement, le canard juvénile de huit feuilles traite de tous les sujets même si, bien souvent pour attirer l’œil du préadolescent, la Une affichera une tortue déformée par l’ingestion d’un sac plastique, un bébé panda né dans un zoo quelconque ou encore des enfants travaillant dans d’obscures usines d’un pays émergent. La sortie et le succès mondial au mois de janvier 2021 de la série télé Lupin chez Netflix est l’occasion d’interviewer l’historien Arnaud-Dominique Houte, sur la possibilité de l’existence d’un personnage réel ayant inspiré le créateur du gentleman-cambrioleur. Lupinose ? Lire le reste de cet article »
David Snug est auteur de BD. David Snug est drôle. Il est aussi socialement conscient. David Snug s’appelle en réalité Guillaume Cardin mais Snug c’est mieux. David Snug fait de la musique et quand il ne taquine pas Euterpe au sein des Trotski Nautique, il s’applique à nous dilater la rate avec ses dessins au vitriol. « Maître dans l’art de la punchline, du détournement et de la mauvaise foi, il pointe les travers de notre époque, épingle les puissants, les politiques, les stars de l’industrie culturelle et des médias, et dénonce les conformismes et le militantisme de façade (greenwashing, flexitarisme, etc.). » écrit Nada, son éditeur, à l’occasion de la sortie au début de cette année 2023 de La lutte pas très classe petit livre de 72 pages. David Snug a tranché la question de la lupinose. En effet, comment comprendre l’histoire d’un honnête cambrioleur si on ne prend pas en compte ses motivations politiques ? De fait : « Alexandre Jacob sans lutte des classes c’est Arsène Lupin« . Que David Snug soit ici grandement remercié.
Jenkintown est une bourgade d’environ 4500 habitants dans le comté de Montgomery, non loin de Philadelphie en Pennsylvanie. Si son festival d’arts attire environ 7 000 personnes tous les ans, il n’en demeure pas moins que nous aurions pu ignorer ce charmant coin de liberté étasunienne si un adorable jacoblogueur n’avait pas osé pousser pour nous les grilles de l’honnête cimetière local pour tenter de résoudre l’insondable mystère de l’amalgame between a real french anarchist thief and the gentleman burglar of Maurice Leblanc. Le choc était inévitable et nous adressons nos bienveillantes condoléances à toutes celles et à tous ceux qui sont atteints de la terrible affliction. La lupinose est morte en 1957 !
La Manche Libre, hebdomadaire bas normand d’information générale, diffuse sur Cherbourg, Saint Lo, Coutance, Grandville, Avranches, etc. Positionnée clairement à droite, appelant à voter Sarkozy en 2007 puis en 2012, la feuille tire à soixante – soixante-dix mille exemplaires (chiffres de 2017). Il faut donc pouvoir toute les semaines édifier son lectorat amateur de claquos au lait cru et de cidre fermier. Madame Michu vient de nous quitter à Besneville ; Monsieur Michu a fini dans le fossé avec trois gramme dans le sang à Varenguebec; le chien des époux Michu a mordu le facteur à Orglandes… Alexandre Jacob a visité la demeure de l’amiral Aubry de La Noë à Cherbourg en décembre 1902. Lire le reste de cet article »
Le jeu de mot n’est pas terrible. Nous n’en avons pas trouvé de plus évocateur à la suite du bel article de Pierrick Starsky paru dans le n° 108 de Siné Mensuel (juin 2021) sur le cambrioleur Jacob. Si l’on excepte quelques petites boulettes sans conséquences, l’honnête papier donne une honnête chronologie de l’honnête homme pour qui le droit de vivre – et non « la liberté de vivre » – ne se mendiait pas, elle se prenait. On sent même chez l’auteur une véritable empathie. Y-a-t’il pour autant lieu de « cesser le débat » sur la lupinose comme en appelle le nota bene à la fin du sympathique papier ? Nous n’en sommes pas vraiment sûrs. Lire le reste de cet article »