Articles taggés avec ‘bagne’

L’Oncle, Le Crapouillot et les PD… la suite


vendredi 15 mai 2026 par JMD

Il y a dix-sept ans, l’article L’Oncle et les PD révélait le point de vue du Dr Louis Rousseau sur les pratiques homosexuelles dans les camps de travaux forcés en Guyane. Dix-sept ans plus tard, nous avons mis la main sur le numéro 30 du Crapouillot consacré en 1955 à l’homosexualité. Le magazine de la première série de l’après-guerre du journal (1948-1967) de Galtier-Boissière n’a pas encore revêtu l’uniforme brun de l’extrême-droite ; il traite de l’homosexualité et consacre tout une partie sur cette pratique sexuelle au bagne. Le Crapouillot n’hésite pas alors à reproduire l’intégralité de la prose de Louis Rousseau dans Un médecin au bagne (éditions Fleury 1930, réédition Nada 2020) sur le sujet. L’introduction qui en est faite met en valeur « un livre fort attachant » . Le numéro du journal anticonformiste est assorti d’une intéressante iconographie que l’on ne trouve ni dans le livre de l’ami de l’honnête cambrioleur ni dans la récente étude Mauvais garçons et jolis mômes parue en avril 2026 aux éditions Hors Champs. L’article reprend notamment la reproduction de la superbe aquarelle d’André Dignimont (1891-1965), Les bagnards à Saint-Laurent-du-Maroni que l’on peut trouver en couleur dans l’édition de luxe du livre du créateur du Crapouillot, La bonne vie, paru chez Jonquière en 1928.

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Mauvais garçons & jolis mômes


lundi 11 mai 2026 par JMD

Créées en 2022, les éditions associatives et parisiennes Hors Champ se sont données pour « but de préserver la mémoire des homosexualités et des marginalités ». Fortes de sept ouvrages, elles proposent quatre ans plus tard un intéressant volume au titre évocateur : Mauvais garçons & jolis mômes. Le sous-titre, nettement moins accrocheur, vient alors relever une première de couverture assez froide et à l’esthétique pour le moins minimaliste ; il va éclairer un lectorat non initié : la sexualité au bagne 1748 – 1953. L’étude historique nous emmène donc dans les bagnes portuaires de l’hexagone, en Guyane mais aussi en Nouvelle-Calédonie et à Biribi car l’institution pénitentiaire coloniale et militaire n’aurait pas encore « livré tous ses secrets ».

C’est ce qu’affirme la quatrième de couverture d’un livre non-cartonné de 292 pages au papier glacé, richement illustré, au graphisme soigné, mais hélas pas à la portée de toutes les bourses. 35€ tout de même ! Le texte de présentation insiste donc sur l’aspect novateur de cette longue et « inédite » recherche effectuée par Julien Gomez-Estienne et Philippe Collin, qui auraient réuni « un corpus exceptionnel » pour « une immersion saisissante dans cet univers ». L’étude, fort convaincante dans son ensemble, est-elle pour autant « incontournable » ? L’élogieux propos doit être nuancée.

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Roussenq dans L’Histoire !


dimanche 26 avril 2026 par JMD

L’Histoire n°543 mai 2026, p.83

XIXe-XXIe siècle

L’Incorrigible

En 1909, le matri­cule 37664 Paul Roussenq, 24 ans, soldat au cinquième bataillon d’Afrique, condamné à vingt ans de travaux for­cés par le conseil de guerre de Tunis, dé­barque en Guyane. Il est un numéro parmi d’autres, fiché comme anar­chiste et ayant déjà subi une peine de quatre ans de centrale à Clairvaux. Vingt-trois ans plus tard, à son retour en France, il est devenu l’un des ba­gnards les plus connus des Français.

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Aphorisme des îles du Salut


lundi 9 février 2026 par JMD

Relativement à ma condition, je n’ai pas à me plaindre de mon sort. Du reste, à quoi cela peut-il servir de se plaindre ?

Lettre à Marie Jacob, 8 mai 1916

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Paul Roussenq une vie au bagne


mardi 13 janvier 2026 par JMD

Paul Roussenq (1885-1949) n’avait que les os et la peau. Paul Roussenq c’est le loup dans la fable de La Fontaine. Paul Roussenq a payé cher le prix de sa liberté. Paul Roussenq fut une double victime : d’un ordre social d’abord qui préfère l’affliction à l’amendement et à la régénération parce qu’il est écrit que le délinquant – qu’il soit petit ou grand, multirécidiviste ou non, psychologiquement dérangé ou non, peu importe – doit payer, doit souffrir, dût-il en crever, doit réparer au centuple le mal commis. Un quignon de pain peut vous pourrir la vie. La vie enfermée du vagabond Roussenq nous le prouve : Clairvaux, Biribi, Le Grand Séminaire de Guyane, les CSS de Sisteron et de Fort-Barraux, ainsi qu’un grand nombre de prisons métropolitaines. L’homme est aussi une victime politique car il ne fait pas bon être anarchiste sous la IIIe République. Vingt-trois ans de bagne dont onze année de cachot. Victime politique encore sous la forme d’une marionnette rouge que l’on met au rebut parce qu’elle ne veut plus aller dans le sens voulu par le grand parti des prolétaires. Le parti communiste a vite fait d’effacer les traces du passage de Paul Roussenq, mais Paul Roussenq écrit ses souvenir (sur les bagnes de Guyane et sur l’URSS aussi) et les compagnons anarchistes ne l’oublient pas. La vie de Paul Roussenq éclaire tout un pan de notre histoire coloniale et pénitentiaire. Paul Roussenq a enfin sa biographie. Chez tous les bons et indépendants libraires.

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L’enfer nîmois du bagne – 1936


samedi 25 octobre 2025 par JMD

Paul Roussenq réécrit ses souvenirs pour au moins trois raisons. Cette activité vient briser l’oisiveté, l’apathie et le désœuvrement consécutifs à la claustration. Éternel insatisfait, l’homme éprouve ensuite le besoin continuel de corriger ses écrits, de reprendre et de rectifier ses souvenirs, de rajouter et de préciser des faits. L’ensemble de ses récits et poèmes peuvent enfin et à l’occasion constituer une source de revenus d’autant plus appréciable que, depuis sa rupture avec le parti communiste au début de l’année 1934, Roussenq vit dans l’indigence, alternant les périodes d’hospitalisation et d’emprisonnement quand il n’est pas sur les routes de France et de Navarre. L’anarchiste, libre de toute attache, a quitté en mai 1935 Aimargues dans le Gard où il résidait depuis son retour d’URSS. La main de la justice le condamne à deux mois de prison le 25 mai à Belfort pour infraction à l’interdiction de séjour[1] ; le 15 juin, le parquet de Dijon lui inflige par défaut 100 francs d’amende pour n’avoir pas payé son titre de transport le 9 mai précédent[2]. Il est arrêté en 1936 à Montpellier[3]. En janvier et février de cette année parait « l’Enfer du bagne » dans les colonnes du Républicain du Gard. C’est la septième version des souvenirs de bagne que l’on peut lire désormais grâce à la numérisation de la presse régionale par Gallica, le site internet de la Bibliothèque Nationale de France.

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Au bagne… ou au pilon ?


vendredi 14 mars 2025 par JMD

Les écrits du journaliste Albert Londres sont tombés dans le domaine public français depuis 2002. Le « prince des reporters » disparaissait en mer soixante-dix ans auparavant dans l’incendie, dans le golfe d’Aden, du navire Georges Philippar qui le ramenait de Chine. On ne compte plus depuis les rééditions de ses plus célèbres écrits, et en particulier de Au bagne paru chez Albin Michel à la fin de l’année 1923 dans la nouvelle collection que l’éditeur venait de créer : « Les grands reportages ». À la suite de la retentissante série d’articles parue dans Le Petit Parisien du 8 août au 7 septembre de cette année, le livre s’arrache dans toutes les librairies. Au même titre que le Médecin au bagne du Dr Rousseau en 1930, ou encore que le Des hommes et des bagnes du Dr Collin en 2015, il convient de considérer Au bagne comme une source majeure pour qui éprouve quelques appétences pour l’histoire coloniale et pénitentiaire française. Quelle bonne idée d’en faire une réédition critique à l’aune de documents dits nouveaux !

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CIRA Marseille : le calendrier 2025


mardi 14 janvier 2025 par JMD

Douze mois pour honorer la mémoire des vaincus ?
S’ils ne furent qu’à peine 0,15% des 100 000 hommes et femmes punis, condamnés aux travaux forcés, éliminés par la faim, les coups et l’épuisement, les bagnards anarchistes ont imprégné par leur opposition, leurs luttes, leur résistance tout un pan de l’histoire coloniale et pénitentiaire française. Le calendrier 2025 du CIRA de Marseille a été réalisé par Claire Auzias, Jean-Marc Delpech, Marianne Enckell, Véronique Fau-Vincenti et Laurent Gallet ; il n’aurait pu voir le jour sans l’aide et le précieux soutien de toute une équipe de fouilleurs d’archives (Thierry Bertrand, Felip Équy et Maryonne Nicola Équy). Ni dieu ni maître sous le sunlight des tropiques ? Vive les enfants d’Cayenne en tout cas ! Sorti en novembre 2024, le calendrier a vite été épuisé et c’est pourquoi le Jacoblog met en ligne le document. Bonne et anarchiste année 2025.

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L’Incorrigible


samedi 7 octobre 2023 par JMD

Roland et Louis portent le même nom. Roland est graveur, photographe, dessinateur, serial-artiste trancheur à la tronçonneuse. Il a redonné vie à Louis. Louis Cros est mort il y a fort longtemps. Anonyme, perdu, vaincu de guerre sociale en Guyane dans une époque que d’aucuns oseraient qualifier de belle. Louis a vraiment existé même si l’auteur de L’Incorrigible a déplacé son histoire d’une cinquantaine d’année pour mieux mettre en valeur le traitement pénal de la question délinquante en cette fin de XIXe siècle. Louis est bagnard, Louis est le personnage de L’Incorrigible, un formidable roman graphique sans parole paru aux éditions de L’Echappée.

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Le Visage du Bagne : poème de la géhenne


samedi 16 septembre 2023 par JMD

À Monsieur

Le Docteur Niel,

Médecin-Chef

Du C.S. S de Sisteron

où il représente la

Science et l’humanité

P. R Février 1942

Paul Roussenq

Poème de la géhenne

Pour tout observateur qui le scrute et le sonde,

Le Bagne est en petit ce qu’en grand est le monde,

Mais la honte n’est point, en ce milieu pervers

Où se montrent à nu le vice et les travers.

Le chancre social qui sans cesse suppure,

En rongeant sourdement l’œuvre de la nature;

Les tares, les noirceurs et les expédients –

Forfaits prémédités, méfaits inconscients –

Tout ce qui dégénère et tout ce qui ravale,

Comme en pays conquis cyniquement s’installe.

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Les beaux voyages : Libérez Roussenq ! 1924-1929


samedi 9 septembre 2023 par JMD

Le 7 janvier 1930, le gouverneur Siadous[1] boucle son rapport sur la demande de remise de résidence du forçat libéré m°16.185. L’exposé propose l’ajournement de la requête de Paul Roussenq dans l’attente d’une confirmation du réel changement de son comportement :

« Conduite mauvaise à la transportation. Cependant Roussenq a fait durant les derniers temps un très gros effort qui allait lui valoir la première classe lorsqu’il a été libéré. Tenue correcte dans la vie libre mais temps d’épreuve insuffisant. »[2]

Roussenq s’est assagi. Cela ne signifie pas qu’il accepte, depuis le 28 septembre 1929, sa situation de libéré, contraint de végéter à vie à Saint-Laurent-du-Maroni. La première classe dont le rapport du 7 janvier 1930 fait allusion est celle des forçats de quatrième catégorie astreints au doublage de leur peine en vertu de l’article 6 de la loi de 1854 avant de pouvoir, éventuellement, revenir en France à leurs frais. Ils sont alors dans la deuxième classe des forçats de quatrième catégorie, si et seulement si la condamnation est inférieure à huit années.

La LDH, le SRI ainsi que d’autres organisations politiques et syndicales ont réussi à faire sortir L’Inco du bagne. Il est même devenu une icône de la lutte des classes, un symbole de l’oppression capitaliste pour le parti communiste (PC-SFIC[3]).

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Matricule 37664 : commandant de mes couilles !


samedi 2 septembre 2023 par JMD

Les trois parties manquantes de ce chapitre, soit les textes que Mme Van de Walle et M. Collin ne nous ont pas autorisés à mettre en ligne dans le Jacoblog[1], pourraient se résumer par la conclusion de la lettre que le transporté Dain envoie au commandant Masse des îles du Salut le 6 mars 1923. La missive fait sensation ; elle est enveloppée de papier cristal pour éviter que le chef du pénitencier se salisse les mains en la touchant. Roussenq qui a écrit pour son codétenu a signé avec ses excréments et cela fait du bruit dans le microcosme carcéral. Le fonctionnaire civil de l’AP Ubaud arrive à Saint-Laurent-du-Maroni en 1927, il quitte la Guyane en 1943. Nous pouvons retrouver l’anecdote dans ses souvenirs conservés au musée Cognacq de Saint-Martin-de-Ré. Albert Londres visite la Guyane en mai-juin 1923 et c’est bien cette lettre que le commandant Masse lui montre avec tout le dossier de celui qu’il finit par surnommer L’Inco. L’infatigable épistolaire, adorateur des « délices du cachot » est devenu une vedette du bagne.

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Matricule 37664 : l’archipel panoptique


samedi 26 août 2023 par JMD

Nous pourrions croire le matricule 37664 disposé à la sociopathie au regard des lignes qui précèdent. Nous pourrions l’envisager incapable d’adaptation à la microsociété des hommes punis au regard de celles qui suivent. Rien n’est moins faux et les agissements de l’impulsif Roussenq, les actes du colérique fagot sont pourtant rarement irréfléchis. Et quand ils le sont, il semble se gausser des conséquences.

S’il subit onze longues années de cachots, s’il se vante parfois d’en apprécier leurs « délices »[1] et d’être un « recordman »[2] de l’enfermement, il serait hasardeux pour saisir et affiner la compréhension du personnage d’envisager une vie recluse dans la continuité. Même confiné entre quatre murs, à la réclusion sur l’île Saint-Joseph ou dans les cellules de l’île Royale, les punitions subies pour bavardage prouvent, si besoin est, que le contact social ne peut manquer de s’établir. Tous les moyens sont bons pour briser la solitude forcée et avec un jeu de brindilles, appelé « télé » ou par le biais d’un ami cafard attaché à un fil, on peut entamer une discussion[3], et donc forger un lien social.

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Prolégomènes de la redécouverte des écrits d’un homme devenu bagne 3e partie


lundi 14 août 2023 par JMD

Mes tombeaux grenoblois 1948-2022

25 ans de bagne, éditions de La Défense, 1933« Le visage du bagne », La Bourgogne Républicaine, du 28 juin au 12 juillet 1937Le Visage du Bagne, manuscrit, C.S.S. de Sisteron, juin 1941L’Enfer du Bagne, manuscrit, C.S.S. de Sisteron, juin 1942« Mes tombeaux », Les Allobroges, du 29 janvier au 11 mars 1948L’enfer du bagne, Pucheu Éditeur, 1957

Un peu moins d’un an et demi avant le suicide de Paul Roussenq à Bayonne, parait le dernier des trente-six articles de « Mes tombeaux » dans le quotidien grenoblois Les Allobroges. S’il arrive parfois que des archives privées refassent surface[1] tels les cahiers et les photographies du Docteur Léon Colin en 2015[2] ou encore la correspondance du bagnard Arthur Roques en 2021[3], il est nettement plus rare d’exhumer et de redécouvrir de précieux documents dans les fonds d’archives publics. Cela n’est pourtant pas impossible et c’est une ultime version des souvenirs de l’ancien bagnard que l’on a pu retrouver en croisant les informations données par le dossier que les époux Beaumier avaient constitué dans les années 1980.

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Prolégomènes de la redécouverte des écrits d’un homme devenu bagne 2e partie


dimanche 13 août 2023 par JMD

L’Enfer manuscrit 1942-2018

25 ans de bagne, éditions de La Défense, 1933« Le visage du bagne », La Bourgogne Républicaine, du 28 juin au 12 juillet 1937Le Visage du Bagne, manuscrit, C.S.S. de Sisteron, juin 1941L’Enfer du Bagne, manuscrit, C.S.S. de Sisteron, juin 1942« Mes tombeaux », Les Allobroges, du 29 janvier au 11 mars 1948L’enfer du bagne, Pucheu Éditeur, 1957

L’Enfer du bagne, souvenirs vécus est déposé en 2018 aux Archives des Alpes de Hautes Provence par M. Michel Henry. Un autre carnet, manuscrit lui-aussi, l’accompagne. Il s’agit d’un poème de 72 alexandrins intitulé Les internés de Sisteron[1]. Roussenq évoque les dures conditions de vie dans la citadelle où il est enfermé. Le parallèle avec son existence passée aux îles du Salut parait évidente tant les thèmes de la fatalité, de la violence, de la faim, de la promiscuité et de l’homosexualité aboutissent comme au bagne au rêve de liberté qui ici ne peut s’imposer dans le cadre du conflit mondial que par une paix retrouvée :

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