Le bagne et ses joyeusetés

Eugène et les toubibs du bagne


samedi 3 novembre 2018 par JMD

La lettre porte en en-tête l’adresse du décorateur-fabricant de meubles établi au 75 de la rue du Faubourg Saint Antoine dans le XIe arrondissement parisien. Elle est datée du 21 août 1930.  Depuis son retour du Brésil en novembre 1927, Eugène Dieudonné mène une vie libre et tranquille dans son atelier. Bien sûr, il a participé à la campagne de libération de son camarade Paul Vial en 1928 et a joué son propre rôle dans la pièce de théâtre Au bagne de Maurice Prax et Henry Mas. Le spectacle tiré des écrits d’Albert Londres ne connait pas un franc succès. Comme le signale le dictionnaire Maitron des anarchistes, il s’est éloigné du mouvement libertaire et s’est attaché à la rédaction de ses souvenirs. La vie des forçats parait chez Gallimard peu de temps avant cette missive écrite pour le docteur Paul Moinet de Vichy. Ce dernier, remarque Franck Sénateur dans le livret Dieudonné des « Assiettes » aux « Durs » publié en 2015, est le beau-frère du célèbre reporter. L’homme envisagerait un livre sur les médecins au bagne et a adressé une demande de renseignements à Eugène Dieudonné qui s’est empressé répondre à ses neufs questions. Lire le reste de cet article »

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Little boxes


samedi 6 octobre 2018 par JMD

Alexandre Jacob a ramené peu de choses de Guyane. Cela peut se comprendre aisément, le souvenir matériel appelant le plus souvent une période positive de l’existence. Lorsqu’il débarque à Saint Nazaire en octobre 1925, il a avec lui la montre que lui avait envoyée son ami Jacques Sautarel et une petite boite aujourd’hui conservée au Centre International de l’Anarchisme de Marseille[1]. Verni à l’extérieur et sans décoration, l’objet en bois de forme parallélépipédique tient facilement dans la main : 3,6 cm de large sur 10 cm de long et 3,7 cm de haut. Il présente l’originalité d’une double ouverture autorisée par deux plaques superposée et pivotantes autour d’une visse métallique. La plaque supérieure d’environ 4 mm d’épaisseur et 6 cm de long s’incruste dans la laque inférieure, 2,5 cm plus grande. Une fois ouverte par rotation, la plaque supérieure laisse la possibilité de tirer vers soi puis de tourner la plaque inférieure. Apparait alors le contenu de la boite, soit une cavité d’environ 2,2 cm de large sur 6 cm de long et environ 2cm de profondeur. Nous pouvons, à l’aide de la nouvelle Le procureur de SA République[2], déterminer qui a fabriqué le coffret et savoir à quoi il pouvait bien servir. Lire le reste de cet article »

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Tic-tac Jacques


samedi 8 septembre 2018 par JMD

Elle ne fonctionne plus très bien mais elle émet encore un petit son si caractéristique et si évocateur. Elle est belle. Elle est bien plus que cela. La montre, ronde dans son écrin métallique et carré, porte la marque HEBDOMAS (maison suisse fondée en 1888), collection 8 jours, brevet 36605 pour le forçat Jacob, dit Barrabas, matricule 34777. Elle a survécu à la Guyane. L’ancien bagnard ne s’en séparait jamais. Lire le reste de cet article »

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Libérez Jacob !


mercredi 1 août 2018 par JMD

Marie Jacob n’a jamais baissé les bras. Elle « a la foi en gomme (…) ; à terre d’un bond, elle rebondit d’un autre, toujours vivace » comme le lui écrit son bagnard de fils le 4 juin 1923 alors qu’elle tentait une démarche auprès du Grand Orient de France, établi au 16 de la rue Cadet dans le 9e arrondissement de Paris. Le « prisonnier de guerre sociale » doute pourtant au début des années 1920 de l’efficace dynamisme de sa mère aimante. Il se leurre. Secondée par André Aron, avocat et ami du sénateur-maire de Cahors Anatole de Monzie issu de la Gauche Démocrate, la vieille couturière parvient à toucher et à convaincre autour d’elle. Si l’époque est à la critique généralisée du bagne depuis les articles d’Albert Londres, la victoire électorale du cartel des gauches en 1924 ouvre une heureuse et nouvelle perspective en autorisant le relais d’une campagne de presse dans les milieux gouvernementaux. En 1925, la ténacité de Marie Jacob finit par émouvoir deux journalistes : Francis Million du Peuple et Louis Roubaud du Quotidien. L’horizon chimérique de la libération du matricule 34777 commence à s’éclaircir. Lire le reste de cet article »

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Par un « artiste du bagne »


samedi 21 juillet 2018 par JMD

Nous avons mis en ligne dans l’article Jacob au bagne : un portrait (20 juillet 018) six des quinze caricatures qui accompagnent les articles d’Albert Londres dans le Petit Parisien du 8 août au 5 septembre 1923. L’auteur est un inconnu, le journal se contentant de signaler qu’il s’agit d’une « artiste bagnard ». Il n’en demeure pas moins que les dessins qui suivent et ceux apparaissant dans l’article ci-dessus mentionnés constituent un ensemble cohérent, dont le but illustratif apparait clairement. Mais cet ensemble vise aussi à surprendre le lecteur déjà atterré par les propos du journaliste reporter : le crocodile va manger les bagnard évadés, Ullmo expie tranquillement sur l’île Royale en péchant, « l’ex docteur Bringues » en récupérant le plan du fagot trépassé … Voici donc les neuf caricatures restantes du reportage qui fit trembler les fondements d’un système mortifère et totalitaire : le bagne colonial de Guyane. Bienvenue chez les hommes punis.

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Jacob au bagne : un portrait


vendredi 20 juillet 2018 par JMD

Les clichés de bagnards sont rares. C’est aussi ce qui donne son caractère exceptionnel à la publication des souvenirs écrits et photographiques du Dr Léon Collin visitant la Guyane et la Nouvelle Calédonie entre 1907 et 1913[1]. S’il y avait bien un passage devant le service anthropométrique au débarquement du forçat, nombre de portraits se sont abimés  avec le temps et  sous le climat équatorial. Quelques-uns, officiels, administratifs ou non, subsistent néanmoins aux Archives Nationales de l’Outre-Mer ou dans les collections privées. Jacob Law apparait ainsi en bagnard dans son livre en 1925 ; Roussenq est photographié par Détective en 1929, d’autres encore ont vu leur portrait tiré à l’occasion. Mais, pour la plupart des hommes punis, le visage de leur expiation demeure à jamais effacé. Nous ne connaissions jusqu’à présent aucune image révélant le matricule 34777, dit Barrabas, dans sa résidence guyanaise forcée. De temps à autres, les souvenirs remontent à la surface. Lire le reste de cet article »

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La galère des médecins du bagne


dimanche 20 mai 2018 par JMD

Les revues spécialisées manquent parfois – souvent le coche quand, pour distraire leur lectorat elles abordent le champ historique. L’article vulgarise à l’excès, enfonce des portes ouvertes et finit généralement par charrier les stéréotypes les plus éculés même quand la signature de l’auteur crédite la véracité et le sérieux des faits décrits et analysés. S’il ne bouscule pas la connaissance que nous pouvons avoir du bagne, le papier qu’écrit Bénédicte Vergez-Chaignon, maître de conférence à l’IEP de Paris, sur les médecins du bagne pour Impact Quotidien en 1998 a de quoi relever l’attention des thérapeutes mais aussi la nôtre. L’utilisation du cliché du docteur Léon Collin, représentant une visite médicale au camp de Charvein, avec la mention erronée de la source a réveillé notre œil amusé. Mais, en prenant le court séjour de Louis Rousseau en Guyane comme référence, l’auteur met surtout en lumière la double attitude des hommes chargés de soigner les hommes punis. Ainsi y eut-il ceux qui soignèrent, ceux qui ont vu une réalité qui les révulsa et ceux qui comme Louis Ernest Rousseau constatant l’horreur carcérale et coloniale s’opposèrent à l’Administration Pénitentiaire et dénoncèrent l’œuvre de mort d’un système éliminatoire. Lire le reste de cet article »

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Miam-miam aux îles du Salut


vendredi 4 mai 2018 par JMD

….Ou de l’anthropophagie comme légitime vengeance

Bien que l’on puisse insérer la Cervelle à la mode des îles du Salut dans l’imaginaire du bagne où l’évasion et l’anthropophagie ont une place de choix, il convient de considérer cette historiette de Jacob aussi et surtout comme un acte avéré de résistance à la l’Administration Pénitentiaire. Avéré, mais aussi largement trituré, déformé, remanié … cuisiné par les nombreux textes et souvenirs recueillis qui reprennent cette culinaire anecdote. Madeleine Briselance, par exemple, qui a connu l’ancien fagot sur les marchés et foires du Berry, s’est rappelé pour nous en 2002 de foie humain  – en lieu et place de la fameuse cervelle persillée  décrite par Alexis Danan en 1961 – donné à manger aux surveillants des îles du Salut. Bon appétit aux pays des hommes punis. Lire le reste de cet article »

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Des marmots et des bagnes


dimanche 15 avril 2018 par JMD

En règle générale, la durée de présence d’un expatrié en Guyane ne dépasse guère les trois ans. Etienne Lamoulie y est depuis plus de quatre ; il enseigne le français au collège Auguste Dédé de Rémire-Montjoly, commune résidentielle de la banlieue de Cayenne qui connait depuis les années 1990 une véritable explosion démographique. Le coin est charmant, on y trouve les plus belles plages de sable du département, celles où viennent pondre les tortues marines. En face d’elle, les ilets La Mère, Le Père, Le Malingre et les Deux Mamelles. Un coin de paradis ? Un coin de bagne aussi ; un lieu de mémoire à cultiver. Depuis son arrivée, Etienne pense à faire travailler ses élèves sur les pénitenciers coloniaux. Lentement, le projet a muri. Il voit le jour au cours de l’année dernière à l’occasion d’un échange scolaire avec le collège Georges Brassens de Taverny dans le Val d’Oise. Le 8 février 2018, les 44 marmots des 3e Topaze et Opale diffusaient soit leur émission de radio, soit leurs exposés sur ces non-lieux de mémoire que furent les camps de concentration et de travail à la française. Lire le reste de cet article »

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Deux hommes sur une île


mardi 2 janvier 2018 par JMD

Jacob 1903Révolutionnaire anarchiste, Alexandre Jacob a fait sa révolution par l’éventrement des coffres-forts au début du siècle dernier. Il s’est retrouvé, « vaincu de guerre sociale », aux îles du Salut en janvier 1906[1]. Louis Rousseau a prêté le serment d’Hippocrate en 1902 et n’a cessé de bourlinguer depuis sur cet empire français où le soleil ne se couchait jamais. Il s’est retrouvé médecin aux îles du Salut quatorze ans après Jacob. Deux hommes a priori différents, deux destins qui se croisent pourtant et une indéfectible amitié qui s’ensuit. Nous sommes allés à leur recherche ; nous avons suivi leurs pas ; nous avons reconstitué la scène de leur rencontre. Lire le reste de cet article »

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Le bagne et l’Armée du Salut


dimanche 3 décembre 2017 par JMD

Le 28 novembre dernier, dans le cadre de l’amicale de l’aumônerie protestante aux Armées, le sergent-major Marc MULLER anime une soirée-débat au tour du thème « Terre de bagne : Guyane (1854-1953) ». Cet exposé permet de (re)découvrir comment l’Armée du Salut et le major Charles PÉAN vont mener l’action de la fermeture du bagne colonial et du rapatriement des bagnards libérés. L’annonce faite par le poste de Paris de l’Armée du Salut a de quoi allécher ; l’affiche annonce une causerie se tenant à l’église protestante du 58 rue Madame sise dans le VIe arrondissement de la capitale. Le propos a été enregistré ; il est écoutable en cliquant sur le lien ci-dessous. Nous devons toutefois souligner que si le conférencier maîtrise son propos sur l’œuvre salutiste en Guyane, il est en revanche plus approximatif sur l’histoire de l’univers carcéral, faisant par exemple après 1h30 environ de palabre du bagnard Huguet qui a peint l’église d’Iracoubo entre 1892 et 1898, un émule de Francis Lagrange, condamné aux travaux forcés en 1931 ! C’est d’ailleurs sur FLAG que se termine l’intéressant débat qui suit la conférence.

Durée : 1h46mn

conférence de Marc Muller, 28 novembre 2017, église protestante, 58 rue Madame, Paris 6e

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Retour aux sources ?


samedi 21 octobre 2017 par JMD

vue aérienne des îles du SalutPas vraiment. Embarquement lundi pour l’enfer vert guyanais. Ce n’est pas La Loire qui nous y emmène. Hommage rendu aux hommes punis du système éliminatoire français. Mardi 24 octobre 2017 : îles du Salut. Jeudi 26 octobre : conférence présentation des livres Des Hommes et des Bagnes de Léon Collin et d’Alexandre Jacob l’honnête cambrioleur au musée de la transportation de Saint Laurent du Maroni. 18h30. Vendredi 27 octobre : même chose au musée de Cayenne. La tête dans les étoiles à Kourou mais point de conquête spatiale. Juste le souvenir du matricule 34777 et de ses compagnons, vaincus de guerre sociale. On vous promet un photo-reportage de derrière les fagots. Et, on ne sait jamais, si vous êtes dans le coin, venez nous voir.

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Premier semestre 1913 aux îles du Salut : blues


samedi 17 décembre 2016 par JMD

Cela fait six mois, un peu plus même, que le matricule 34777 est sorti vivant des cachots de l’île Saint Joseph. Les trois tentatives d’évasion au cours du second semestre 1912 révèlent presque intacte sa volonté de résistance. Pour autant, ces trois échecs ainsi que les conséquences physiques de presque quatre années de claustration, mettent son moral à rude épreuve. « Je suis complètement schopenhaurisé » déclare-t-il le 11 mars 1913. Une période d’harassement et de faiblesse mentale commence. Lire le reste de cet article »

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Un médecin au bagne chapitre 9


samedi 26 novembre 2016 par JMD

Avec le chapitre 9 sur « l’esprit pénitentiaire », le docteur Louis Rousseau en vient à décrire et à expliquer comment, dans un système pyramidal de type quasi féodal, les agents de l’AP peuvent à loisir s’entraîner à la méchanceté. Si tout au long de son ouvrage il n’a de cesse de dénoncer le sadisme, la férocité, la brutalité, la perversité, la veulerie, la lâcheté, l’alcoolisme du chaouch qui, pour se couvrir, pour bénéficier d’un avancement, pour punir plus sévèrement un condamné ou encore pour profiter d’un trafic, n’hésite pas à dénoncer ou à produire de faux témoignages ; cela peut se justifier par la haine sociale du criminel. Mais le rapport fort-faible autorise surtout pour le surveillant l’oubli et le refoulement de sa propre condition sociale. De la sorte et en jouant sur le sentiment raciste, les porte-clés, ces supplétifs de la surveillance majoritairement choisis dans la population pénale arabe, reproduisent le même schéma de domination et de violence exercée sur les hommes punis. Lire le reste de cet article »

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Le corps du bagnard


samedi 19 novembre 2016 par JMD

Les collections de  L’Histoire

N°64, juillet-septembre 2014

Statistiques et bosse du crime

Le corps du bagnard

Naît-on délinquant ou le devient-on ? Le bagne offre aux savants et aux criminalistes du XIXe siècle un lieu d’observation privilégié.

Par Marc Renneville et Jean-Lucien Sanchez

Spécialiste de la criminalité et de la justice, Marc Renneville est directeur de recherches au CNRS. Directeur de Criminocorpus, il a notamment publié Le Langage des crânes. Une histoire de la phrénologie (Institut Édition Synthelabo, 2000).

Chargé d’études historiques à la direction de l’Administration pénitentiaire, Jean-Lucien Sanchez a notamment publié A perpétuité. Relégués au bagne de Guyane (Vendémiaire, 2013). Lire le reste de cet article »

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