Les mots ne servent ici à rien. Il faut résister ou périr. L’axiome n’est pas neuf. Il est vrai de toute éternité. Aussi bien, sans toutefois aller donner du museau dans un optimisme béat et rose sans épines, le mieux est encore, tout en ne négligeant aucun effort, de ne pas se laisser aller à la désespérance. Les choses sont ce qu’elles peuvent être, rien plus, rien moins. Lettre à Marie Jacob, 1er juin 1917
Méthode plus sûre, moyens plus prompts. Tu as déjà compris l’une, devine les autres. Il s’agit, tu le comprends bien, de la résignation. Accepter son sort, le subir et se laisser vivre… ou tuer. Ce n’est pas plus difficile que cela.
Serrons les dents, bronzons le cœur, mais que la gaieté ne quitte jamais nos lèvres. Tu le connais ce mot fameux : « Le sourire aux lèvres… » Faisons-le nôtre et advienne que pourra.
Le mot du chancelier anglais : « Le sourire aux lèvres jusqu’au billot, inclusivement » est toute une doctrine. La gaieté, ce qui ne signifie pas l’insouciance, jusque dans les situations les plus pénibles, les plus décevantes, c’est ce qui distingue et caractérise les âmes bien trempées.
« Le visage du bagne », La Bourgogne Républicaine, du 28 juin au 12 juillet 1937
Le Visage du Bagne, manuscrit, C.S.S. de Sisteron, juin 1941
L’Enfer du Bagne, manuscrit, C.S.S. de Sisteron, juin 1942
« Mes tombeaux », Les Allobroges, du 29 janvier au 11 mars 1948
L’enfer du bagne, Pucheu Éditeur, 1957
Un peu moins d’un an et demi avant le suicide de Paul Roussenq à Bayonne, parait le dernier des trente-six articles de « Mes tombeaux » dans le quotidien grenoblois Les Allobroges. S’il arrive parfois que des archives privées refassent surface[1] tels les cahiers et les photographies du Docteur Léon Colin en 2015[2] ou encore la correspondance du bagnard Arthur Roques en 2021[3], il est nettement plus rare d’exhumer et de redécouvrir de précieux documents dans les fonds d’archives publics. Cela n’est pourtant pas impossible et c’est une ultime version des souvenirs de l’ancien bagnard que l’on a pu retrouver en croisant les informations données par le dossier que les époux Beaumier avaient constitué dans les années 1980.
En somme, ce malheur aura de bons résultats pour moi, la douleur étant encore, quand on y résiste, le meilleur des toniques. Quand on a enduré ce que j’ai souffert, je t’assure que l’on ne craint plus rien.
Si Louis Rousseau s’attache dans un premier temps à dresser un tableau d’ensemble, précis et exhaustif, des pratiques pénitentiaires dans les bagnes de Guyane, les chapitre VIII et IX composent de toute évidence la deuxième partie de son livre en exposant d’une manière complémentaire et comparative la conscience des condamnés et celle de leurs gardiens. De la sorte, et après avoir longuement montré que le statut des hommes punis est pire que celui des esclaves car il n’y a pas une nécessité absolue à préserver un élément pénal considéré comme un danger social et comme un outil interchangeable, le médecin peut logiquement récuser les idées de régénération et d’amendement. Bien sûr quelques forçats sortent du lot et parviennent à résister et même à s’extraire de cette entreprise généralisée de mort et d’avilissement. Mais ce ne sont alors que de rares exceptions venant confirmer ce qu’Alexandre Jacob, son ami, écrivait au Ministres des colonies le 11 septembre 1915 : « le régime disciplinaire n’a pas en vue l’amélioration morale, le redressement du criminel, mais tout au contraire son abrutissement. » Lire le reste de cet article »
Qui sait ? ne voudront-ils pas que tu les remercies, que tu leur fasses la révérence ? Eh bien ! nom de Dieu ! il ne manquerait plus que cela. Ce serait là un fait unique dans l’histoire de la résignation ; un fait capable à lui seul de confondre le darwinisme. On ne pourrait plus dire que l’homme descend du singe, mais du chien…
Me chagriner parce que je vais au bagne ? Jamais : pas plus pour cela que pour autre chose. Je dis comme Thomas Morus : « Le sourire sur les lèvres jusqu’à l’échafaud inclusivement. »