Si la justice de Dieu est une bonne réplique de celle des hommes, je suis certain de filer tout droit au paradis. En attendant, je voudrais bien commencer par tâter du purgatoire.
Seules cinq lettres de Jacob à sa mère couvrent le deuxième semestre 1916 ; la guerre continue son œuvre de mort en Europe et le forçat n’est pas dupe à 7000 km de l’hexagone des nouvelles d’une victoire imminente auquel le bourrage de crâne médiatique aimerait faire croire. Passé à la deuxième classe depuis le 1er avril, le matricule 34777, qui poursuit ses études de droit et de criminologie en autodidacte, voit ses conditions de détention s’améliorer. Cela signifie un comportement conforme aux règlements et un détenu relativement calme aux yeux de l’AP. Cela prouve surtout la circonspection de Jacob et ses efforts pour éviter tout repérage nuisible à ses inavouables entreprises.
Le succès de la série de podcast et de livres Un été avec ne se dément pas depuis que les auditeurs de France Inter ont passé le mois d’août 2012 en compagnie de Michel de Montaigne. Cette collection, qui « a pour ambition d’offrir au grand public une lecture estivale, tonique et décomplexée des grands auteurs classiques », propose depuis lors une quinzaine de titres. Baudelaire, Proust, Machiavel sur les serviettes de plage. Le 15 avril 2026, la chaîne du service public annonce « un nouveau format de livre-podcast disponible simultanément en librairie et à l’écoute sur la plateforme Radio France ». Après Un été avec et Un hiver avec, le premier numéro d’Un printemps avec a été écrit par Grégoire Bouillier et raconté en 52 séquences de 4 à 7 minutes dites par François Morel et Corine Versini.
À vrai dire, nous tournions un peu le dos en ouvrant le livre consacré au « gentleman cambrioleur le plus célèbre de la littérature française » pour au moins deux raisons. La grosse médiatisation, façon bourrage de crâne, avait d’abord de quoi nous rebuter d’autant que nous subodorions ensuite une grosse, une très grosse lupinose que l’on pourrait croire confirmée page 74 : « Cependant, il n’y a pas de rumeur sans feu. Il y a les dates. ». Les hasards de l’histoire ou du temps ont voulu que nous avons dévoré ce volume primesautier d’érudition lupinienne et jacobienne à Étretat !
Si le forçat 34777 déclare vivre comme « un ermite » aux îles du Salut le 7 février et se placer sous la fraternité de Saint Antoine, patron des marins, des naufragés… et des prisonniers, les liens avec le monde des hommes libres et honnêtes, aussi ténu soit-il, lui permet de résister et de briser l’oppression carcérale. La correspondance avec Marie, sa mère, est alors doublement salvatrice. Elle maintient d’abord les réseaux de soutien et les codes utilisés invitent à la prudence pour ce premier trimestre 1916. Les nouvelles vont vite, le conflit s’enlise. À Verdun, les Allemands ont été stoppés. Mais Jacob, plus sensible à la lecture du Courrier de Genève, n’est pas dupe du bourrage de crâne orchestré dans la presse nationale. La famille imaginaire de Barrabas entre ainsi en scène dans le conflit mondial qui secoue le monde.
Créées en 2022, les éditions associatives et parisiennes Hors Champ se sont données pour « but de préserver la mémoire des homosexualités et des marginalités ». Fortes de sept ouvrages, elles proposent quatre ans plus tard un intéressant volume au titre évocateur : Mauvais garçons & jolis mômes. Le sous-titre, nettement moins accrocheur, vient alors relever une première de couverture assez froide et à l’esthétique pour le moins minimaliste ; il va éclairer un lectorat non initié : la sexualité au bagne 1748 – 1953. L’étude historique nous emmène donc dans les bagnes portuaires de l’hexagone, en Guyane mais aussi en Nouvelle-Calédonie et à Biribi car l’institution pénitentiaire coloniale et militaire n’aurait pas encore « livré tous ses secrets ».
C’est ce qu’affirme la quatrième de couverture d’un livre non-cartonné de 292 pages au papier glacé, richement illustré, au graphisme soigné, mais hélas pas à la portée de toutes les bourses. 35€ tout de même ! Le texte de présentation insiste donc sur l’aspect novateur de cette longue et « inédite » recherche effectuée par Julien Gomez-Estienne et Philippe Collin, qui auraient réuni « un corpus exceptionnel » pour « une immersion saisissante dans cet univers ». L’étude, fort convaincante dans son ensemble, est-elle pour autant « incontournable » ? L’élogieux propos doit être nuancée.
C’est un fait avéré que bien des gens ont une tendance marquée à répondre par des conseils lorsqu’on leur demande tout simplement un service. Dans le même ordre d’idées, les prêtres disent : « Priez, priez et Dieu vous exaucera. »
Fondateur et directeur de La Fabrik Audio, Florent Mounier commet des podcasts depuis la création de cette société en 2018 et propose aux entreprises et collectivités de développer des contenus pour « développer leur image de manière divertissante et originale ». Parmi les dits contenus pour le « grand public », il anime aussi la série La Petite Histoire. Le principe est simple et court ; avec un podcast de 10 à 20 minutes nous pouvons édifier et divertir nos esgourdes par « Un récit historique, une anecdote sur l’Histoire, une Histoire de France, une Histoire Universelle, l’histoire d’un grand personnage, des histoires insolites. Laissez-vous emporter par ce balado histoire. » La couleur est mise d’entrée ; pas de prétention à la rigueur historique ! Mais lorsque le 29 décembre 2025 pour le 129e podcast de l’émission il s’agit de présenter « Marius Jacob, le gentleman cambrioleur anarchiste qui a inspiré Arsène Lupin », le site web signale entre autres tags Franck Ferrand et histoire vraie ! Pas de trêve des confiseurs pour les fêtes. Lupinose en podcast continu et de quoi débuter l’année en beauté.
Les lois sont encore tellement imprimées de la doctrine nazaréenne qu’il n’est pas possible au criminel de faire une paix sincère avec la société. Toute condamnation est une souillure et le mépris qui en résulte suit le criminel jusque par-delà la tombe.
Pour le moment, et de longtemps encore, nous en sommes à l’idée de faute et d’expiation. C’est le vae victis d’un sentiment qui n’existe pas, qui ne peut pas exister. Une autruche ne se mue en moineau.
J’ai passé l’âge où l’on court après le moineau pendant que l’aigle s’envole. Il y a beau temps que mon divin éducateur, le chantre de Zarathoustra, m’a débarrassé de ces deux ferments nocifs : le ressentiment et la rancune. Il faut voir les conflits de la vie d’un œil pratique, très positif et non à travers le prisme mensonger des phrases creuses.