Articles taggés avec ‘Albert Londres’

Mauvais garçons & jolis mômes


lundi 11 mai 2026 par JMD

Créées en 2022, les éditions associatives et parisiennes Hors Champ se sont données pour « but de préserver la mémoire des homosexualités et des marginalités ». Fortes de sept ouvrages, elles proposent quatre ans plus tard un intéressant volume au titre évocateur : Mauvais garçons & jolis mômes. Le sous-titre, nettement moins accrocheur, vient alors relever une première de couverture assez froide et à l’esthétique pour le moins minimaliste ; il va éclairer un lectorat non initié : la sexualité au bagne 1748 – 1953. L’étude historique nous emmène donc dans les bagnes portuaires de l’hexagone, en Guyane mais aussi en Nouvelle-Calédonie et à Biribi car l’institution pénitentiaire coloniale et militaire n’aurait pas encore « livré tous ses secrets ».

C’est ce qu’affirme la quatrième de couverture d’un livre non-cartonné de 292 pages au papier glacé, richement illustré, au graphisme soigné, mais hélas pas à la portée de toutes les bourses. 35€ tout de même ! Le texte de présentation insiste donc sur l’aspect novateur de cette longue et « inédite » recherche effectuée par Julien Gomez-Estienne et Philippe Collin, qui auraient réuni « un corpus exceptionnel » pour « une immersion saisissante dans cet univers ». L’étude, fort convaincante dans son ensemble, est-elle pour autant « incontournable » ? L’élogieux propos doit être nuancée.

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Roussenq dans L’Histoire !


dimanche 26 avril 2026 par JMD

L’Histoire n°543 mai 2026, p.83

XIXe-XXIe siècle

L’Incorrigible

En 1909, le matri­cule 37664 Paul Roussenq, 24 ans, soldat au cinquième bataillon d’Afrique, condamné à vingt ans de travaux for­cés par le conseil de guerre de Tunis, dé­barque en Guyane. Il est un numéro parmi d’autres, fiché comme anar­chiste et ayant déjà subi une peine de quatre ans de centrale à Clairvaux. Vingt-trois ans plus tard, à son retour en France, il est devenu l’un des ba­gnards les plus connus des Français.

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L’Enfer nîmois du bagne 14


samedi 8 novembre 2025 par JMD

Le Républicain du Gard

Mardi 4 février 1936

L’Enfer du Bagne

(MÉMOIRES D’UN CONDAMNÉ MILITAIRE)

par Paul ROUSSENQ

(SUITE)

Albert Londres a fait connaître le monde du Bagne – les gardiens et les gardés.

Il les a campés, les uns et les autres, sans ménagement. Mais l’on voit bien que sa sympathie va vers le prisonnier – malgré ses tares – et qu’il n’a que du mépris pour le geôlier – à cause de ses excès.

Albert Londres n’a rien exagéré, mais il a déformé parfois et son esprit s’est exercé aux dépens de la véracité.

Il m’a consacré un chapitre : « Roussenq l’Inco », dans lequel son esprit d’imagination s’est donné libre cours.

Afin de frapper l’esprit des foules, il m’a présenté comme un homme abruti par une longue et dure répression, et qui avait perdu la notion de vivre.

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L’Enfer nîmois du bagne 13


vendredi 7 novembre 2025 par JMD

Le Républicain du Gard

Lundi 3 février 1936

L’Enfer du Bagne

(MÉMOIRES D’UN CONDAMNÉ MILITAIRE)

par Paul ROUSSENQ

(SUITE)

Enfin, le bateau accoste. La foule des libérés se presse sur l’appontement.

Une scène indescriptible, et qui s’avère fantastique, lors de l’arrivée d’un gros cargo, se produit alors.

M. Lavilla, carnet et crayon en mains, est debout sur une caisse, car il est petit de taille. Les libérés l’entourent, le pressent, l’étouffent presque. Il ne reste pas longtemps sur son perchoir. Bousculé et balloté dans tous les sens, cet infortuné ne sait plus où donner de la tête. Tout le monde parle, crie et vocifère à la fois.

Les noms, prénoms ou surnoms des candidats au déchargement fusent de toutes parts :

  • François ! M. Lavilla ;
  • Bertrand ! M. Lavilla ;
  • Dédé ! M. Lavilla !

Ce dernier, inondé de sueur, presque porté en triomphe dans ce remous humain, inscrit des noms sans rien dire. Il doit subir de terribles assauts.

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L’enfer nîmois du bagne 7


samedi 1 novembre 2025 par JMD

Le Républicain du Gard

Lundi 27 janvier 1936

L’Enfer du Bagne

(MÉMOIRES D’UN CONDAMNÉ MILITAIRE)

par Paul ROUSSENQ

(SUITE)

L’existence au cachot

Ainsi que je l’ai déjà noté, le régime du cachot consistait en l’isolement complet dans un étroit local sans fenêtre, au pain sec deux jours trois bat-flanc de bois où l’on se couchait, était muni à son extrémité inférieure d’une barre de fer munie aux extrémités de deux anneaux. Préalablement, le patient avait passé son pied droit dans cette boucle, qui le tenait ainsi rivé au bat-flanc, après que l’on avait fixé l’extrémité mobile de la barre au moyen d’un piton et d’un écrou solidement serré.

Il y en avait pour douze heures. Les punis de cachot appelaient cela « le plat de ferrailles ». Les cachots étaient disposés parallèlement sur deux files, ce qui permettait les communications illicites – qui donnaient lieu à de nouvelles punitions. Peut-être avait-on calculé cela dans l’élaboration des devis.

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L’enfer nîmois du bagne 3


mardi 28 octobre 2025 par JMD

Le Républicain du Gard

Mercredi 22 janvier 1936

L’Enfer du Bagne

(MÉMOIRES D’UN CONDAMNÉ MILITAIRE)

par Paul ROUSSENQ

(SUITE)

Cependant, les travailleurs des chantiers ont la possibilité d’améliorer leur ration, dans la limite qui leur est permise par le chef de camp, grand manitou dans ces lieux perdus dans la brousse.

La tâche accomplie, les uns vont en forêt tendre des pièges et des collets pour attraper du gibier ; d’autres vont à la pêche où à la chasse aux papillons. Ceux-ci sont recherchés par les collectionneurs, en raison de la richesse et de la variété de leurs coloris. Certains vont chercher au loin des lianes, avec lesquelles ils feront de la vannerie. Il en est qui vont à la recherche de certains fruits qui ont une valeur marchande. Enfin, chacun tire son épingle du jeu. Ce qui n’empêche pas de tomber malade. Aussi, les condamnés redoutent-ils d’être envoyés en chantier.

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Au bagne… ou au pilon ?


vendredi 14 mars 2025 par JMD

Les écrits du journaliste Albert Londres sont tombés dans le domaine public français depuis 2002. Le « prince des reporters » disparaissait en mer soixante-dix ans auparavant dans l’incendie, dans le golfe d’Aden, du navire Georges Philippar qui le ramenait de Chine. On ne compte plus depuis les rééditions de ses plus célèbres écrits, et en particulier de Au bagne paru chez Albin Michel à la fin de l’année 1923 dans la nouvelle collection que l’éditeur venait de créer : « Les grands reportages ». À la suite de la retentissante série d’articles parue dans Le Petit Parisien du 8 août au 7 septembre de cette année, le livre s’arrache dans toutes les librairies. Au même titre que le Médecin au bagne du Dr Rousseau en 1930, ou encore que le Des hommes et des bagnes du Dr Collin en 2015, il convient de considérer Au bagne comme une source majeure pour qui éprouve quelques appétences pour l’histoire coloniale et pénitentiaire française. Quelle bonne idée d’en faire une réédition critique à l’aune de documents dits nouveaux !

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Bagnards et anarchistes : août 2025


mercredi 22 janvier 2025 par JMD

Roussenq L’Inco

C’est la commission disciplinaire des îles du Salut, chargée de statuer sur les infractions aux règlements, qui permet à Paul Roussenq (1885-1949) d’acquérir la notoriété. Son dossier pèse 5,3 kilogrammes ! Plus de 4 000 jours passés entre quatre murs dans le quartier cellulaire de l’île Royale ou dans les sinistres cachots de l’île Saint-Joseph. À cela vient s’ajouter le temps gracieusement offert à la suite de six passages devant le TMS ; soit deux ans de prison pour refus de travail (1912) et outrage (1927), deux ans de travaux forcés pour tentative d’évasion (1915), et cinq ans de réclusion pour voie de fait sur la personne d’un médecin militaire (1917).

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Albert et Paul 2e partie


lundi 21 octobre 2024 par JMD

Le matricule 37664 n’était pas au programme de la visite des îles du Salut. Le commandant Masse a dû recevoir l’honorable reporter avec d’autant plus d’égards qu’il arrivait nanti d’une accréditation ministérielle. Il faut donc lui ouvrir toutes les portes. Londres vient voir Dieudonné et Marcheras ; il veut entrer dans une cellule de Saint-Joseph, il visite à l’occasion l’asile des fous mais, l’entretien qu’il a avec le commandant l’oriente vers la route de Roussenq dont il a pu compulser le dossier confirmant l’originalité du forçat. Il est certain qu’il a eu entre les mains une des trois lettres que Roussenq avait signées de son doigt maculé d’excrément[1]. Il n’en faut pas plus pour le convaincre d’un entretien avec l’homme enfermé. L’article parait dans Le Petit Parisien le 19 août 1923 :

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Albert et Paul 1e partie


dimanche 20 octobre 2024 par JMD

5 juin 1923, le journaliste du Petit Parisien qui débarque du Biskra à Cayenne n’est pas un inconnu. Albert Londres a trente-neuf ans et une carrière déjà bien remplie. Après un éphémère poste de comptable à Lyon dans la Compagnie Asturienne des Mines, l’Auvergnat qui s’imagine poète[1] monte à Paris et devient le correspondant du journal lyonnais Le Salut Public en 1904. Deux ans plus tard, il arpente les couloirs du Palais Bourbon et suit l’activité parlementaire pour Le Matin. C’est encore un anonyme qui ne signe pas ses papiers qui, le 30 juillet 1914, interviewe Jean Jaurès quelques heures avant l’assassinat du tribun socialiste. Réformé pour raison de santé, il est un des rares journalistes disponibles du Matin pour couvrir les opérations de guerre. Son nom apparait pour la 1e fois dans l’édition parisienne du quotidien le 21 septembre 1914 :

« Ils ont bombardé Reims et nous avons vu cela ! »[2]

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Roussenq, reprends ton luth !


samedi 21 octobre 2023 par JMD

Monsieur le Ministre 1914

Nostalgie 1923

Monsieur le Ministre 1926

Bonne année 1928

Apostolat 1946

Introspection 1946

Défi à la souffrance 1948

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Le Visage du Bagne : chapitre 21 La Vie des Libérés


samedi 7 octobre 2023 par JMD

Pour beaucoup de bagnards, la libération était une mauvaise farce. Au Bagne, ils avaient la ration d’assurée, tandis que l’après-Bagne était lourd d’incertitude et d’inconnu.

La Tentiaire fournissait à chaque libéré un complet de toile bleu, une chemise, des souliers-godasses et un chapeau. Si l’intéressé avait quelque argent à son pécule, on lui en remettait la moitié – le restant étant réservé pour le cas d’une hypothétique rentrée en France. Après cela, débrouille-toi !

Il fut un temps où il y avait du travail pour tous les libérés, lorsque l’exploitation du balata était florissante en Guyane.

Mais la découverte du caoutchouc synthétique, l’accumulation pléthorique des stocks sur les marchés mondiaux, portèrent un coup mortel à la production locale – dont la qualité était d’ailleurs médiocre.

À partir de cette époque, sur un millier de libérés répartis en Guyane, deux cent environ étaient employés à des travaux salariés, une centaine travaillaient ou s’étaient établis à leur compte et la grande majorité en était réduit à vivre d’expédients. Un certain nombre de libérés recevaient des subsides de leurs familles, plus ou moins régulièrement.

Saint-Laurent était le grand centre de résidence des libérés.

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Le Visage du Bagne : chapitre 20 Vedettes du Bagne


vendredi 6 octobre 2023 par JMD

Pleigneur, dit Manda, était le chef d’une bande d’apaches. Il devint l’amant de cœur de la belle Casque d’or. Cela lui attira l’inimité d’un autre chef de la bande, Leca. Pour les beaux yeux de la blonde enfant, les deux bandes s’affrontèrent en bataille rangée. On joua du couteau.

Mais la police intervint ; les blessés furent envoyés à l’hôpital et les autres au violon.

La Cour d’assises de la Seine condamna Manda et Leca aux travaux forcés ; les comparses furent gratifiés de peines de prison et de réclusion. Quant à la belle Casque d’or, elle échut à un troisième larron.

Au Bagne, on eut soin de séparer les deux antagonistes qui s’en voulaient toujours à mort.

Manda fit ses vingt ans aux Iles du Salut. Il devint infirmier-panseur à l’hôpital de la Transportation. Il montra dans ce poste de réelles qualités et fit preuve d’une compétence remarquable. Tous les médecins s’accordèrent à lui donner des témoignages de leur satisfaction.

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Le Visage du Bagne : chapitre 19 Albert Londres au Bagne


jeudi 5 octobre 2023 par JMD

En l’année 1924[1], me trouvant dans un cachot de la Réclusion cellulaire, j’entendis le guichet s’ouvrir et dans son encadrement je vis apparaître la sympathique tête du Commandant Masse. Il me dit ceci :

« Roussenq, il y a ici un journaliste de Paris qui vient se renseigner sur le Bagne ; il demande à vous voir. Nous allons vous laisser seul avec lui et vous pourrez lui dire tout ce que bon vous semblera. »

Ici, une parenthèse.

Le Commandant Masse, qui dirigea à plusieurs reprises les Iles du Salut, était un fonctionnaire qui ne manquait pas de doigté. Sévère à l’occasion, il savait « passer la main » quand il le fallait. En somme, c’était un opportuniste. Il s’était longuement entretenu à mon sujet avec le visiteur qu’il venait de m’annoncer – et cela, d’une façon tendancieuse.

Le guichet ayant été repoussé, la porte s’ouvrit pour livrer passage à un homme qui ne payait pas de mine par sa stature, ni par sa corpulence. Les yeux bleus étaient d’une singulière douceur ; une légère barbe blonde, encadrait un visage ascétique.

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Le Visage du Bagne : chapitre 17 La poubelle du Bagne


mardi 3 octobre 2023 par JMD

Sur la route qui relie Saint-Laurent au Nouveau-Camp, d’une longueur de quinze kilomètres environ, on rencontre assez souvent un groupe plus ou moins important encadré de porte-clés, et composé de malades et d’impotents. Ce cortège s’achemine lentement, sans cohésion. Les plus ingambes forment l’avant-garde, les autres suivent comme ils le peuvent. De temps à autre, une halte rassemble tout ce monde éparpillé.

Il s’agit d’un convoi qui se dirige vers le Nouveau-Camp. On a continué à lui donner ce nom par habitude, alors que depuis longtemps il ne le méritait plus.

En pleine forêt, sur une éminence déboisée, se trouvent une quinzaine de cases construites avec des poteaux rassemblés, recouvertes de bardeaux et de feuilles sèches. Dans ce paysage de désolation, parmi ces baraques archaïques, végètent et meurent misérablement plusieurs centaines d’êtres pitoyables qui furent peut-être des hommes mais qui sont devenus des déchets d’humanité[1].

De mon temps, deux cases étaient réservées aux tuberculeux ; une trentaine de ces condamnés à la mort lente, représentaient toutes les variétés du bacille de Hock[2]. Toujours en vertu de l’axiome pris à rebours : qui s’assemble se ressemble, diarrhéiques, ulcéreux, fiévreux, faisaient bande à part, selon leur spécialité. La catégorie des éclopés, sympathisait avec celle des malbâtis et des aveugles. Quelques demi-fous trouvaient un refuge ici et là.

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