Quatre policiers en uniformes dont le commissaire Jules Pons, ceint d’une écharpe tricolore, une perquisition en bonne et due forme au mont-de-piété de la rue du Petit-Saint-Jean à la suite d’un prétendu quadruple assassinat, les objets du commissionnaire Gil réquisitionnés, le dit Gil et son employé emmenés au palais de justice pour y être entendus, un butin estimé à 400.000 francs… Les voleurs sont loin quand on découvre, le lendemain, qu’ils ne furent point de la rousse. Le sieur Gil, qui ne cessait de se lamenter dans les geôles du tribunal en attendant de rencontrer un magistrat, passe pour le dindon de la farce.
Ancien militant du GAJ (groupe action jeunesse) puis du GAS (groupe d’action solidariste) de Jean-Pierre Stirbois, Laurent Maréchaux a dirigé de 1975 à 1979 les Cahiers du Solidarisme. Il collabore depuis régulièrement au magazine Historia et publie son premier roman en 2005 aux éditions La Dilettante. Quatre ans plus tard, son livre Hors la loi publié chez Arthaud veut rendre un hommage bien ambigu aux bandits de grand chemin et autres anarchistes, illégalistes, as de la gâchette… qui ont préféré sortir du cadre de la légalité pour affirmer leur attachement viscéral au principe de liberté. Le livre, réédité au format poche en 2018 a été encensé par la presse… Le Figaro, Valeurs Actuelles, Causeur et bien sûr Historia ont adoré cette énumération de mauvais garçons. Le Monde aussi d’ailleurs. Parmi les nombreux lascars et malandrins recensés du VIIe au XXe siècle, il en est un de la page 151 à la page 155 du livre format poche, « éternel rebelle », qui est « entré dans la légende sous les traits » de … qui vous savez.
La chanson, interprétée par Jacques Dutronc en 1973, sert de générique à la deuxième saison de la série TV Arsène Lupin ; elle est un évident succès. Composée par Jean-Pierre Bourtayre sur un texte d’Yves Dessca et Alain Boublil, elle sort en 45 tours deux ans plus tard. On ne compte plus les émissions radios, les documentaires tv, les podcasts l’utilisant en fond sonore pour illustrer un propos amalgamant le héros littéraire de Maurice Leblanc à l’honnête cambrioleur Jacob. Le 13 février 2026, Maria Canel Ferreiro s’est essayé, sans filet et pendant quatorze longues minutes, à cet exercice de haute voltige sur Jukebox. Le podcast, que l’on peut aussi ouïr sur Deezer, Spotify, Castro, Amazon Music, YouTube et d’autres plate-formes encore, fait bavarder la musique…et les chansons. Sans filet et sans source, dame Maria s’est plantée en beauté nous offrant un drolatique festival de lupinose et de méconnaissance anarchiste.
Laurànt Deutsch n’est pas un inconnu. Loin de là. Comédien reconverti dans la science historique, nous savons l’influence néfaste de ce promoteur royaliste du roman national depuis la sortie chez Inculte Éditions en 2013 du retentissant ouvrage de William Blanc, Aurore Chery et Christophe Naudin : Les historiens de garde. Nourri au yaourt à boire (pub Yop en 1997) et par les travaux de Patrick Buisson, collaborateur de Stéphane Bern, porté par le succès éditorial de son Métronome en 2009, le quinquagénaire à la voix de crécelle parisienne fait le bonheur des auditeurs de RTL depuis 2021 avec Entrez dans l’histoire. Le mercredi 10 décembre 2025, il a chopé la lupinose.
Si la population libre ou pénale est enterrée sur le continent, il n’en est pas de même, faute de place, aux îles du Salut. Seuls les déportés du Diable, du fait de leur petit nombre, ont droit à une sépulture. Sur Royale, un cimetière est réservé aux enfants du personnel ; Saint-Joseph accueille le cimetière des surveillants. Les autres, bagnards, subissent donc la tradition de la Marine dite du « mouillage » mais la scène offerte est, selon tous les témoignages recueillis, glaçante de sauvagerie comme ce fut le cas après le décès de Mélanie François Salsou, matricule 31504, le 19 juillet 1901.
Canicule ? Été 2023. Un gros coup de chaud à la rédaction ? Les stagiaires patinent dans la semoule et dans la sueur. « L’histoire de Maurice Jacob qui a inspiré Arsène Lupin » nous dit le titre de la petite vidéo qui accompagne le propos du magazine Géo sur son site internet en ce mois d’août 2023. Un bien bel article, hélas non signé, vient alors nous expliquer, malgré l’emploi du conditionnel, comment Alexandre Leblanc a pu imaginer en 1905 et écrire deux ans plus tard l’histoire du voleur le plus célèbre de tous les temps. La preuve est parait-il incontestable. Le génial écrivain normand a assisté au procès d’Amiens. La preuve est bien évidemment donnée sans mention de source. Alexandre ? Pardon. C’est le prénom Marius – Maurice qui prévaut ici bien évidemment même si Géo ignore que ce prénom n’est utilisé par Jacob himself qu’à partir de 1931. Géo vient donc de remporter le Lupin d’or de la fumisterie et de l’amalgame.
Le moutarde me monte au nez ? Le grand blond avec une chaussure noire ? Le distrait ? La chèvre ? Nous n’allons pas faire l’inventaire des films à succès de l’acteur comique français Pierre Richard, né en 1934. Ce n’est pas pour autant une rubrique « people » du Jacoblog, et, si le très sérieux quotidien Le Monde entame en décembre 2019 une série d’articles posant la question de l’influence sur tel ou tel personnalité célèbre, celui sur l’acteur qui a mal ou bien tourné – selon que l’on aime ce style de cinéma ou que l’on apprécie l’allusion à Gaston Couté – n’a pas manqué de nous interpeler.
David Snug est auteur de BD. David Snug est drôle. Il est aussi socialement conscient. David Snug s’appelle en réalité Guillaume Cardin mais Snug c’est mieux. David Snug fait de la musique et quand il ne taquine pas Euterpe au sein des Trotski Nautique, il s’applique à nous dilater la rate avec ses dessins au vitriol. « Maître dans l’art de la punchline, du détournement et de la mauvaise foi, il pointe les travers de notre époque, épingle les puissants, les politiques, les stars de l’industrie culturelle et des médias, et dénonce les conformismes et le militantisme de façade (greenwashing, flexitarisme, etc.). » écrit Nada, son éditeur, à l’occasion de la sortie au début de cette année 2023 de La lutte pas très classe petit livre de 72 pages. David Snug a tranché la question de la lupinose. En effet, comment comprendre l’histoire d’un honnête cambrioleur si on ne prend pas en compte ses motivations politiques ? De fait : « Alexandre Jacob sans lutte des classes c’est Arsène Lupin« . Que David Snug soit ici grandement remercié.
« Dans la nuit du 11 au 12 septembre 2022, j’ai eu une insomnie. C’est très rare chez moi car je suis plutôt une grosse marmotte. A 2h30, j’ai quitté mon pieu, je suis redescendu à mon bureau et j’ai écrit un refrain, un dernier couplet et une musique sur un poème commencé cet été dans mon carnet… Bref j’ai travaillé la nuit pour rendre hommage aux travailleurs de la nuit, comprend qui veut ou qui peut Cette chanson est remplie de rouges et noirs clins d’œil (notamment au manifeste des 343 et à Marius Alexandre Jacob) à tous ceux qui donnent un sens à la lutte. »Lire le reste de cet article »
Vendredi 27 août 1954, Josette est partie depuis quatre jours ; Marius met son plan à exécution. Il a tout prévu. Morphine et monoxyde de carbone. L’anarchie c’est l’ordre et l’organisation sans le pouvoir. Berthier, Rousseau, Sergent se sont refusés à lui donner des conseils. Des fadas ! Dans l’après-midi, il a offert un goûter aux enfants du hameau. Boudin, purée, limonade et un tour dans la vieille Buick[1]. Une sorte de cène donné par Attila-Barrabas. La veille, il a écrit ses dernières lettres : une pour Guy Denizeau, une pour Louis Rousseau, une pour Pierre-Valentin Berthier, une pour Robert Passas. Il a même trouvé même la force de faire à Alexis Danan la critique du Cayenne[2] qu’il n’avait pas lu jusqu’à présent. Au mois de juillet, le journaliste était passé le voir et en avait tiré un article, Le crépuscule du justicier, paru le 3 août dans Franc-Tireur et conçu comme une nécrologie ante-mortem :
« Jacob, dans un village gris et vert du Berry, non loin d’une rivière à peupliers moirés, est maintenant un vieillard au profil d’universitaire à la retraite, qui tire tranquillement le bénéfice d’une vie depuis toujours entraînée à la solitude, parfois sépulcrale. Sa maison est à lui, dans les noyers et les herbes hautes, qu’il n’a plus le goût de faucher. Il regarde les choses peu à peu répondre à son détachement d’elles. (…) Reverrai-je encore ce visage, l’un des plus beaux que je connaisse, buriné par une intelligence qui n’a brûlé que pour le gratuit service des autres, pour ces indifférents, ces ingrats et ces médiocres qu’on appelle les autres ? »
Accompagnées de saucisses de Toulouse, de jarret ou d’une quelconque autre pièce porcine de choix, les lentilles peuvent constituer – quoi qu’on puisse en dire – un met délicieux et raffiné. Mâtiné de datura stramonium, plante hautement toxique répondant aux doux noms de herbe du diable, herbe aux sorciers, herbe des magiciens, herbe aux voleurs, chasse-taupe, endormie ou encore pomme épineuse, le vulgaire plat devient communément mortel. Le 25 décembre 1908, Alexandre Jacob et Joseph Ferrand, avertis par le forçat Pierre Ferranti m°36029, avaient surpris Joseph Capelletti, m°31036[1], connu pour être coutumier de la funeste pratique, en train de verser du poison dans la gamelle du premier. Lardé de coups de couteau, Capelletti trépasse rapidement. Mais, lors de l’instruction qui s’ensuit immédiatement, la dite gamelle disparait puis réapparait des scellés et Jacob, mis à l’isolement préventif, ne peut prouver la légitime défense puisque l’analyse médico-légale de l’objet incriminé ne révèle aucune trace de datura. Lire le reste de cet article »
« Tout jeune, le virus de justice m’a été inoculé, cela m’a valu bien des désagréments. Aujourd’hui encore, au déclin de la vie, la moindre injustice me heurte et réveille en moi le Don Quichotte de mes jeunes printemps. » 1954
Il était Georges, Attila quand il pillait les églises de France et d’ailleurs ou encore Barrabas dans les camps de travaux forcés guyanais. L’anarchiste de la Belle Époque a fini d’expier ses crimes depuis le 30 décembre 1927. Presque un quart de siècle à payer ses horribles atteintes à la propriété. Prématurément vieilli au régime de la géhenne, il aurait perdu ses repères ? Rien n’est moins faux. Alexandre Marius Jacob, « cambrioleur en retraite », honnête marchand forain au curriculum vitae particulièrement chargé, a quarante-huit ans. Le bagne ne l’a pas brisé. Il est l’homme libre et a encore des Bastilles à faire tomber, des choses à dire et un amour à assumer. Prison, Josette, anarchie. Lire le reste de cet article »
La Manche Libre, hebdomadaire bas normand d’information générale, diffuse sur Cherbourg, Saint Lo, Coutance, Grandville, Avranches, etc. Positionnée clairement à droite, appelant à voter Sarkozy en 2007 puis en 2012, la feuille tire à soixante – soixante-dix mille exemplaires (chiffres de 2017). Il faut donc pouvoir toute les semaines édifier son lectorat amateur de claquos au lait cru et de cidre fermier. Madame Michu vient de nous quitter à Besneville ; Monsieur Michu a fini dans le fossé avec trois gramme dans le sang à Varenguebec; le chien des époux Michu a mordu le facteur à Orglandes… Alexandre Jacob a visité la demeure de l’amiral Aubry de La Noë à Cherbourg en décembre 1902. Lire le reste de cet article »
Référence(s) : Docteur Louis Rousseau, Les hommes punis. Un médecin au bagne, édition établie par Jean-Marc Delpech et Philippe Collin, Paris, Nada éditions, 2020, 364 p.
Ce livre est une réédition de l’ouvrage Un médecin au bagne du docteur Louis Rousseau, publié en 1930 aux éditions Armand Fleury. Il s’inscrit dans une désormais longue liste de rééditions de témoignages consacrés au bagne colonial de Guyane publiées ces dernières années, citons notamment ceux d’Eugène Dieudonné (La vie des forçats, Libertalia, 2014), de Paul Roussenq (L’enfer du bagne, Libertalia, 2009 ; Vingt-cinq ans de bagne, la Manufacture de livres, 2016), de René Belbenoit (Guillotine sèche, la Manufacture de livres, 2019) ou bien encore de Clément Duval (Moi Clément Duval, anarchiste et bagnard, Nada éditions, 2019). Mais à l’inverse de tous ces témoignages écrits par des forçats, Un médecin au bagne permet au lecteur d’accéder à l’expérience vécue par un agent du bagne et offre ainsi un point de vue sur cette institution relativement rare. Lire le reste de cet article »
Le jeu de mot n’est pas terrible. Nous n’en avons pas trouvé de plus évocateur à la suite du bel article de Pierrick Starsky paru dans le n° 108 de Siné Mensuel (juin 2021) sur le cambrioleur Jacob. Si l’on excepte quelques petites boulettes sans conséquences, l’honnête papier donne une honnête chronologie de l’honnête homme pour qui le droit de vivre – et non « la liberté de vivre » – ne se mendiait pas, elle se prenait. On sent même chez l’auteur une véritable empathie. Y-a-t’il pour autant lieu de « cesser le débat » sur la lupinose comme en appelle le nota bene à la fin du sympathique papier ? Nous n’en sommes pas vraiment sûrs. Lire le reste de cet article »