Ce sont les indécis, les impuissants, tout ce que l’humanité compte de crapoussins, au propre et au figuré, qui prient, supplient et mendient ; les forts, eux, ne comptent que sur eux-mêmes, ne s’adressent qu’à eux-mêmes.
Deux verbes, dans le langage judiciaire et administratif, dominent toute la législation. Ce sont devoir et pouvoir. Ainsi, quand il s’agit de réprimer une infraction, le texte dit toujours, invariablement : devra. S’agit-il, au contraire, de tempérer la rigueur de la répression ou bien d’accorder une faveur le texte dit alors toujours invariablement : pourra. Conclusion : devra implique un droit, tandis que pourra signifie à peine la possibilité d’une faveur.
Le mot du chancelier anglais : « Le sourire aux lèvres jusqu’au billot, inclusivement » est toute une doctrine. La gaieté, ce qui ne signifie pas l’insouciance, jusque dans les situations les plus pénibles, les plus décevantes, c’est ce qui distingue et caractérise les âmes bien trempées.
La Vérité ? En métaphysique, elle est partout où il nous plaît de la trouver. Il suffit, pour cela, de conduire nos recherches avec foi, pieusement, en surface et non en profondeur ; car, pour si peu que l’on fouille, une question appelle une autre question, et, au bout du rouleau, il y a toujours un point d’interrogation. Un philosophe moderne, voire modernisant, cynique autant que magnifique, a dit : « Il n’y a rien de vrai. Tout est permis. »
Pour émettre une opinion de goût, de sentiment, ce n’est pas difficile. Une niaiserie quelconque suffit à cela. Autre chose est de se prononcer sur une question de fait. En la matière, cela implique des aptitudes qu’à peine vingt hommes dans toute l’Europe peuvent posséder. Pour parler d’une chose avec exactitude, scientifiquement, il est indispensable de la bien connaître, sinon on risque fort d’imiter les « experts » militaires de la presse dont les pronostics sont plutôt inspirés de l’école de Mme de Thèbes que de celle de Bacon. La prescience n’est pas des choses de ce monde (ni d’aucun) et nul ne peut connaître le résultat d’une action avant qu’elle ne soit entièrement consommée.
Le succès de la série de podcast et de livres Un été avec ne se dément pas depuis que les auditeurs de France Inter ont passé le mois d’août 2012 en compagnie de Michel de Montaigne. Cette collection, qui « a pour ambition d’offrir au grand public une lecture estivale, tonique et décomplexée des grands auteurs classiques », propose depuis lors une quinzaine de titres. Baudelaire, Proust, Machiavel sur les serviettes de plage. Le 15 avril 2026, la chaîne du service public annonce « un nouveau format de livre-podcast disponible simultanément en librairie et à l’écoute sur la plateforme Radio France ». Après Un été avec et Un hiver avec, le premier numéro d’Un printemps avec a été écrit par Grégoire Bouillier et raconté en 52 séquences de 4 à 7 minutes dites par François Morel et Corine Versini.
À vrai dire, nous tournions un peu le dos en ouvrant le livre consacré au « gentleman cambrioleur le plus célèbre de la littérature française » pour au moins deux raisons. La grosse médiatisation, façon bourrage de crâne, avait d’abord de quoi nous rebuter d’autant que nous subodorions ensuite une grosse, une très grosse lupinose que l’on pourrait croire confirmée page 74 : « Cependant, il n’y a pas de rumeur sans feu. Il y a les dates. ». Les hasards de l’histoire ou du temps ont voulu que nous avons dévoré ce volume primesautier d’érudition lupinienne et jacobienne à Étretat !
Tu sais bien, que, comme intelligence, ce ne sont pas des aigles. S’il fallait leur donner un nom d’oiseau, celui allégorique de sansonnet leur conviendrait plutôt.
Le mot historique mais légendaire de Brennus sera toujours d’actualité : vae victis, c’est la vie. C’est à chacun de s’arranger pour être celui qui jette l’épée dans la balance.
Si le forçat 34777 déclare vivre comme « un ermite » aux îles du Salut le 7 février et se placer sous la fraternité de Saint Antoine, patron des marins, des naufragés… et des prisonniers, les liens avec le monde des hommes libres et honnêtes, aussi ténu soit-il, lui permet de résister et de briser l’oppression carcérale. La correspondance avec Marie, sa mère, est alors doublement salvatrice. Elle maintient d’abord les réseaux de soutien et les codes utilisés invitent à la prudence pour ce premier trimestre 1916. Les nouvelles vont vite, le conflit s’enlise. À Verdun, les Allemands ont été stoppés. Mais Jacob, plus sensible à la lecture du Courrier de Genève, n’est pas dupe du bourrage de crâne orchestré dans la presse nationale. La famille imaginaire de Barrabas entre ainsi en scène dans le conflit mondial qui secoue le monde.
Ancien militant du GAJ (groupe action jeunesse) puis du GAS (groupe d’action solidariste) de Jean-Pierre Stirbois, Laurent Maréchaux a dirigé de 1975 à 1979 les Cahiers du Solidarisme. Il collabore depuis régulièrement au magazine Historia et publie son premier roman en 2005 aux éditions La Dilettante. Quatre ans plus tard, son livre Hors la loi publié chez Arthaud veut rendre un hommage bien ambigu aux bandits de grand chemin et autres anarchistes, illégalistes, as de la gâchette… qui ont préféré sortir du cadre de la légalité pour affirmer leur attachement viscéral au principe de liberté. Le livre, réédité au format poche en 2018 a été encensé par la presse… Le Figaro, Valeurs Actuelles, Causeur et bien sûr Historia ont adoré cette énumération de mauvais garçons. Le Monde aussi d’ailleurs. Parmi les nombreux lascars et malandrins recensés du VIIe au XXe siècle, il en est un de la page 151 à la page 155 du livre format poche, « éternel rebelle », qui est « entré dans la légende sous les traits » de … qui vous savez.
Les Bat’d’Af’, Biribi, l’antichambre du bagne. C’est peu dire que l’homosexualité interpelle nombre de témoins du bagne : médecins, agents de l’AP, journalistes, décrivent alors le plus souvent une pratique contre-nature. Le condamné cherche la vie de couple et s’adapte à un espace confiné et essentiellement masculin ; il en est de même pour les bagnes militaires. En 1955, le magazine de Galtier-Boissière consacre une partie de son numéro 30 sur l’homosexualité à ces bagnes d’Afrique du Nord en publiant un large extrait de l’ouvrage du médecin-major Tranchant et du lieutenant Desvignes paru en 1911. Si nous retrouvons la médicalisation et la psychiatrisation de la pratique homosexuelle, il est intéressant de relever le stéréotype raciste est aussi invoqué dans cet argumentaire d’un autre temps. Le condamné blanc et européen est alors largement perverti par la culture locale, arabe et musulmane. Mais la pratique homosexuelle s’inscrit tout aussi bien dans un jeu de rapport de force, n’excluant pas les relations tarifées et affectives. Le Crapouillot, pour illustrer son papier, reprend les illustrations que Naudin donne au numéro 227 de L’Assiette au Beurre en date du 5 août 1905 et consacré à Biribi.
Il y a dix-sept ans, l’articleL’Oncle et les PDrévélait le point de vue du Dr Louis Rousseau sur les pratiques homosexuelles dans les camps de travaux forcés en Guyane. Dix-sept ans plus tard, nous avons mis la main sur le numéro 30 du Crapouillot consacré en 1955 à l’homosexualité. Le magazine de la première série de l’après-guerre du journal (1948-1967) de Galtier-Boissière n’a pas encore revêtu l’uniforme brun de l’extrême-droite ; il traite de l’homosexualité et consacre tout une partie sur cette pratique sexuelle au bagne. Le Crapouillot n’hésite pas alors à reproduire l’intégralité de la prose de Louis Rousseau dans Un médecin au bagne (éditions Fleury 1930, réédition Nada 2020) sur le sujet. L’introduction qui en est faite met en valeur « un livre fort attachant » . Le numéro du journal anticonformiste est assorti d’une intéressante iconographie que l’on ne trouve ni dans le livre de l’ami de l’honnête cambrioleur ni dans la récente étude Mauvais garçons et jolis mômes parue en avril 2026 aux éditions Hors Champs. L’article reprend notamment la reproduction de la superbe aquarelle d’André Dignimont (1891-1965), Les bagnards à Saint-Laurent-du-Maroni que l’on peut trouver en couleur dans l’édition de luxe du livre du créateur du Crapouillot, La bonne vie, paru chez Jonquière en 1928.
Créées en 2022, les éditions associatives et parisiennes Hors Champ se sont données pour « but de préserver la mémoire des homosexualités et des marginalités ». Fortes de sept ouvrages, elles proposent quatre ans plus tard un intéressant volume au titre évocateur : Mauvais garçons & jolis mômes. Le sous-titre, nettement moins accrocheur, vient alors relever une première de couverture assez froide et à l’esthétique pour le moins minimaliste ; il va éclairer un lectorat non initié : la sexualité au bagne 1748 – 1953. L’étude historique nous emmène donc dans les bagnes portuaires de l’hexagone, en Guyane mais aussi en Nouvelle-Calédonie et à Biribi car l’institution pénitentiaire coloniale et militaire n’aurait pas encore « livré tous ses secrets ».
C’est ce qu’affirme la quatrième de couverture d’un livre non-cartonné de 292 pages au papier glacé, richement illustré, au graphisme soigné, mais hélas pas à la portée de toutes les bourses. 35€ tout de même ! Le texte de présentation insiste donc sur l’aspect novateur de cette longue et « inédite » recherche effectuée par Julien Gomez-Estienne et Philippe Collin, qui auraient réuni « un corpus exceptionnel » pour « une immersion saisissante dans cet univers ». L’étude, fort convaincante dans son ensemble, est-elle pour autant « incontournable » ? L’élogieux propos doit être nuancée.