Le succès de la série de podcast et de livres Un été avec ne se dément pas depuis que les auditeurs de France Inter ont passé le mois d’août 2012 en compagnie de Michel de Montaigne. Cette collection, qui « a pour ambition d’offrir au grand public une lecture estivale, tonique et décomplexée des grands auteurs classiques », propose depuis lors une quinzaine de titres. Baudelaire, Proust, Machiavel sur les serviettes de plage. Le 15 avril 2026, la chaîne du service public annonce « un nouveau format de livre-podcast disponible simultanément en librairie et à l’écoute sur la plateforme Radio France ». Après Un été avec et Un hiver avec, le premier numéro d’Un printemps avec a été écrit par Grégoire Bouillier et raconté en 52 séquences de 4 à 7 minutes dites par François Morel et Corine Versini.
À vrai dire, nous tournions un peu le dos en ouvrant le livre consacré au « gentleman cambrioleur le plus célèbre de la littérature française » pour au moins deux raisons. La grosse médiatisation, façon bourrage de crâne, avait d’abord de quoi nous rebuter d’autant que nous subodorions ensuite une grosse, une très grosse lupinose que l’on pourrait croire confirmée page 74 : « Cependant, il n’y a pas de rumeur sans feu. Il y a les dates. ». Les hasards de l’histoire ou du temps ont voulu que nous avons dévoré ce volume primesautier d’érudition lupinienne et jacobienne à Étretat !
La chanson, interprétée par Jacques Dutronc en 1973, sert de générique à la deuxième saison de la série TV Arsène Lupin ; elle est un évident succès. Composée par Jean-Pierre Bourtayre sur un texte d’Yves Dessca et Alain Boublil, elle sort en 45 tours deux ans plus tard. On ne compte plus les émissions radios, les documentaires tv, les podcasts l’utilisant en fond sonore pour illustrer un propos amalgamant le héros littéraire de Maurice Leblanc à l’honnête cambrioleur Jacob. Le 13 février 2026, Maria Canel Ferreiro s’est essayé, sans filet et pendant quatorze longues minutes, à cet exercice de haute voltige sur Jukebox. Le podcast, que l’on peut aussi ouïr sur Deezer, Spotify, Castro, Amazon Music, YouTube et d’autres plate-formes encore, fait bavarder la musique…et les chansons. Sans filet et sans source, dame Maria s’est plantée en beauté nous offrant un drolatique festival de lupinose et de méconnaissance anarchiste.
Laurànt Deutsch n’est pas un inconnu. Loin de là. Comédien reconverti dans la science historique, nous savons l’influence néfaste de ce promoteur royaliste du roman national depuis la sortie chez Inculte Éditions en 2013 du retentissant ouvrage de William Blanc, Aurore Chery et Christophe Naudin : Les historiens de garde. Nourri au yaourt à boire (pub Yop en 1997) et par les travaux de Patrick Buisson, collaborateur de Stéphane Bern, porté par le succès éditorial de son Métronome en 2009, le quinquagénaire à la voix de crécelle parisienne fait le bonheur des auditeurs de RTL depuis 2021 avec Entrez dans l’histoire. Le mercredi 10 décembre 2025, il a chopé la lupinose.
Spoiler alert ! Lancé en janvier 1995, Mon Quotidien est un journal d’actualité s’adressant aux 10-14 ans dans un style simple et pédagogique. C’est pourquoi on peut trouver des explications de vocabulaire à la fin de chaque article. Vendu uniquement par abonnement, le canard juvénile de huit feuilles traite de tous les sujets même si, bien souvent pour attirer l’œil du préadolescent, la Une affichera une tortue déformée par l’ingestion d’un sac plastique, un bébé panda né dans un zoo quelconque ou encore des enfants travaillant dans d’obscures usines d’un pays émergent. La sortie et le succès mondial au mois de janvier 2021 de la série télé Lupin chez Netflix est l’occasion d’interviewer l’historien Arnaud-Dominique Houte, sur la possibilité de l’existence d’un personnage réel ayant inspiré le créateur du gentleman-cambrioleur. Lupinose ? Lire le reste de cet article »
Le jeu de mot n’est pas terrible. Nous n’en avons pas trouvé de plus évocateur à la suite du bel article de Pierrick Starsky paru dans le n° 108 de Siné Mensuel (juin 2021) sur le cambrioleur Jacob. Si l’on excepte quelques petites boulettes sans conséquences, l’honnête papier donne une honnête chronologie de l’honnête homme pour qui le droit de vivre – et non « la liberté de vivre » – ne se mendiait pas, elle se prenait. On sent même chez l’auteur une véritable empathie. Y-a-t’il pour autant lieu de « cesser le débat » sur la lupinose comme en appelle le nota bene à la fin du sympathique papier ? Nous n’en sommes pas vraiment sûrs. Lire le reste de cet article »
L’honnête cambrioleur serait-il en passe de devenir un phénomène culturel ? En décembre dernier, le magazine à vocation éponyme, Télérama, dressait des louanges méritées au docu-fiction d’Olivier Durie, diffusée sur la chaîne Histoire dirigée par le si peu progressiste Patrick Buisson. Le film tenait à vrai dire son rang même si, pour accrocher le spectateur, les références au héros littéraire de Maurice Leblanc ne manquaient pas et pouvaient finir par apparaître quelque peu lourdingues et déformatrices. Malgré tout, l’ambition du réalisateur parvenait à ses fins et on pouvait être honnêtement édifié sur la geste jacobienne. Nous savions prochaine et attendions avec impatience la sortie chez Rue de Sèvres du Travailleur de la Nuit, la nouvelle bande-dessinée de Matz et Chemineau. Tout vient à point à qui sait pourtant attendre. Tout vient à point même les ouvrages … à prétention biographique encensés par la critique. On n’a pas été déçu. Lire le reste de cet article »
La sortie du Journal d’un anarchiste cambrioleur chez Sarbacane en janvier dernier n’est de toute évidence pas passée inaperçue et c’est tant mieux. L’ouvrage le mérite amplement. La couverture médiatique, émanant surtout de la presse spécialisée, révèle la qualité de la bande dessinée retraçant une partie de la vie de cet honnête homme que fut Alexandre Jacob. Elle a de quoi attirer, bien évidemment, l’œil averti des amateurs de bulles, elle retient aussi l’attention des sectateurs de la muse Clio ou encore celle des lecteurs de feuilles régionales. Ainsi, pourra-t-on apprendre que Gaël Henry, le dessinateur, dédicace son livre dans une librairie de Lille ou que Vincent Henry, le scénariste, n’a pas imaginé la fin de la vie de « l’Arsène Lupin de Reuilly » ! Mais rares sont les papiers ne versant pas dans l’amalgame entre le réel et l’imaginaire. Lire le reste de cet article »
Dès lors que les Travailleurs de la Nuit s’installent à Paris vers la fin de l’année 1900, les cambriolages s’enchaînent en province à un rythme quasiment industriel. Lors de la 5e audience du procès d’Amiens, le 13 mars 1905, le président Wehekind fait remarquer au principal accusé la fréquence de ses déplacements. La réponse d’Alexandre Jacob fuse aussitôt et déclenche l’hilarité du public assistant aux débat : « C’est de la décentralisation » ! En toute logique, parce que le réseau de voies ferrées y est nettement plus dense du fait notamment de la proximité de la capitale, les vols se font majoritairement dans le Nord de la France. Pour autant, l’entreprise de déplacement de capitaux, Jacob and Co, n’oublie pas d’aller œuvrer à l’Ouest. Lire le reste de cet article »
Charles Diaz et Jean-Marc Berlière s’étaient déjà retrouvés dans le documentaire réalisé en 2003 par Christine Bouteiller pour le compte de la chaîne câblée Toute l’Histoire. Onze ans plus tard, les deux hommes, le premier contrôleur général de la police française et le second historien spécialiste des chaussettes à clous et autres pandores, ne se sont pas perdus de vue. Nous les retrouvons mêmes devant les micros de Jacques Pradel pour l’émission L’heure du crime diffusée le 24 février 2014 sur les ondes de RTL. Le célèbre animateur, ancien collaborateur radiophonique de Françoise Dolto, à moins que ce ne soit un de ses assistants, mettait en ligne trois jours plus tôt un article d’accroche pour ses futurs auditeurs. On allait évoquer un honnête voleur ayant commis au nom de l’anarchie plus d’une centaine de forfaits. Un festival de lupinose était-il pour autant et involontairement annoncé ? Tout portait volontairement à le croire en lisant ce court billet. Ainsi de Roswell au gentleman cambrioleur de Maurice Leblanc, il y aurait eu … Alexandre Jacob. Lire le reste de cet article »
La blogosphère regorge de trésors étonnants et, parmi ceux-ci, les sites à vocation régionaliste peuvent parfois être particulièrement jouissifs : Montpellier (Hérault). Peuchère ! Arsène Lupin a existé…, Bien sûr, nous ne cultivons aucune haine, nous n’entretenons aucune rancœur, ni ne tenons aucun grief à l’encontre des indigènes languedociens. Mais force est de constater que les rédacteurs du site Sud Insolite ont dû abuser des vertus euphorisantes du cassoulet de Castelnaudary, n’ont pas pris en compte les effets secondaires de la tielle de Sète ou ont encore absorbé trop de grisettes de Montpellier. On frise même l’indigestion avec la mise en ligne, le 10 décembre 2010, d’un hilarant papier sur les hauts faits d’un presque sympathique malfrat. Vous imaginez la suite car c’est ainsi qu’Arsène Lupin est né ! Lire le reste de cet article »
Les projets de bande dessinée sur Alexandre Jacob ne manquent pas. Peu aboutissent pourtant. Parmi celles-ci, Les Souvenirs d’un révolté par Romain Louvel en 2006. Seize ans plus tôt, Jacob prenait les traits de Tintin dans L’Aminoir, journal d’expression libertaire de la région Nord-Picardie. En 1992, les dessinateurs Lacaf et Moriquand l’intègrent dans le quatrième tome de leur série Pêcheurs d’étoile parue chez Glénat en 1992. Dans 26 rue de la Martinière, le bandit social n’est certes pas le gentleman cambrioleur de Maurice Leblanc mais il revêt les habits du voleur joyeux et audacieux qui se joue avec une malice extrême des pièges tendus par la police. L’anarchisme est bien présent. Seulement les auteurs l’interprètent comme une justification facile des cambriolages et de l’association de malfaiteurs formée sur Marseille. En 2001, l’audacieux et intrépide monte-en-l’air est toujours au rendez-vous dans Rochefort, un voyage dans le temps (éditions Tabary). Bien évidemment et de manière anecdotique, le lecteur découvre l’extraordinaire cambriolage de la maison de Pierre Loti. Romain Louvel, en 2002, publie sur Internet des extraits de planches qu’il n’arrive pas à publier d’une autre manière. Son travail narre l’arrestation d’Alexandre Jacob en 1903. Artiste plasticien installé en Bretagne, cet auteur imagine retranscrire par l’image un témoignage qui rappelle à notre époque des préoccupations majeures d’ordre sociale et humaines. Nous nous éloignons alors fort heureusement quelque peu de l’image du héros de roman entrevue jusqu’ici. L’ouvrage parait enfin en 2006, autoproduit et vendu par souscription. Il prend le nom du mémoire écrit par Jacob à la prison d’Orléans dans l’attente de son second procès en juillet 1905 et nous livre un des récits les plus aboutis, les plus vivants et les plus poignants sur le sujet. Romain Louvel a bien voulu répondre à quelques-unes de nos questions sur la difficulté, entre autres, de faire exister une figure de l’illégalisme français par l’image. Lire le reste de cet article »
Le troisième article de la série consacrée à Alexandre Jacob parait le 12 juin 1993 dans la Nouvelle République du Centre Ouest. L’usage étant établi, Claude Nerrand, président de l’office du tourisme de Reuilly, utilise une anecdote locale pour introduire son sujet et, surtout, pour édifier son lectorat berrichon sur les cambriolages perpétrés par le chef de ces ouvriers de la révolution. Pas de vols « jacobiens » à Bois Saint Denis à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale. Juste quelques jeunes maquisards venus perquisitionner un vieux marchand forain. Ainsi commence la geste des Travailleurs de la Nuit selon saint Nerrand qui n’hésite pas à forcer le trait de la réalité, quitte à tomber dans l’apocryphe propos pour mieux faire l’inventaire de quelques-uns des coups fumeux d’une bande faisant de la reprise individuelle. Toute les belle histoires ayant une fin et celle-ci ne l’étant pas, il est dit que la morale doit rester sauve. Jacob est arrêté non loin d’Abbeville le 22 avril 1903, puis conduit en prison sous les cris d’une foule haineuse criant A l’eau !. La marée devait être haute, ce jour-là, en baie de Somme distante seulement d’une petite vingtaine de kilomètres. A Reuilly, où l’on peut goûter un délicieux rouge classé AOC, on a sûrement les pieds au sec. Lire le reste de cet article »
Aussi fictive et improbable qu’elle eût pu être, cette réunion des Travailleurs de la Nuit, jouée par quelques-uns des Insomniaques ne manque pas pour autant d’intérêt. Comme l’indique la maison d’édition dans le mini livret de présentation du premier des deux cd accompagnant les Ecrits de Jacob, version 1995, « les éléments qu’elle révèle sont inspirés de ce que Jacob a raconté à Alain Sergent et des textes de Pélissard, Clarenson et Baudy que le journal Germinal fit paraître en 1905 » (on trouvera l’ensemble de ces textes dans les colonnes de ce blog). Lire le reste de cet article »
Est-il naïf de considérer comme surprenante la présence d’anarchistes dans une revue de vulgarisation historique consacrée justement aux Grands bandits de l’Histoire et dont le seul but serait d’impressionner à peu de frais et à grands renforts de stéréotypes faciles le lecteur – acheteur ? Est-il vain de remarquer alors la faiblesse démonstrative des articles évoquant trois figures de l’illégalisme, mises les unes après les autres dans un ordre si peu chronologique ? L’épopée de Ravachol précède celle du sanglant Bonnot qui laisse sa place au drolatique et fantasque Marius Jacob, dont on oublie une fois encore qu’il se prénomme Alexandre quand il cambriole et Marius quand il devient marchand forain en bonneterie, à Paris d’abord puis dans le Val de Loire. Est-il utile de s’acharner justement sur ce genre de papier qui, par une narration linéaire, véhicule les valeurs morales de notre bonne vieille société consumériste ? Lire le reste de cet article »