Cuvée Marius… Lupin


Nous n’aurons pas l’outrecuidance de nous poser en amateur œnologue éclairé et averti. Nous ne vous parlerons donc pas de sa cuisse et de sa robe, de sa couleur et de sa force ou même, pourquoi pas, de sa durée en bouche. Le blanc de Reuilly est bigrement bon, foutrement bon, incontestablement bon. AOC depuis le 9 septembre 1937. Un peu moins de deux ans plus tard, l’honnête forain vendant sa bonneterie sous l’enseigne Marius dans les foires et marchés des environs s’installait avec sa femme Pauline et sa mère Marie dans une petite maison du hameau de Bois Saint Denis. Un honnête forain. Ce n’est que bien plus tard que les indigènes du cru – sic – apprirent qu’il fut aussi cambrioleur, bagnard et anarchiste.

En 2015 et en 2018 le Domaine du Chêne Vert de Valery Renaudat produisait une bien étrange cuvée en hommage à Jacob. Étrange car le nom de l’anarchiste se retrouvait dans tous les Lidl de France et de Navarre. Étrange encore car nous avons tenté d’en savoir un peu plus alors que, avec l’ami Bertrand d’Issoudun, nous allions boire un verre de rosé sur la tombe de l’honnête homme. En vain, porte close et répondeur téléphonique indiquant que nous étions aux abonnés absents… Nous avions pourtant moult questions à poser à l’heureux vigneron.

Alors, nous avons poussé notre caddie dans l’antre consumériste et avons fait cargaison de bouteilles de Reuilly blanc estampillées Cuvée Marius Jacob. Deux fois : en 2016 et en 2019 à l’occasion d’une foire aux vins d’automne. Nous avons goûté la dive bouteille aussi. Que ce pinard puisse accompagner délicieusement, parfaitement, voire « idéalement » viandes blanches, poissons et autres mets berrichons, nous n’en avons cure. Il se boit, répétons-le, bigrement bien, foutrement bien, incontestablement bien. Il nous laisse toutefois un arrière-goût de lupinose en y regardant de plus près.

L’étiquette est à l’image de la première de couverture d’un livre. Outre son aspect informatif, elle est la première chose que l’œil doit remarquer chez le caviste ou dans les tristes rayons du hard-discounter allemand. Elle est stylisée dans sa version 2015, présentant une moustache en guidon et un monocle sur un rectangle verdâtre barré d’une ligne noire verticale en son milieu. Nettement plus sobre, la cuvée 2018 affiche en argenté un chêne au-dessous du nom du domaine et au-dessus du nom de la cuvée Marius Jacob. Pas de quoi fouetter le citoyen lambda au gosier ainsi aguiché.

Nous ne savons pas s’il y eut une cuvée 2016 et une autre en 2017, mais nous savons que c’est en tournant la bouteille que nous avons vite déchanté. La contre-étiquette présentait le doux nectar forcément « aux notes de fruits exotiques et d’agrumes » et expliquait, hélas sans aucune mention de l’anarchisme de l’honnête homme, qui était Marius Jacob. Plutôt que de pomper allègrement le douteux article que l’on peut trouver dans Wikipédia, il eut été préférable de faire appel au Jacoblog pour éviter l’amalgame lupinien ou encore de lire les biographies de l’illégaliste sorties en 2008 à l’Atelier de Création Libertaire et en 2015 chez Nada. Nous en aurions été fort honorés. Pour la belle faute d’orthographe de la cuvée 2018, nous osons espérer que le site internet Bescherelle Ta Mère appréciera :

« Cette cuvée est issue du nom d’un cambrioleur ingénieux et doté d’un certain sens de l’humour qui acheté en 1939 une maison à Reuilly. Capable de générosité à l’égard de ses visiteurs, il fut l’un des modèles dont Maurice Leblanc s’inspira pour créer son personnage d’Arsène Lupin. »

Ce n’est certes pas la première fois qu’un vigneron reuillois rend hommage à la célébrité locale. Les Malbète, dont l’aïeul fut le voisin et l’ami du vieux Marius, cultivent encore le Reuilly (EARL Guy Malbète, 16 Chemin Boulanger, 36260 Reuilly), et, c’est leur cave qui fournit en 2005 le précieux liquide de la cuvée des Acrates du CIRA Marseille estampillée elle aussi « cuvée Marius Jacob » et dont l’étiquette, imaginée par le caricaturiste de talent Charmag, présentait un trio de cambrioleurs coiffés de casquettes et de chapeaux melons. Tenant un sac que l’on imagine rempli d’un butin conséquent, le premier voleur indique à ses deux acolytes qu’on « a oublié de visiter la cave » ! Tout était dit, sans fioriture et on peut aisément imaginer que les chanceux qui ont pu en boire n’étaient pas atteint de cette pernicieuse et drolatique pandémie nommée lupinose.

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