Une chronologie pour se repérer. Une chronologie pour comprendre. Une chronologie pour établir un lien, pour suivre un fil. Parfois épais. Parfois ténu. Le fil d’une vie. Celui que l’infatigable réfractaire Paul Roussenq coupe le 3 août 1949. Une chronologie à caractère historiographique aussi. A lire, à commenter, à compléter éventuellement, à imprimer, etc… La chronologie est accessible dans la colonne du milieu, rubrique Alexandre Jacob l’honnête cambrioleur, ou en cliquant sur le mot chronologie.
« Je récupère ma prose et ne désire pas la voir figurer dans cette webpublication. » a écrit Philippe Collin sur WhatsApp le 30 juin 2023 à 15h11 précise après que nous lui ayons proposé de mettre en ligne Roussenq une vie enfermée. Quarante minutes plus tard, Vanessa Van de Walle refusait à son tour de voir dans le Jacoblog les parties écrites par ses soins. La veille, Les Éditions Loubatières prenant connaissance des divergences entre les auteurs sur cette étude retiraient leur projet de livre. Rien ne présumait au départ du formidable gâchis à la hauteur de trois années de fructueuses recherches et d’écriture. Cet échec éditorial s’inscrit néanmoins dans l’historiographie des bagnes de Guyane en général et de Paul Roussenq en particulier.
Une retentissante enquête avait changé la face des choses et humanisé le Bagne
Cet article ne m’est pas seulement personnel, c’est aussi une synthèse, le résultat d’une étude psychologique extrêmement fouillée. Albert Londres m’a prêté des propos que je n’ai pas tenus – mais que j’aurais pu tenir en les extériorisant.
Il a dit : « Je pénètre dans le cachot, Roussenq voit quelqu’un qui n’est ni un porte-clefs, ni un surveillant ; il s’écrie : un homme ». C’est à dire un homme libre qui n’est pas un garde-chiourmes.
Il a dit aussi : « Aux abords du camp, L’Inco avait gravé sur l’écorce d’un arbre : « Face au soleil, Roussenq crache sur l’humanité ». Et c’est là qu’apparait, en pleine lumière, la géniale psychologie du grand reporter. Lire le reste de cet article »
Fluet, la physionomie douce, un homme de cœur dévoile les scandales du Bagne: Albert LONDRES
ALBERT LONDRES AU BAGNE
Par un jour fatidique je me trouvais allongé sur le lit de camp de mon cachot, lorsque j’entendis le bruit du guichet que l’on ouvrait.
Le sympathique visage du Commandant Masse s’y encadrait. « Approchez, Roussenq ! » me dit-il. J’obtempérai.
Le Commandant reprit : « Nous avons ici un journaliste de Paris, venu pour faire une enquête sur la Guyane. Je lui ai dit que vous étiez le plus notoire des révoltés du Bagne. Il va venir vous entretenir sans témoin ; vous pourrez vous soulager le cœur à votre aise » Lire le reste de cet article »
S’il arrive parfois que des archives privées refassent surface[1] tels les cahiers et les photographies du Docteur Léon Colin en 2015[2] ou encore la correspondance du bagnard Arthur Roques en 2021[3], il est nettement plus rare d’exhumer et de redécouvrir de précieux documents dans les fonds d’archives publics. Cela n’est pourtant pas impossible et c’est une ultime version des souvenirs de l’ancien bagnard Paul Roussenq que l’archiviste guyanaise Vanessa Van de Walle[4] et les historiens Philippe Collin[5] et Jean-Marc Delpech[6] ont retrouvé en croisant les informations données par le dossier que les époux Beaumier avaient constitué dans les années 1980. Un peu moins d’un an et demi avant le suicide de Paul Roussenq à Bayonne, parait le dernier des trente-six articles de « Mes tombeaux – souvenirs du bagne » dans le quotidien grenoblois Les Allobroges le 11 mars 1948 : Lire le reste de cet article »
Accompagnées de saucisses de Toulouse, de jarret ou d’une quelconque autre pièce porcine de choix, les lentilles peuvent constituer – quoi qu’on puisse en dire – un met délicieux et raffiné. Mâtiné de datura stramonium, plante hautement toxique répondant aux doux noms de herbe du diable, herbe aux sorciers, herbe des magiciens, herbe aux voleurs, chasse-taupe, endormie ou encore pomme épineuse, le vulgaire plat devient communément mortel. Le 25 décembre 1908, Alexandre Jacob et Joseph Ferrand, avertis par le forçat Pierre Ferranti m°36029, avaient surpris Joseph Capelletti, m°31036[1], connu pour être coutumier de la funeste pratique, en train de verser du poison dans la gamelle du premier. Lardé de coups de couteau, Capelletti trépasse rapidement. Mais, lors de l’instruction qui s’ensuit immédiatement, la dite gamelle disparait puis réapparait des scellés et Jacob, mis à l’isolement préventif, ne peut prouver la légitime défense puisque l’analyse médico-légale de l’objet incriminé ne révèle aucune trace de datura. Lire le reste de cet article »
Le voyage de Georges est sans retour. C’est du moins ce qu’il y a d’écrit sur la 1e de couverture du beau livre de Solveig Josset qui sortira officiellement en juin 2022 au Verger des Hespérides. Il est d’ores et déjà disponible sur le site internet de la chouette maison d’édition nancéenne, spécialisée dans le livre jeunesse. Elle vient de frapper un grand coup dans l’historiographie des bagnes guyanais en offrant à ses jeunes lecteurs la connaissance des camps de travaux forcés de la colonie française d’Amérique du Sud. Georges Bienvenu a réellement existé. Il portait le matricule 38523. Il est décédé aux camps des Hattes (aujourd’hui la commune d’Awala-Yalimapo) le 8 décembre 1912. Un parfait inconnu, un anonyme parmi les quelques 100 000 hommes et femmes punis, envoyés loin de la métropole (Nouvelle-Calédonie comprise) entre 1852 et 1938. Son arrière-arrière-petite-fille a décidé de réinventer son histoire. Elle n’est pas jolie mais c’est un pavé, une brique frappée du sceau de l’Administration pénitentiaire, que le môme va manger dans sa face. Lire le reste de cet article »
Référence(s) : Docteur Louis Rousseau, Les hommes punis. Un médecin au bagne, édition établie par Jean-Marc Delpech et Philippe Collin, Paris, Nada éditions, 2020, 364 p.
Ce livre est une réédition de l’ouvrage Un médecin au bagne du docteur Louis Rousseau, publié en 1930 aux éditions Armand Fleury. Il s’inscrit dans une désormais longue liste de rééditions de témoignages consacrés au bagne colonial de Guyane publiées ces dernières années, citons notamment ceux d’Eugène Dieudonné (La vie des forçats, Libertalia, 2014), de Paul Roussenq (L’enfer du bagne, Libertalia, 2009 ; Vingt-cinq ans de bagne, la Manufacture de livres, 2016), de René Belbenoit (Guillotine sèche, la Manufacture de livres, 2019) ou bien encore de Clément Duval (Moi Clément Duval, anarchiste et bagnard, Nada éditions, 2019). Mais à l’inverse de tous ces témoignages écrits par des forçats, Un médecin au bagne permet au lecteur d’accéder à l’expérience vécue par un agent du bagne et offre ainsi un point de vue sur cette institution relativement rare. Lire le reste de cet article »
22 mars 1905 à Amiens. Grande effervescence. La fatigue se lit sur les visages. L’angoisse aussi certainement après 15 jours d’un procès à haute tension et émaillé de nombreux rebondissements. Des cambriolages à foison ; un agent de police passé de vie à trépas. Un dossier d’instruction épais et des témoins en nombre. La ville est gardée par plusieurs milliers de militaires et de policiers. Les principaux prévenus, Alexandre Jacob en tête, ont été expulsés lors de la sixième audience. Force doit rester à la justice. Les douze jurés entrent dans la salle des délibérations à 10 heures et 30 minutes précises. Pendant dix heures et quarante minutes, le jury, dont la constitution fut des plus aléatoires, s’attelle à répondre aux 676 questions posées par le procès. Ce grand nombre justifie bien sûr la durée des délibérations et fait suggérer à Albert Libertad, dans un court article de son journal l’anarchie en date du 20 avril 1905, l’ironique mise en place « distributeurs automatiques de oui et de non » : « Les réponses ne seraient pas plus extravagantes. (…) et de plus les automatiques ne foireraient pas dans leur culotte comme certains de ces messieurs lors du procès Jacob. Ça ferait plus propre et plus régulier car, lorsqu’on confie la tête de son prochain au hasard, on ne saurait jamais trop bien faire ». Dans le style lapidaire qui lui est si singulier, le béquillard insinue un verdict largement sous influence. Lire le reste de cet article »
Jean-Marc Berlière est professeur émérite à l’université de Bourgogne. Spécialiste de l’histoire des polices françaises, sa route a maintes fois croisé celle de l’honnête cambrioleur Jacob dans ses recherches… Il n’ignore pas bien évidement le lien unissant ce dernier à Louis Rousseau. Jean-Marc Berlière a lu la réédition du Médecin au bagne chez Nada et nous dit l’importance historiographique de ce « précieux témoignage » sur les pénitenciers coloniaux de Guyane dans sa Lettre aux amis d’une police et d’une gendarmerie républicaines et protectrices des citoyens. Lire le reste de cet article »
Il est écrit que 2020 ne sera pas seulement une année marquée par l’urgence sanitaire. Le Jacoblog aime à y voir aussi une année de publications, et donc d’enrichissement de la connaissance sur le bagne. Le Matricules de Philippe Collin aux éditions Orphie nous rappelle combien le fagot fut aussi un homme tandis que les extraits des lettres d’Alexandre Jacob publiées une 1e fois à L’Insomniaque en 2000 puis réédités et enrichis par les éditions de La Pigne nous révèlent par les yeux du matricule 34777 l’Extermination à la française prévalant dans les camps de travail forcés de Guyane. Nous l’attendions depuis fort longtemps et les éditions Nada l’ont fait. La réédition de l’inestimable ouvrage du Dr Louis Rousseau (1879-1969) est devenue réalité et c’est peu dire que la mémoire du Médecin au bagne met en lumière tout un système éliminatoire qui broya, entre 1852 et 1953, la vie de plus de 70 000 Hommes punis. Lire le reste de cet article »
Il y a un peu plus de quinze ans, le magazine L’Histoire se demandait ce qui pouvait bien faire « courir » Michel Pierre pour dresser le portrait de cet historien « aux vastes curiosités » (n°287, mai 2004). Amateur de bandes dessinées, cet ancien directeur des salines royales d’Arc-et-Senans est aussi, et surtout, un des éminents spécialistes de l’histoire carcérale de la Guyane. Nous nous sommes abondamment servis de ses travaux pour les besoins de nos recherches sur l’honnête cambrioleur devenu Barrabas, matricule 34777. Nous avions envisagé d’interviewer Michel Pierre dès la création du Jacoblog en 2008. Le contact fut repris à l’occasion de la sortie du livre Des hommes et des bagnes du docteur Léon Collin chez Libertalia en avril 2015. Un an plus tôt, l’historien relevait d’ailleurs l’importance de ce témoignage dans le numéro 64 des Collections de l’Histoire (juillet-septembre 2014) … et nous envoya par la suite – soit sept ans – ses éclairantes réponses à nos dix questions. Lire le reste de cet article »
Les systèmes totalitaires ont par essence une logique comptable. Il en va ainsi pour n’importe quelle administration dans quelque régime que ce soit. Le classement de l’information réduit l’homme à un simple numéro et il ne constitue alors plus qu’un rouage interchangeable autorisant le fonctionnement de la matrice. L’homme n’existe plus. Sa vie, sa personnalité, importent peu ou plutôt doivent être niés, détruites, éliminées pour que le principe puisse être efficient et pérenne. Elles sont appelées à sombrer dans les limbes d’un oubli bureaucratique tout kafkaïen. Cela est particulièrement vrai lorsqu’il s’agit du traitement de la question pénale en milieu concentrationnaire. Lire le reste de cet article »