Aphorisme des îles du Salut
samedi 8 août 2026 par JMD

Accommodons-nous de notre sort en vivant le mieux possible, sans oublier toutefois que le sachant-vivre implique le savoir-mourir.
Lettre à Marie Jacob, 30 juillet 1917

Accommodons-nous de notre sort en vivant le mieux possible, sans oublier toutefois que le sachant-vivre implique le savoir-mourir.
Lettre à Marie Jacob, 30 juillet 1917

Les mots ne servent ici à rien. Il faut résister ou périr. L’axiome n’est pas neuf. Il est vrai de toute éternité. Aussi bien, sans toutefois aller donner du museau dans un optimisme béat et rose sans épines, le mieux est encore, tout en ne négligeant aucun effort, de ne pas se laisser aller à la désespérance. Les choses sont ce qu’elles peuvent être, rien plus, rien moins.
Lettre à Marie Jacob, 1er juin 1917

Méthode plus sûre, moyens plus prompts. Tu as déjà compris l’une, devine les autres. Il s’agit, tu le comprends bien, de la résignation. Accepter son sort, le subir et se laisser vivre… ou tuer. Ce n’est pas plus difficile que cela.
Lettre à Marie Jacob, 22 avril 1917

Les bonnes graines, dit-on, ne moisissent jamais.
Lettre à Marie Jacob, 15 novembre 1916

Le mot du chancelier anglais : « Le sourire aux lèvres jusqu’au billot, inclusivement » est toute une doctrine. La gaieté, ce qui ne signifie pas l’insouciance, jusque dans les situations les plus pénibles, les plus décevantes, c’est ce qui distingue et caractérise les âmes bien trempées.
Lettre à Marie Jacob, 2 août1916

Le mot historique mais légendaire de Brennus sera toujours d’actualité : vae victis, c’est la vie. C’est à chacun de s’arranger pour être celui qui jette l’épée dans la balance.
Lettre à Marie Jacob, 13 mai 1916

La vie aussi est une guerre, et une guerre qui, encore que plus hypocrite, est tout autant implacable que l’autre. Comme dit l’autre, vivre c’est assassiner. Il n’y a pas que la mitraille qui tue ; il y a des sourires homicides.
Lettre à Marie Jacob, 13 mai 1916

Il ne faut pas accorder une foi aveugle à tous ces toniques présentés et prescrits à grand renfort de publicité. On ne radoube pas des tissus comme une coque de navire. On peut survivre à de fortes secousses mais personne n’a encore pu revivre.
Lettre à Marie Jacob, 13 mai 1916

Vivre, c’est s’user.
Lettre à Marie Jacob, 13 mai 1916

La vie aussi est une guerre où il faut se résigner à être gland quand on ne peut pas être cochon. Et même quand on a le rare avantage de pouvoir être le compagnon de saint Antoine, faut-il constamment se tâter les cuisses et ne pas se dissimuler que, tôt ou tard, cela aussi sera de succulents jambons qui feront les délices d’un ver, d’un poisson ou d’une plante.
Lettre à Marie Jacob, 7 février 1916

Dans ce conflit de pensées, c’est L’Ecclésiaste qui a raison : « Un ciron vivant vaut mieux qu’un éléphant crevé. » Tout le reste n’est que vains bavardages.
Lettre à Marie Jacob, 7 février 1916
NDLR : Dans l’Ecclésiaste 9, la vraie citation est : « Un chien vivant vaut mieux qu’un lion mort » ; le ciron est un insecte de la famille des acariens

En somme, ce malheur aura de bons résultats pour moi, la douleur étant encore, quand on y résiste, le meilleur des toniques. Quand on a enduré ce que j’ai souffert, je t’assure que l’on ne craint plus rien.
Lettre à Marie Jacob, 26 août 1913
Où l’étude de Valérie Portet sur les bagnards anars se conclut par la mise en relief des attitudes de résistance. Résistance à l’autorité. Résistance au système éliminatoire. Résistance et non compromission. Résistance et solidarité. 14e épisode.
CONCLUSION
L’étude du bagne en tant qu’institution totale comme le définit Erving Goffman nous a permis de mener une étude plus précise des comportements de notre échantillon. En effet, nous avons pu mettre en rapport les concepts qu’il dégage des conséquences du fonctionnement et des objectifs d’une telle institution, avec les éléments extraits du corpus analysé. Ce qui nous a permis de détecter des mécanismes particuliers dans la représentation du système concentrationnaire du bagne par les individus constituant notre échantillon. En calquant l’approche biographique choisie sur ces modalités d’étude nous avons pu restituer la dimension humaine propre à ce type d’analyse en limitant les erreurs d’interprétation. Lire le reste de cet article »
Où il est spécifié que la lettre du condamné constitue un témoignage unique sur la question de la survie à l’institution totale. La mémoire de l’écrit face à aux limbes de l’oubli carcéral. Episode 5.
C/ L’expérience de l’institution totale
Partir de l’expérience des transportés pour déceler ce qu’ils perçoivent de l’institution totale avec « ses phénomènes de contrôle, de violence, de dépersonnalisation, de pression psychologique, de chantage réciproque, de corruption »[1], tel est précisément notre objectif. Lire le reste de cet article »