Les Bat’d’Af’, Biribi, l’antichambre du bagne. C’est peu dire que l’homosexualité interpelle nombre de témoins du bagne : médecins, agents de l’AP, journalistes, décrivent alors le plus souvent une pratique contre-nature. Le condamné cherche la vie de couple et s’adapte à un espace confiné et essentiellement masculin ; il en est de même pour les bagnes militaires. En 1955, le magazine de Galtier-Boissière consacre une partie de son numéro 30 sur l’homosexualité à ces bagnes d’Afrique du Nord en publiant un large extrait de l’ouvrage du médecin-major Tranchant et du lieutenant Desvignes paru en 1911. Si nous retrouvons la médicalisation et la psychiatrisation de la pratique homosexuelle, il est intéressant de relever le stéréotype raciste est aussi invoqué dans cet argumentaire d’un autre temps. Le condamné blanc et européen est alors largement perverti par la culture locale, arabe et musulmane. Mais la pratique homosexuelle s’inscrit tout aussi bien dans un jeu de rapport de force, n’excluant pas les relations tarifées et affectives. Le Crapouillot, pour illustrer son papier, reprend les illustrations que Naudin donne au numéro 227 de L’Assiette au Beurre en date du 5 août 1905 et consacré à Biribi.
Les clichés de bagnards sont rares. C’est aussi ce qui donne son caractère exceptionnel à la publication des souvenirs écrits et photographiques du Dr Léon Collin visitant la Guyane et la Nouvelle Calédonie entre 1907 et 1913[1]. S’il y avait bien un passage devant le service anthropométrique au débarquement du forçat, nombre de portraits se sont abimés avec le temps et sous le climat équatorial. Quelques-uns, officiels, administratifs ou non, subsistent néanmoins aux Archives Nationales de l’Outre-Mer ou dans les collections privées. Jacob Law apparait ainsi en bagnard dans son livre en 1925 ; Roussenq est photographié par Détective en 1929, d’autres encore ont vu leur portrait tiré à l’occasion. Mais, pour la plupart des hommes punis, le visage de leur expiation demeure à jamais effacé. Nous ne connaissions jusqu’à présent aucune image révélant le matricule 34777, dit Barrabas, dans sa résidence guyanaise forcée. De temps à autres, les souvenirs remontent à la surface. Lire le reste de cet article »
La première série du célèbre magazine satirique L’Assiette au Beurre parait de 1901 à 1912. Chaque numéro est consacré à un sujet unique illustré en pleine page par un seul artiste. Ils sont alors environ deux cents dessinateurs parmi les plus renommés de la Belle Epoque (Kupka, Jossot, Steinlen, Vallotton, etc.) à avoir prêté leur concours à une feuille qui, au départ, fut proche des milieux libertaires et se fit immédiatement remarquer par sa grande liberté de ton. Nous avons, il y a peu, mis en ligne le très réactionnaire numéro 340 en date du 5 octobre 1907 et consacré Au bagne. Le dessinateur Jean Plumes se chargeait des édifiantes illustrations tandis que Jacques Dhur fournissait une courte préface révélant une institution pénitentiaire coloniale à la dérive. Les bagnes de Guyane devenaient ainsi des lieux de dépravation où le fagot, comme un coq en pâte, vivait une vie paradisiaque au frais du moutonnier contribuable. C’est tout le contraire deux ans plus tôt quand Bernard Naudin (186-1946), ami de Grandjouan, dessinait Biribi et ses sinistres compagnies de discipline pour le numéro 227 en date du 5 août 1905. Lire le reste de cet article »
Avant Albert Londres, il y eut Jacques Dhur, né Félix le Héno à Vannes le 25 février 1865. Ses articles sur Biribi ou sur le bagne de Nouvelle Calédonie firent sensation au début du XXe siècle. Tout en reconnaissant, la force des campagnes du journaliste pour ramener notamment du Caillou le pharmacien innocent Danval et d’autres encore, l’hebdomadaire Les Hommes du Jour révèle, dans son numéro 132 en date du 30 juillet 1910, un homme à la recherche du scoop et de la notoriété, variant au gré de ses ambitions en fonction d’une opinion publique savamment manipulée par les médias. L’époque, il convient de le souligner, est particulièrement névrosée par un présumé sentiment d’insécurité. Dhur n’hésite alors pas à renier les horreurs qu’il a pourtant et au préalable décrite avec brio : Lire le reste de cet article »
L’image de l’apache dans la caricature de la Belle Epoque et de la Grande Guerre
Apaches, le mot est à la mode parisienne pendant la « Belle Époque ». Pas seulement pour qualifier les malfrats des faubourgs. La caricature s’empare du terme et en affuble dirigeants et peuples qui se comportent en sauvages.
En France, on s’intéresse à la conquête de l’Amérique. Ce n’est pas par hasard si en 1832, Alexandre Dumas intitule un de ses romans Les Mohicans de Paris dont l’action débute à l’angle des rues Saint-Denis et Blondel. Il s’inspire du titre de Fenimore Cooper Le dernier des Mohicans publié en 1826. Alfred Delvau s’y réfère aussi lorsqu’en 1860, il publie Les dessous de Paris. Dans Apaches, voyous et gonzes poilus, Claude Dubois précise qu’en parlant de la pègre de la Maubert, Delvau écrit que ce sont les « Peaux-Rouges du Paris moderne, qui sont comme les scories de la grande capitale en ébullition de progrès… ». Après l’ultime guerre contre Geronimo entre 1883 et 1886, c’est en 1889 que le Wild West Show de Buffalo Bill s’installe près de la porte Maillot à Paris. C’est à partir de 1895 que le mot apache commence à fleurir à la Courtille pour désigner les voyous et autres malfrats des faubourgs. Lire le reste de cet article »