Les Bat’d’Af’, Biribi, l’antichambre du bagne. C’est peu dire que l’homosexualité interpelle nombre de témoins du bagne : médecins, agents de l’AP, journalistes, décrivent alors le plus souvent une pratique contre-nature. Le condamné cherche la vie de couple et s’adapte à un espace confiné et essentiellement masculin ; il en est de même pour les bagnes militaires. En 1955, le magazine de Galtier-Boissière consacre une partie de son numéro 30 sur l’homosexualité à ces bagnes d’Afrique du Nord en publiant un large extrait de l’ouvrage du médecin-major Tranchant et du lieutenant Desvignes paru en 1911. Si nous retrouvons la médicalisation et la psychiatrisation de la pratique homosexuelle, il est intéressant de relever le stéréotype raciste est aussi invoqué dans cet argumentaire d’un autre temps. Le condamné blanc et européen est alors largement perverti par la culture locale, arabe et musulmane. Mais la pratique homosexuelle s’inscrit tout aussi bien dans un jeu de rapport de force, n’excluant pas les relations tarifées et affectives. Le Crapouillot, pour illustrer son papier, reprend les illustrations que Naudin donne au numéro 227 de L’Assiette au Beurre en date du 5 août 1905 et consacré à Biribi.
En 1909, le matricule 37664 Paul Roussenq, 24 ans, soldat au cinquième bataillon d’Afrique, condamné à vingt ans de travaux forcés par le conseil de guerre de Tunis, débarque en Guyane. Il est un numéro parmi d’autres, fiché comme anarchiste et ayant déjà subi une peine de quatre ans de centrale à Clairvaux. Vingt-trois ans plus tard, à son retour en France, il est devenu l’un des bagnards les plus connus des Français.
samedi 31 janvier – dimanche 1 février 1948, p. 2.
Mes tombeaux
souvenirs du bagne
par Paul Roussenq, L’Inco d’Albert Londres
III
Le directeur Funk! qui lui succéda, n’avait rien d’un argousin. Il punissait si peu que les gardiens se lassèrent vite d’envoyer des détenus devant le prétoire.
Les demandes de grâce, de libération conditionnelle soumises à son appréciation pour avis, trouvèrent en lui un constant approbateur – quelle que fut la conduite de l’intéressé.
Une bienveillance aussi inaccoutumée devait avoir de fâcheuses répercussions sur d’autres plans. Le linge n’était plus aussi blanc et la soupe aussi bonne. On ne pouvait pas tout avoir.
Le 14 août 1907, je bénéficiai d’une libération conditionnelle qui abrégeait ma peine de quelques mois. Lire le reste de cet article »
«Dans le Paris moderne rôde un individu qu’Eugène Sue et Balzac n’ont pas connu, mais qu’ils auraient décrit avec minutie, un coquin que Vidocq a ignoré mais contre lequel il eût aimé déployer sa force et sa ruse : l’Apache. On ne sait plus aujourd’hui si l’Apache, de création récente, a produit une certaine littérature, ou si une certaine littérature a produit l’Apache… Sous ce vocable dont on l’a affublé, on a réuni l’escroc, l’escarpe, le rôdeur de barrière, le cambrioleur, le faquin à poignard clandestin, l’homme qui vit en marge de la société, prêt à toutes les sales besognes pour ne pas accomplir un labeur régulier, le misérable qui crochète une porte ou éventre un passant, parfois pour rien, pour le plaisir…».Le Matin, dans son numéro du 13 décembre 1907, dépeint en ces termes une nouvelle figure parisienne, née dans les premières années de la Belle Epoque, et qui connaît un énorme succès médiatique : l’apache. Lire le reste de cet article »
p.120-122 : Le nombre de tatoués est important dans la clientèle des prisons et des bagnes. II est rare (surtout à la fin du XIXe siècle) de rencontrer un forçat qui ne porte point sur Ie corps quelque dessin ou devise. Un article du régiment des pénitenciers précise pourtant: « II est formellement interdit aux transportes de transformer leur signalement au moyen de tatouages, de cicatrices provoquées, etc. » Lire le reste de cet article »
Nom : Bernard. Prénoms : Charles Nicolas. Profession : voleur. Il est à peu près sûr que le passif du susnommé ne plaide pas en sa faveur lors de son procès aux assises de Nancy le 28 mars 1900. Le Rambuvetais y est jugé pour le vol commis à Rosières aux Salines huit mois plus tôt chez le rentier Marchal. Le larcin avait rapporté quelques 120000 francs en valeurs. Deux des complices se sont fait rapidement pincer, l’un à Paris le 30 juillet 1899, l’autre peu de temps après. De Besançon où il a appris la nouvelle de leur arrestation, Bernard a fui vers la Suisse. C’est à Zürich qu’il est alpagué le 3 décembre, avec sa compagne, le père de celle-ci et une autre femme, par les forces de l’ordre helvètes. Lire le reste de cet article »
Dans son étude sur la Terre de grande punition, Michel Pierre signale le grand nombre de bagnards tatoués et, malgré l’interdiction réglementaire de cet usage, « il est rare de rencontrer un forçat qui ne porte point sur le corps quelques dessins ou devises » . Barrabas, matricule 34777 fait figure d’exception. Le forçat sait se jouer des règlements et faire inscrire sa vie, ses pensées, son œuvre sur le corps.
Albert Londres consacre tout un chapitre en 1923 à cette véritable « littérature de tatoués » qui, comme les foires aux monstres dans les fêtes foraines, suscitent un certain voyeurisme malsain chez nombre de reporters venus chercher le scoop en Guyane. Certains peuvent y voir une confirmation de la très hypothétique justesse des thèses du médecin italien Lombroso sur l’homme criminel qui porterait sur lui les stigmates de ses crimes passés et à venir. Lire le reste de cet article »
Cette liberté, cette initiative, d’autres sources, infiniment plus nombreuses, en ont porté la trace. A 1’heure de la sieste, dans la pénombre des chambrées, douloureusement, disciplinaires et bataillonnaires ont reporté sur leur peau l’expression et les signes de leur expérience. Les tatouages furent en effet la grande affaire de Biribi, où tous les hommes ou presque étaient « bleus ». Lire le reste de cet article »
Mot d’argot servant à désigner l’ensemble des formations disciplinaires et pénitentiaires de l’armée française. Ces formations sont : 1° Les Compagnies de Discipline ou Sections Spéciales de Correction ; 2° Les Ateliers de Travaux Publics ; 3° Les Pénitenciers Militaires.
Les Compagnies de Discipline ont été créées par ordonnance royale de 1818, pour recevoir les soldats qui, sans avoir commis de délits justiciables des Conseils de Guerre, persévèrent néanmoins, par leur insubordination ou leur « déplorable » conduite, à porter le trouble et le mauvais exemple dans les corps dont ils font partie. Lire le reste de cet article »
L’imaginaire collectif se construit sur le mode binaire. Binaire et le plus fréquemment manichéen. Le bien et le mal s’incarnent de la sorte au travers de personnages historiques devenu mythiques. Il est également des lieux qui peuvent susciter les uns le rêve chimérique d’une vie meilleure, les autres, à l’opposé, le trouble, l’angoisse et l’inquiétude, et qui éveillent finalement l’effroi. Institutionnalisés ces espaces constituent une espèce de ciment social engendrés par l’effet de peur. De fait, si le paradis terrestre peut se trouver dans quelques vertes contrées, l’enfer existe bel et bien ici bas dans sa vocation d’éloignement et d’élimination des mauvais sujets sociaux. Lire le reste de cet article »
Vingt ans de bagne n’ont pas brisé le Gardois Roussenq
Nom : Roussenq. Prénom : Paul. Matricule : 37 664. Particularité : détient le record de jours passés au cachot au bagne de Cayenne. Lire le reste de cet article »
Gare aux faux pas ! Effet papillon ou théorie des dominos peu importe. Un fatal battement d’ailes ou un malencontreux écart qui fait basculer une des pièces du jeu. L’effet papillon à la mode Roussenq, c’est un quignon de pain. Oui, un simple bout de pain dur peut vous pourrir la vie ! Le jeune plouc du Midi aurait du le savoir. Foutu caractère ! L’Inco est né le 18 septembre 1885. La vigne a ses prolos à Saint Gilles du Gard. Les Roussenq en font partie. Lire le reste de cet article »