Aphorisme du bagnard embusqué
jeudi 25 décembre 2025 par JMD

Qu’est-ce que le criminel ? Un barbare de l’intérieur, donc un ennemi prisonnier de guerre sociale.
Lettre à Marie Jacob, 24 mai 1915

Qu’est-ce que le criminel ? Un barbare de l’intérieur, donc un ennemi prisonnier de guerre sociale.
Lettre à Marie Jacob, 24 mai 1915

Ce qui est un mal pour les natures faibles est, au contraire, un bien pour les natures fortes. Comme dit l’autre : ce qui ne tue pas rend plus fort. Et, en fait de tonique moral, rien ne vaut l’isolement.
Lettre à Marie Jacob, 19 avril 1915

Car, au fond, il n’y a pas de douleur en soi. La douleur est un jugement et non un fait. C’est un phénomène purement cérébral.
Lettre à Marie Jacob, 19 avril 1915

Dans la vie, il faut digérer tous les événements, les bons et les mauvais. C’est le seul moyen de vaincre.
Lettre à Marie Jacob, 12 avril 1915

Il faut avoir le dédain de la mort et, comme Sénèque, se dire : « Si je voyais le monde embrasé d’un incendie universel, je songerais que, dans cette ruine immense, je n’ai rien à perdre. »
Lettre à Marie Jacob, 5 février 1915

Vas de l’avant, à une bonne allure, en pleine confiance, grand largue, indifférente à tout ce qui n’est pas ton but, ta joie, ton bonheur
Lettre à Marie Jacob, 5 février 1915

Hors de nous, rien n’est vrai, rien n’est bien, rien n’est mal. Quand nous donnons aux choses des couleurs, c’est nous qui sommes les coloristes. Les choses ne valent et n’existent que par le cerveau qui les conçoit. C’est pourquoi toutes les métaphysiques ne sont que des billevesées, comme toutes les religions qui calomnient la vie ne sont que des duperies.
Lettre à Marie Jacob, 14 janvier 1915

N’empoisonne pas ta vie en accordant une valeur à des baves et des venins vomis par de si méprisables bouches. Le blâme aussi bien que la louange doivent nous laisser indifférents.
Lettre à Marie Jacob, 14 janvier 1915

Tous les oiseaux ne sont pas des aigles, que diable. Sois supérieure [à toutes] ces mesquineries.
Lettre à Marie Jacob, 14 janvier 1915

N’est-ce pas la plus belle chose, la plus sublime des sensations que de mourir les armes à la main ? Toute question de subjectivisme et de métaphysique à part, ceux-là sont à envier et non à plaindre. Ce qui est triste, ce qui est pitoyable, suprêmement lamentable, c’est ce suicide de tous les instants, c’est cette mort graduelle, goutte à goutte, que l’on nomme vie tranquille, cette vie cénobitique des capucins, des limaces et des forçats.
Lettre à Marie Jacob, 19 novembre 1914

La vie est une guerre. Que l’on combatte pour un mot, pour une idée, pour un drapeau, pour un intérêt prosaïque ou pour un intérêt idéologique, que l’on soit Sancho Pança ou Don Quichotte, il faut toujours donner des coups et en recevoir. Cela est inéluctable, cela ne changera jamais
Lettre à Marie Jacob, 20 octobre 1914

Je ne suis pas antimilitariste pour la simple raison qu’il ne peut pas y avoir de société sans défenseurs, un offenseur selon les circonstances ; mais je ne suis pas patriote par cette autre raison que je ne puis l’être, n’ayant pas de patrimoine. Le mot ne me suffit pas ; il me faut encore la chose.
Lettre à Marie Jacob, 20 octobre 1914
NDLR : ici Jacob cherche à éviter la censure de sa lettre par l’AP alors que la 1e guerre mondiale vient de débuter
Nos cerveaux peuvent difficilement concevoir ce qu’est comme carnage et dévastation la guerre actuelle. Seuls, les experts en art militaire en ont une idée exacte, et ceux-là se comptent. As-tu songé à cela ? Bien sûr. C’est peu de chose que de mourir en combattant ; mais se laisser tuer comme un pigeon au tir de Monte-Carlo, c’est une autre affaire.
lettre à Marie Jacob, îles du Salut, 20 octobre 1914
(photographie : ossuaire de Douaumont, Meuse, octobre 2020)
Il n’y a pas trace de justice dans l’histoire.
Lettre à Marie Jacob, 20 octobre 1914

Prisonnier de guerre sociale, je suis au bagne et j’y reste.
Lettre à Marie Jacob, 23 septembre 1914