Ancien militant du GAJ (groupe action jeunesse) puis du GAS (groupe d’action solidariste) de Jean-Pierre Stirbois, Laurent Maréchaux a dirigé de 1975 à 1979 les Cahiers du Solidarisme. Il collabore depuis régulièrement au magazine Historia et publie son premier roman en 2005 aux éditions La Dilettante. Quatre ans plus tard, son livre Hors la loi publié chez Arthaud veut rendre un hommage bien ambigu aux bandits de grand chemin et autres anarchistes, illégalistes, as de la gâchette… qui ont préféré sortir du cadre de la légalité pour affirmer leur attachement viscéral au principe de liberté. Le livre, réédité au format poche en 2018 a été encensé par la presse… Le Figaro, Valeurs Actuelles, Causeur et bien sûr Historia ont adoré cette énumération de mauvais garçons. Le Monde aussi d’ailleurs. Parmi les nombreux lascars et malandrins recensés du VIIe au XXe siècle, il en est un de la page 151 à la page 155 du livre format poche, « éternel rebelle », qui est « entré dans la légende sous les traits » de … qui vous savez.
Les Bat’d’Af’, Biribi, l’antichambre du bagne. C’est peu dire que l’homosexualité interpelle nombre de témoins du bagne : médecins, agents de l’AP, journalistes, décrivent alors le plus souvent une pratique contre-nature. Le condamné cherche la vie de couple et s’adapte à un espace confiné et essentiellement masculin ; il en est de même pour les bagnes militaires. En 1955, le magazine de Galtier-Boissière consacre une partie de son numéro 30 sur l’homosexualité à ces bagnes d’Afrique du Nord en publiant un large extrait de l’ouvrage du médecin-major Tranchant et du lieutenant Desvignes paru en 1911. Si nous retrouvons la médicalisation et la psychiatrisation de la pratique homosexuelle, il est intéressant de relever le stéréotype raciste est aussi invoqué dans cet argumentaire d’un autre temps. Le condamné blanc et européen est alors largement perverti par la culture locale, arabe et musulmane. Mais la pratique homosexuelle s’inscrit tout aussi bien dans un jeu de rapport de force, n’excluant pas les relations tarifées et affectives. Le Crapouillot, pour illustrer son papier, reprend les illustrations que Naudin donne au numéro 227 de L’Assiette au Beurre en date du 5 août 1905 et consacré à Biribi.
Il y a dix-sept ans, l’articleL’Oncle et les PDrévélait le point de vue du Dr Louis Rousseau sur les pratiques homosexuelles dans les camps de travaux forcés en Guyane. Dix-sept ans plus tard, nous avons mis la main sur le numéro 30 du Crapouillot consacré en 1955 à l’homosexualité. Le magazine de la première série de l’après-guerre du journal (1948-1967) de Galtier-Boissière n’a pas encore revêtu l’uniforme brun de l’extrême-droite ; il traite de l’homosexualité et consacre tout une partie sur cette pratique sexuelle au bagne. Le Crapouillot n’hésite pas alors à reproduire l’intégralité de la prose de Louis Rousseau dans Un médecin au bagne (éditions Fleury 1930, réédition Nada 2020) sur le sujet. L’introduction qui en est faite met en valeur « un livre fort attachant » . Le numéro du journal anticonformiste est assorti d’une intéressante iconographie que l’on ne trouve ni dans le livre de l’ami de l’honnête cambrioleur ni dans la récente étude Mauvais garçons et jolis mômes parue en avril 2026 aux éditions Hors Champs. L’article reprend notamment la reproduction de la superbe aquarelle d’André Dignimont (1891-1965), Les bagnards à Saint-Laurent-du-Maroni que l’on peut trouver en couleur dans l’édition de luxe du livre du créateur du Crapouillot, La bonne vie, paru chez Jonquière en 1928.
Créées en 2022, les éditions associatives et parisiennes Hors Champ se sont données pour « but de préserver la mémoire des homosexualités et des marginalités ». Fortes de sept ouvrages, elles proposent quatre ans plus tard un intéressant volume au titre évocateur : Mauvais garçons & jolis mômes. Le sous-titre, nettement moins accrocheur, vient alors relever une première de couverture assez froide et à l’esthétique pour le moins minimaliste ; il va éclairer un lectorat non initié : la sexualité au bagne 1748 – 1953. L’étude historique nous emmène donc dans les bagnes portuaires de l’hexagone, en Guyane mais aussi en Nouvelle-Calédonie et à Biribi car l’institution pénitentiaire coloniale et militaire n’aurait pas encore « livré tous ses secrets ».
C’est ce qu’affirme la quatrième de couverture d’un livre non-cartonné de 292 pages au papier glacé, richement illustré, au graphisme soigné, mais hélas pas à la portée de toutes les bourses. 35€ tout de même ! Le texte de présentation insiste donc sur l’aspect novateur de cette longue et « inédite » recherche effectuée par Julien Gomez-Estienne et Philippe Collin, qui auraient réuni « un corpus exceptionnel » pour « une immersion saisissante dans cet univers ». L’étude, fort convaincante dans son ensemble, est-elle pour autant « incontournable » ? L’élogieux propos doit être nuancée.