Roussenq dans L’Histoire !


L’Histoire n°543 mai 2026, p.83

XIXe-XXIe siècle

L’Incorrigible

En 1909, le matri­cule 37664 Paul Roussenq, 24 ans, soldat au cinquième bataillon d’Afrique, condamné à vingt ans de travaux for­cés par le conseil de guerre de Tunis, dé­barque en Guyane. Il est un numéro parmi d’autres, fiché comme anar­chiste et ayant déjà subi une peine de quatre ans de centrale à Clairvaux. Vingt-trois ans plus tard, à son retour en France, il est devenu l’un des ba­gnards les plus connus des Français.

Entre ces deux dates se déroule l’inces­sant combat d’un forçat qui, par son attitude et ses écrits, parvient à attirer l’attention d’une partie de la presse et du plus connu de ses représentants, Albert Londres. Sa libération et son retour en France fin 1932 sont éga­lement obtenus par un mouvement d’opinion que soutient le Parti com­muniste français, qui en fait une icône de la lutte des classes et une vedette des réunions militantes. Lassé de ce rôle et toujours fidèle à son idéal liber­taire, il reprend, en 1934, une décen­nie de vie errante marquée par le trip­tyque route-hôpital-prison, dont près de deux ans en « centre de séjour sur­veillé » institué par le régime de Vichy. Le 3 août 1949, à Bayonne, il met fin à ses jours en se jetant dans l’Adour. Par l’étude minutieuse de multiples sources d’archives, des récits et souve­nirs écrits par Roussenq, l’auteur resti­tue avec ferveur le destin d’un perpé­tuel révolté qui se décrivait lui-même à la fin de sa vie : « Ayant tout enduré, près du gouffre béant,/Je demeure de­bout, sur le seuil du néant. »

Paul Roussenq. Une vie au bagne

Jean-Marc Delpech

lmago, 2026, 320 p., 25 €.

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