Bagnards et anarchistes : juillet 2025

Barrabas
« J’ai cessé cette lutte du fait de mon arrestation mais je l’ai reprise au bagne sous une autre forme et par d’autres moyens » écrit l’ancien cambrioleur Jacob à Jean Maitron en 1948. Le matricule 34777 débarque aux îles du Salut le 13 janvier 1906. Le « prisonnier de guerre sociale » est attendu de pied ferme. Mais Alexandre Jacob, ou Barrabas dans les écrits de Dieudonné (1930) et du commandant Michel (1937), pragmatique, en impose à ses codétenus et parvient à tenir tête à l’AP notamment par une connaissance quasi-encyclopédique des lois, décrets et règlements qui régissent le bagne. Il sait profiter de la moindre faille dans le systémisme carcéral pour tenter un bon coup : projet avorté d’un mariage blanc orchestré depuis Paris en 1908 par Charles Malato et qui lui aurait permis de s’évader depuis le continent, envoi par sa mère d’un revolver Le Gaulois caché dans une boîte de sardines en 1910, projet de faire sauter le vapeur Maroni en 1916, échec l’année suivante d’une évasion en faisant croire à une mort apparente après absorption de chlorhydrate de morphine, chantage orchestré sur des surveillants volant le courrier et les colis des bagnards…
Son opposition à l’AP lui vaut de nombreux passages devant la commission disciplinaire. Il est également jugé 7 fois par le TMS de Saint-Laurent-du-Maroni pour meurtre (celui du forçat Capelletti en 1908), évasion et tentative d’évasion ou encore dénonciation calomnieuse (du surveillant Bonal ayant assassiné de sang-froid le forçat Vinci en 1909). Il doit subir quelque trois années de réclusion dans les cachots de l’île Saint Joseph de 1909 à 1912. La rencontre en 1920 avec le Dr Louis Rousseau se transforme vite en une indéfectible amitié et aboutit dix ans plus tard à la publication d’un Médecin au bagne aux éditions Fleury. Jacob entretient une correspondance salvatrice avec Marie, sa mère qui, à Paris, maintient et crée des réseaux de solidarité. Par le biais des époux Aron (Romanitza artiste et André avocat), elle réussit à intéresser les milieux politiques et gouvernementaux (Pierre Laval, Anatole de Monzie) au sort de son fils. Francis Million du Peuple et Louis Roubaud du Quotidien lancent une campagne en faveur de la libération de Jacob qui réunit en février-mars 1925 de nombreux témoignages de soutien. Le 14 juillet de cette année, une grâce présidentielle ordonne le rapatriement de Jacob en métropole. Après un passage par les prisons de Saint Nazaire, Rennes et Melun, Alexandre Jacob se retrouve à la centrale de Fresnes. Il est finalement libéré le 31 décembre 1927. JMD


Tags: 34777, AP, Aron, boite de sardines, Bonal, Capelletti, commandant Michel, Dieudonné, évasion, Francis Million, Jacob, Louis Rousseau, Maitron, Malato, Marie Jacob, Romanitza, Roubaud, Vinci
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8 février 2025 à 20:44
Bonjour,
Je trouve votre travail remarquable. Je m’intéresse beaucoup à l’œuvre de LK et je souhaiterais en savoir un maximum à ce sujet.
Votre travail de compilation m’impressionne beaucoup pour faire revivre les anciens bagnards et j’espère pouvoir en discuter avec vous par mail.
Bien cordialement.