Aphorismes du bagnard
lundi 15 juin 2020 par JMD
Si je me laisse chiper par la paresse, je vais tomber dans l’aquoibonisme, et alors, adioù botto, je suis fichu. Si c’est pour vivre à la manière d’un poulpe ou d’une pastèque, cela n’en vaut guère la peine. Autant s’endormir du dernier sommeil.
Lettre à Marie Jacob, 11 février 1913





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Il ne faut pas non plus se dessécher de chagrin. Laisse donc le passé en paix et table sur l’avenir.
En prévention, j’étais en cellule, à Saint-Laurent encore en cellule et aux fers par-dessus le marché, à l’infirmerie, toujours en cellule et isolé, bien qu’à l’ordinaire ce local soit occupé par trois condamnés malades. À vrai dire, j’aime mieux ça. La vie en commun, en troupeau pour mieux dire, a ses désagréments quoiqu’elle offre un peu plus de libertés. De libertés ! je me demande ce que ce mot est venu faire sous ma plume.
La naissance tout comme la mort ne sont qu’une question de mots, rien de plus. La meilleure des preuves en est que, si l’on pouvait peser la terre après un million de naissances, elle n’en augmenterait pas d’un seul milligramme. De même pour la mort, ou mieux, ce que l’on a coutume d’appeler ainsi. La vie, même dans la misère, vaut la peine qu’on la vive ; mais soit que les circonstances en exigent le sacrifice, soit que l’usure de la machine le veuille, eh bien, ma foi, il n’y a pas à le regretter. À quoi bon se lamenter sur un événement nécessaire et inéluctable ?