Gilbert est mort


Une gueule. Gilbert avait une belle gueule, une rire gras, franc et généreux, et surtout toute l’humanité dans des yeux qui pétillaient d’anarchie. Gilbert est mort. Ses yeux se sont éteints mardi dernier, 14 avril 2015, à Limoges. Gilbert est mort et on ne le verra plus dans les salons du livre anar, sur les routes de France, de Navarre et par-delà les frontières dans une antique bagnole transportant bouquins de derrière les fagots et cuvées des Acrates de derrière les fagots aussi. Il nous avait apportés une caisse de la cuvée Elisée Reclus à Vaison la Romaine ; on était en vacances et il était resté avec nous pour goûter la dive bertanche et partager notre repas. Gilbert est mort à 70 piges et il avait encore une vie d’anarchie à écluser, à nous raconter et à nous faire aimer. Gilbert est mort et c’est une page de l’histoire du Jacoblog qui se tourne aussi … que l’on a du mal à tourner.

Gilbert est mort et les yeux nous piquent très fort en lisant la biographie-nécrologie écrite par les copains du CIRA de Marseille qu’il animait depuis des lustres. Gilbert est mort et les souvenirs nous fracassent la gueule. Conférence Jacob pour les 40 ans du CIRA en 2005. Ballade sur les routes de Provence en 2009 pour une tournée de rencontres et de débats autour de l’honnête cambrioleur, un frère d’armes et de plume. Ballade aussi dans les rues du Vieux Port de Marseille. Discussion à bâtons rompus sur l’illégalisme et théorie de du vol autour d’un plat de harengs mariné dont il avait le secret. Un truc à vous foutre les papilles au garde-à-vous, nous qui avions aboli l’état, la religion et l’armée dans nos têtes, nous qui rêvions qu’ils fussent abolis tout court.

Gilbert est mort et on ne l’entendra plus nous balancer la liste des préfectures et sous-préfectures.  Gilbert était venu à notre soutenance de thèse en juin 2006 à Nancy et avait apprécié, comme nous d’ailleurs, notre Kir Jacob, notre cuvée de Morgon et les agapes qui les accompagnaient. On n’était pas vraiment frais le lendemain matin. Et le père Gilbert avait fait un détour par Romans pour récupérer les archives du père Jacob. La barbe au vent, il déclamait Proudhon comme personne, comme si c’était vrai, porte d’Aix à Marseille, pour le film de Till Roeskens. Même Brad Pitt n’aurait pas mieux fait. Ni vieux ni traître encore. Merci à Pierre Carles pour ce magnifique documentaire où on voit Gilbert se raconter un tout petit peu, plein de cette vie de libertaire militant.

Gilbert est mort et c’est juste con. Ça fait mal. Salut copain. On t’aime et c’est tout.

GILBERT ROTH (1945-2015)

Gilbert Roth est né à Paris 14e le 3 juin 1945.

Il était fier d’avoir eu un grand-père anarchiste, le père de sa mère, l’Italien Attilio Cini (1868-1926).

Lui-même, découvre les idées anarchistes avant Mai 1968. Il commence à militer en 1969. Il a été membre de la FA (Fédération anarchiste) ainsi que de la CNT (Confédération nationale du travail), du COJRA (Commission d’organisation des journées de réflexion antiautoritaire) et de l’UPF (Union pacifiste de France).

Avec les libertaires présents, il s’investit dans l’animation de l’auberge du MIAJ (Mouvement indépendant des auberges de jeunesse) située près du métro Laumière dans le 19e arrondissement de Paris. Ce lieu était aussi un espace de convergences de luttes (notamment autour de l’insoumission à l’armée), de rencontres de divers groupes, individu-e-s et de débats.

Pendant une longue période, avec Helyette Bess, il a participé aux activités de la librairie anarchiste Le Jargon libre. Elle se trouvait rue de la Reine Blanche dans le 13e et a fonctionné de 1974 à 1984.

Il a eu une fille, Cécile. Plus tard, devenu malthusianiste convaincu, il part en Suisse pour se faire vasectomiser. À son retour, il milite auprès des compagnons pour qu’ils en fassent de même.

Après les arrestations de plusieurs membres des GARI (Groupes d’action révolutionnaires internationalistes) en 1974, il participe à diverses actions spectaculaires de solidarité : enlèvement de la statue en cire du Musée Grévin de Juan Carlos, attentat contre la statue de Saint Louis au Palais de Jutice, sabotage d’une course hippique à Auteuil…

Diverses activités rémunératrices ont ponctué ces années : électricien, chauffeur de taxi (surtout pour les camarades !), coursier, représentant en vin… Il a monté une SCOP (Société coopérative et participative) d’informatique et s’est investit dans le mouvement des coopératives. Son expérience dans le monde de la gestion d’entreprise se termina par un interdit bancaire de plusieurs années.

« Travailleur de la nuit », il connut quelques séjours à l’ombre… Lors de son procès en juillet 1975, il a plusieurs témoins de « moralité » (May Picqueray, Léo Campion…). On l’accuse d’avoir fait un casse chez un notaire de Montmorency. La seule preuve qu’ont les policiers contre lui est la présence d’un pied de biche à son domicile. Léo Campion déclare :« Monsieur le président, j’ai, sur moi, tout ce qu’il faut pour commettre un viol, et pourtant je n’ai jamais commis de viol ! » Cette fois-là, il est relaché après un séjour de quatre mois de prison préventive.

En 1998, à la demande de René Bianco, il s’investit dans les activités du CIRA (Centre international de recherches sur l’anarchisme) de Marseille. Il met en place l’informatisation. Il lance les fameuses cuvées de vin dont les recettes contribueront en partie en 2011 à l’achat d’un local. Il demande à des dessinateurs connus de réaliser les étiquettes : Nicoulaud, Wolinski, Tardi, Pétillon, Soulas, Charmag et Babouse. Il est présent dans un grand nombre de salons du livre libertaire, de Lisbonne à Gand en passant par Toulouse, Florence ou Merlieux. Jusqu’à son décès, il occupe le poste de secrétaire du CIRA.

Il a écrit dans Cocherule (revue du MIAJ) et Le Réfractaire. Il a publié plusieurs articles dans les publications du CIRA (calendriers, brochures, livre) :  Jacob, Reclus, Han Ryner, la propagande par le fait… Il a animé en 2006 un cycle de discussions intitulé Les quatre saisons de l’anarchisme.

En 2008, il est l’un des fondateurs du CIRA Limousin qui a organisé un colloque et des librairies champêtres.

Il fait des apparitions dans deux films Ni vieux ni traîtes de Pierre Carles et Georges Minangoy (2006) et De la propriété un court métrage de Till Roeskens (2008).

Il a toujours été un «accro» du bitume, scotché au volant de son véhicule. Il se posait souvent en courant d’air, entre deux colis de revues ou de bouquins à déposer, entre deux cartons de vin de gaillac, entre trois causes à soutenir !

C’est en se rendant à la Foire internationale du livre libertaire et alternatif de Gand (Belgique) que sa route s’est arrêtée. Il est mort dans son sommeil dans la nuit du 13 au 14 avril 2015 chez un copain de Limoges. Malade et affaibli depuis plusieurs mois, il semble qu’il ne ne souhaitait pas connaître la nature de son mal et ne voulait pas finir ses jours dans un hôpital.

Des  compagnon-ne-s de route (membres de centres de documentation libertaire)

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4 commentaires pour “Gilbert est mort”

  1. Clement Duval dit :

    Bel hommage. Salut compagnon !

  2. Pedro dit :

    Condoléances des amis du Portugal.

  3. MAROCHON dit :

    SALUT LES CAMARLUCHES ,

    Je ne connaissais pas ce camarade , mais la disparition d’un des notre est toujours un

    moment de grande tristesse , d’autant plus que nous ne sommes plus si nombreux .

    salut à toi vieux camarade et repose en paix .

    MAROCHON .

  4. Au revoir Gilbert | BAM ! dit :

    […] Lien […]

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