La Diane du prolétaire


Qu’elle se montre cruelle, sévère et exigeante, l’antique fille de Latone et de Jupiter punit quiconque lui déplait. Léon Pélissard ne l’a pas prise au hasard dans le panthéon des dieux pour ce chant de révolte. Cela dénote au demeurant une extraordinaire culture autodidacte. Mais le voleur anarchiste change surtout clairement de registre avec sa Diane du prolétaire, morceau mis en musique et interprété une première fois avec brio par Daniel Denécheau et Patrick Denain dans le cd de la réédition des Ecrits de Jacob en 2004. Il se place volontiers sous le coup des lois scélérates de 1893-1894 en développant une violente et révolutionnaire thématique. Dans les Conseils à un pègre, Pélissard prodiguait de judicieuses mais néanmoins délictueuses recommandations. La chasse aux bourgeois est carrément ouverte dans cette deuxième chanson. Et ce, jusqu’à l’extinction de tous ces affameurs ! Comme une réponse ou un hommage au livre de son complice Jacques Sautarel, Quand égorgerons-nous enfin ?, écrit en 1898, nous savons désormais le sort que leur réserve Léon Pélissard.

La Diane du prolétaire est bien une déesse vengeresse. Outre la vénerie et autre traque animale, Diane préside à la virginité et à la lumière dont le Grand Soir annonce l’avènement. Elle devient sous la plume du voleur le bras armé de l’anarchie qui n’adore pourtant ni dieu ni maître. Pélissard en appelle au courroux social de la déesse de la chasse et cela n’a rien d’étonnant. Il se trouve en prison à Amiens. Le journal anarchiste Germinal a d’ailleurs reproduit son texte dans son numéro 12, en date du 26 mars au 09 avril 1905. Quatre jours avant la sortie de la feuille libertaire, les jurés de la cour d’assises de la Somme venaient de l’envoyer finir sa vie au bagne. Huit ans de travaux forcés. La Guyane à perpet’ en vertu du doublage de la peine institué par le décret impérial de 1854. Rien ne  dit que Pélissard n’y a pas rencontré Hécate, Soit Diane pour les Romains lorsqu’elle se trouve aux Enfers.

La Diane du prolétaire

Léon Pélissard, 1905

La Diane du prolétaire

Depuis que le vieux temps et la belle nature

Ont enfanté le monde et notre humanité ;

Depuis que le soleil fait naître la verdure,

Prolo tu n’as jamais connu la liberté !

Les siècles aux pas lourds, apesenti par l’âge

Ont passé sur le seuil de ton triste réduit

Mais toujours ils ont vu dans leur pèlerinage

Les prolos affamés dans le soleil qui luit.

Ne sortiras-tu point de cette léthargie

Où tu restes courbés sous le fardeau des lois ?

Ne dresserais-tu point un trône à l’anarchie,

Ecrasant à jamais la race des bourgeois ?

Cette race de loups, qui t’impose et t’opprime,

Exerce sur les tiens ses sales passions ;

S’abreuve de ton sang, se vautre dans le crime,

Asservit tes enfants, fusille tes garçons.

Plus rien ne t’appartient dans le grand héritage

Du banquet de la vie, hélas ! pauvre exilé.

L’existence pour toi n’est qu’un cruel outrage

Et la plainte soupire en ton souffle exhalé.

O fils de l’astre d’or qui te chauffe et t’éclaire,

Sache qu’il luit pour toi ce globe radieux.

Apprends qu’à tous les pas que tu fais sur la terre

Tu marches sur ton bien, le bien de tous les gueux.

Assouvis en ce jour la vengeance et la haine

Qui depuis si longtemps envahissent ton coeur

Que ta puissante main, prête pour la bataille

Porte partout la mort aux rangs des oppresseurs !

Frappe ! Frappe ! Toujours d’estoc et de taille

Jusqu’à l’extinction de tous tes affameurs.

De tous ces vils bourgeois égorgés dans les villes

Offre en l’hécatombe aux vivaces corbeaux

Que toutes les prisons, infernales bastilles

S’écroulent pour toujours sur leur corps en lambeaux

L’anarchie aujourd’hui doit éclairer le monde,

Au feu de la révolte allume son flambeau !

Qu’elle règne partout sur la machine ronde,

Dans le sang des tyrans colore son drapeau.

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