Dix questions à … Patrick Pécherot
Patrick Pécherot ne raconte rien que des histoires. Avec des intrigues bien senties de derrière les fagots, des coups de flingues, du fric bien mal acquis, des gentils mais pas que, des méchants mais pas totalement. Paname le plus souvent en toile de fonds. Pas facile pourtant de se faire un nom dans le petit monde du roman noir français. Patrick Pécherot y est parvenu et ce journaliste et syndicaliste à la CFDT est aujourd’hui un auteur reconnu aux multiples références sociales. S’il signe la majeure partie de ses titres dans la célébrissime collection Série Noire de Gallimard, il n’hésite pas non plus, de temps à autre, à franchir le pas de la littérature jeunesse. C’est ainsi que Zoé
D. a pu commettre, dans les colonnes de ce blog, une note de lecture sur Le Voyage de Phil, jeune adolescent malade, embarqué dans la recherche rocambolesque d’un extraordinaire trésor. Celui d’un voleur anarchiste dont les exploits auraient été usurpés par le génie littéraire de Maurice Leblanc. Pas de lupinose puisqu’il s’agit de fiction. Alexandre Jacob apparait encore dans d’autres récits de Patrick Pécherot. Nous avons alors voulu en savoir plus sur cet écrivain populaire qui utilise l’histoire, de la Belle Epoque aux Années folles, pour planter ses récits. Et il a bien voulu donner son point de vue sur ce rapport au passé, sur Arsène Lupin, ou encore sur Jacob et les illégalistes.
•1) Tu es l’auteur d’une bonne dizaine de livres mais auparavant tu as longtemps milité au sein de la CFDT. Tu y es toujours d’ailleurs. Comment passe-ton du syndicalisme à l’écriture ? Le roman policier fait-il vivre son homme ?
Je mène les deux de front. Le syndicalisme est encore le meilleur moyen que je connaisse de changer un peu la vie au quotidien. L’écriture, elle, relève d’un besoin. La difficulté, pour accorder les deux, est de gérer son temps. Aujourd’hui, mon engagement syndical passe aussi par l’écriture puisque je travaille pour la presse de la CFDT. Mais si le social inspire beaucoup mes romans, je ne mélange pas les genres. La littérature militante, ou à message, est imbuvable. A l’inverse, confondre romanesque et journalisme conduit à réécrire le réel. Quant à savoir si le polar fait vivre : ni plus ni moins que les autres formes de littérature. Les droits d’auteur sont un pourcentage des ventes. Il existe de gros vendeurs, des auteurs qui vendent très peu, d’autres moyennement. Les revenus en dépendent. Ce n’est pas le plus important.
•2) Tu déclares dans le n°18 du fanzine Barricata (mars 2009) que Didier Daeninckx t’as donné l’envie d’écrire. En quoi cet auteur prolifique et fondamental dans le roman noir français t’as-il marqué ? Quelles sont tes autres influences ?
Didier fait partie de ceux qui m’ont donné le déclic de l’écriture. Sa lecture m’a montré comment on pouvait mener un travail sur le style, la construction d’une histoire, la mémoire, les personnages, l’observation d’un milieu social, les décors… Peu d’auteurs m’avaient produit cet effet. Depuis que je l’ai découvert avec ses premiers romans, je n’ai pas cessé de le lire. Mes autres influences sont multiples et de tous les genres. Disons qu’elles vont de Maupassant à James Crumley, de Simenon à Modiano, de Dabit à Amila.
•3) Tu entretiens, tout comme Didier Daeninckx d’ailleurs, un rapport constant à l’histoire dans tes romans. Pourquoi ? Cela nécessite-t-il une part importante de recherches ?
Il ne s’agit pas d’un rapport aussi profond. Didier travaille en profondeur sur l’Histoire. Moi, je m’y promène. « A la paresseuse », aurait dit Henri Calet. J’aime à retrouver des atmosphères, des coins de rues, des faits et des gens un peu oubliés. Fidélité aux racines, on est aussi le produit de ceux qui nous ont précédés. Les rejoindre, c’est peut-être se trouver soi-même. Côté recherches, je ne travaille que sur des faits ou des périodes qui m’ont toujours intéressés, et sur lesquels j’ai accumulé de la documentation pour mon plaisir personnel. J’ai donc à peu près tout ce qu’il faut sous la main.
•4) Que penses-tu du succès, depuis quelques années maintenant, des polars nordiques ? L’écriture hexagonale est-elle en perte de vitesse ? Qu’est-ce qui peut bien différencier un Mankell, un Nesbo ou encore un Indridason d’un Daeninckx, d’un Pouy ou encore d’un Pécherot ?
Je connais vraiment trop peu le polar nordique pour en parler. J’ai honte. Je vais y remédier, mais peut-être alors ne sera-t-il plus dans l’air du temps. J’ai souvent un métro de retard.
•5) Le titre de ton livre, les Brouillards de la butte, semble une référence évidente à Léo Malet. De fait, on retrouve dans cet ouvrage la gouaille des titis parisiens, l’ambiance si particulière de la capitale dans l’entre-deux guerre que l’on perçoit dans les aventures de Nestor Burma. As-tu la nostalgie de cette époque ? Nestor Burma est-il un modèle de personnage ?
Les brouillards sont un hommage à Malet/Burma. Ils constituent le premier volet d’une trilogie qui se poursuit avec Belleville-Barcelone et Boulevard des branques. Nestor Burma ne m’a jamais quitté depuis que je l’ai découvert dans les années 80 après avoir lu les papiers de gens comme Manchette, Jean-François Vilar ou Phil Casoar sur Léo Malet. Sa dimension poétique et libertaire en fait un personnage mythique. C’est un des grands déambulants de Paris. Un fils lointain de Mercier, Rétif de la Bretonne, Souvestre et Alain ou du Breton de Nadja. Si je l’adore, je n’ai en revanche nulle nostalgie de l’époque dans laquelle il se promène. Pas plus que celle dans laquelle j’ai inscrit les aventures de mon propre Nestor. Ces périodes me parlent, me touchent, m’intéressent, me font rêver, mais je ne les regrette pas. Il suffit de mesurer le progrès social accompli depuis pour préférer vivre en 2010, quels que soient par ailleurs les problèmes. Quand on écrit aujourd’hui, comme je l’ai fait, sur les années 20/40, il faut prendre garde à ne pas les regarder à travers ce qu’en fait sa propre mémoire gorgée de matériaux poétiques, littéraires, cinématographiques, picturaux… Les conditions de vie étaient autrement plus difficiles. Relire les auteurs prolétariens vous remet les idées en place.
•6) Avec Tranchecaille, tu fais plonger ton lecteur dans la boue des tranchées et dans la Grande Boucherie. Daeninckx a fait souvent de même, notamment dans le Der des Ders. Peut-on paraphraser Brassens en affirmant que celle que le polar français préfère c’est celle de 14-18 ? L’intérêt pour cette guerre mondiale et totale provient-il de ta collaboration passée à l’Union Pacifiste ?
Mon passage à l’UPF fait partie de mon parcours, de ma formation personnelle. A ce titre, il n’est pas étranger au fait de m’être attelé à Tranchecaille. La guerre de 14 est non seulement le type même de « guerre pour rien », mais son caractère de massacre de masse et les conditions dans lesquelles elle s’est déroulée en font un matériau particulier pour qui veut parler de la condition humaine… La guerre de 40 est totalement différente mais les auteurs de polar ne l’ont pas loupée pour autant, qu’ils l’aient fait dans une collection noire ou blanche. Siniac, avec L’orage d’acier, Amila avec La lune d’Omaha, Héléna avec sa trilogie XXXX, Daeninckx, avec La mort n’attend personne, Manotti avec Le corps noir. Dès 1941, Malet en avait fait le décor de 120 rue de la gare, il l’a repris pour Le dernier train d’Austerlitz et Le cinquième procédé. Pour ce qui me concerne, j’en ai traité dans Boulevard des branques…
•7) On assiste depuis peu à une floraison de bouquins à prétention historique sur la propagande par le fait et l’illégalisme. Presque tous développent l’idée d’égarés du mouvement libertaire, ayant mal digéré de fumeuses théories. L’idéal antiautoritaire ne serait alors qu’un fallacieux prétexte pour justifier meurtres, attentats, crimes, vols et rapines. Cela n’est-il pas choquant, simpliste et réducteur pour un auteur ayant fréquemment mis l’anarchie en scène dans ses romans ?
Comme souvent, la vérité est plus complexe que ce qui court les rues. L’illégalisme a été la tentative, dans un contexte marqué par une situation sociale très dure et une perte de confiance en un espoir collectif, de changer sa propre vie « ici et maintenant ». On y retrouve nombre d’utopies que tenteront de vivre, bien plus tard, les mouvements alternatifs. A contrario il ne convient pas de mythifier ou d’idéaliser. L’illégalisme a connu des déviances et des basculements, certains ont mené de la révolte à la pure criminalité. Le mouvement anarchiste a d’ailleurs toujours été divisé sur la question. Il n’est qu’à relire les écrits de Rirette Maitrejean ou de Victor Serge, qui, tous deux, ont été intimement mêlés à la Bande à Bonnot. Même si cette dernière ne saurait résumer l’illégalisme, Les en-dehors, le livre d’Anne Steiner, est un excellent antidote aux idées simplistes sur le sujet. Et puisqu’on célèbre Camus, relisons aussi Les justes et Les possédés. Leurs protagonistes ne sont pas des illégalistes, mais la dimension du débat moral n’est pas déconnectée de la question.
•8) En mars 2009, tu déclarais, toujours dans le fanzine Barricata, travailler sur la bande à Bonnot et en particulier sur le personnage de Soudy. Peux-tu nous en dire plus ? En quoi cet homme que l’on retrouve sur les premières de couverture de pas mal de ces livres dits d’histoire, en train de poser avec son fusil et de faire semblant de viser le photographe des services de la police parisienne, peut-il revêtir les habits du personnage de roman policier ?
André Soudy est la figure centrale du roman que je suis en train d’écrire. Comme Prévert faisait le portrait d’un oiseau, je tente de composer celui d’un « bandit tragique » à travers un roman noir dont j’essaie d’éclater la structure. J’ai choisi Soudy parce qu’il m’a semblé le type même du pas de chance. Tuberculeux, syphilitique après son unique histoire d’amour, embarqué dans une aventure qui le dépasse, un pierrot désespéré et gouailleur, guillotiné à XXX ans sans même avoir eu de sang sur les mains. Depuis que j’ai commencé ce livre, Soudy a fait les couvertures de plusieurs ouvrages style « archives de la police ». Il était extraordinairement photogénique, certes, il existe néanmoins des hasards étranges…

•9) Zoé D, 12 ans, a fait la critique du Voyage de Phil dans ce blog. Le point de vue des adolescents sur tes livres est-il important ? Pourquoi écrire pour la jeunesse ?
L’avis des jeunes lecteurs est précieux. Une question me taraude. Mes romans jeunesse parlent-ils vraiment aux ados ou sont-ce leurs parents et leurs enseignants qui les leur infusent ? Bref, suis-je un bol d’air ou une purge ? J’ai pas mal tourné en milieu scolaire avec L’affaire Jules Bathias et cela m’a un peu rassuré, mais le décalage est parfois tel entre mes préoccupations et celles des adolescents que je crains toujours de leur imposer mes sujets, de les forcer à quelque chose. Alors, merci Zoé, et, si je peux me permettre : une bise.
•10) Dans ce roman, conçu comme une chasse au trésor d’abord, comme une quête ensuite, Alexandre Jacob sert de toile de fond à l’intrigue. Il n’y a pas de trésor caché du célèbre illégaliste, un peu comme si tu cherchais à casser le mythe lupinien qui fait du voleur anarchiste l’inspirateur de Maurice Leblanc. L’honnête cambrioleur, notre livre paru à l’ACL, ce blog aussi d’ailleurs, essaient tous deux de prouver que le personnage historique et politique que fut Jacob et le héros populaire de roman ne peuvent être rapprochés. Alexandre Jacob est-il Arsène Lupin ?
Marius Jacob m’a toujours fasciné depuis que je l’ai découvert dans les années XXX avec la biographie de Bernard Thomas. Une de mes amies, aujourd’hui décédée[1], l’avait bien connu quand, à la fin de sa vie, il était marchand forain. C’était alors un ami de son père qui exerçait le même métier. Elle me racontait, comment, lorsqu’elle était enfant, Jacob la faisait sauter sur ses genoux. Dans Le voyage de Phil, le vrai trésor caché est la liberté - celle de Philémon qui la trouve dans la lecture comme aux côtés d’Anselme et de Yovanna alors que sa maladie l’enchaînait - Jacob en ouvre les portes. Cette dimension libératrice m’a semblée plus importante, et plus fidèle à l’homme, que celle du gentleman cambrioleur. Jacob n’a jamais
cessé d’être subversif. En ce sens, Lupin n’est pas Jacob. Mais s’il existe une controverse quant à l’origine littéraire du héros d’Auguste Leblanc, j’aime à penser que Marius Alexandre Jacob l’a inspiré. Que l’anarchiste, même transformé, soit ainsi devenu une des figures les plus célèbres de l’imaginaire populaire est finalement un joli clin d’œil.
[1] Voir article Rip Madeleine du Jacoblog.
Tags: Alexandre Jacob, Années Folles, Arsène Lupin, Bande à Bonot, Belle Epoque, CFDT, Daeninckx, écrivain, Gallimard, illégalisme, l'affaire Jules Bathias, Le voyage de Phil, Léo Malet, Les brouillards de la butte, livre, Nestor Burma, Patrick Pécherot, polar, roman noir, Série Noire, Soudy, Tranchecaille, Zoé D
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7 février 2010 à 10:53
il y a des croix à la place de certains chiffres… normal ?
à part cela, j’attends Patrick à la fête deslibraires.
7 février 2010 à 10:55
C’est ce que je me tue à te dire depuis un mois …

Mais comme il n’y en a pas sur le netbook, j’en déduis que c’est TON ordi qui a un blème.
7 février 2010 à 12:30
MON ordi, MON ordi, je dirais plutôt celui de l’éducation nationale.
7 février 2010 à 12:44
Bravo, on glande sur le dos du pauv’contribuable … ca frise l’excellence bureaucratique.
7 février 2010 à 19:24
je rattrape le wagon pour te transmettre, une fois n’est pas coutume, cette chronique post euclidienne. Sinon je vois qu’on bosse le WE, pendant que je corrige mes copies, ça fait plaisir! ca va intéresser l’auteur de la bébé-te des Vosges.
“vendredi 5 février 2010
Ciel gris et pluie persistante depuis le matin. La Meurthe roule les neiges tombées la semaine passée, tourbillonne un instant entre les souches d’une rachée de saules – lambeau de campagne en ville. Cent vingt élèves de troisième du collège S. s’étirent en accordéon sur les ponts, le long de la rivière, sur les trottoirs glissants. Une clameur s’élève quand l’un d’eux contribue à étaler de ses semelles étourdies les nombreuses crottes de chien qui constellent le bitume luisant – une des raisons, et non des moindres pour lesquelles j’ai définitivement quitté la ville. L’ambiance est bonne enfant et même les élèves réputés perturbateurs ne traînent pas et n’ont manifesté aucun désaccord à partir sous la pluie. Tout fonctionne trop bien et après coup on se demande pourquoi cela n’a alors éveillé aucun soupçon.
La cohorte s’enfile sous le panneau « semaine des métiers » et entre dans le centre Robert Schuman. Ils viennent là prendre conscience qu’ils pourraient peut-être se construire un avenir. Pour l’instant les classes se dissolvent, et des grappes d’élèves se reforment immédiatement, par affinités, rompant pour une heure les divisions artificielles, aussi administratives qu’imposées. Les enseignants se déploient pour quadriller au mieux l’espace et je reste à la porte. Devant moi, dans le hall le CFA de Roville-aux-chênes a dressé une sorte de jardin avec plantes ornementales et allées en gravier. Sur les côtés, une entreprise de BTP a installé un bain bouillonnant dans lequel beaucoup viennent tremper la main, de l’autre côté, un studio de photo provisoire se met en place et quelques adolescentes prennent déjà la file en se lissant les cheveux et en regardant d’un air désolé les tenues ravagées par la pluie de leurs voisines. Plus loin un groupe d’élèves pâtissiers s’essayent à faire flamber des framboises, dont l’odeur se répand rapidement sous la charpente métallique. Certains ont déjà fait le tour et reviennent me voir, rien ne leur convient, ils veulent faire des études générales et il ne semble y avoir là que des lycées professionnels ou techniques, des CFA, des CAP. Finalement ils repartent, ils n’avaient pas vus que les filières générales étaient aussi représentées. Il fait très chaud et je regarde le ballet des hôtes et hôtesses, habillés de noir, badgés de blanc, ventres plats, formes agréables et sourires étincelants. Ils montrent à qui veut le voir le visage du futur cadre dynamique et entreprenant. Il fait très chaud, argument que les élèves utilisent pour tenter de sortir, la main dans la poche nerveuse, serrée sur le paquet de cigarette.
Une quinzaine de nos élèves vient et demande à sortir. Demande refusée. Mines courroucées mais rien de plus, ils se regroupent un peu plus loin, dans le hall et suivent avec intérêt les manœuvres d’un bus qui vient se ranger le long du trottoir, obscurcissant la façade vitrée. Des élèves du collège de F en sortent parmi lesquels les frères jumeaux M., scolarisés au collège S. l’an passé, connus pour leurs prises de positions racistes et déjà impliqués à de nombreuses reprises dans des violences diverses, et qui avaient été invités à aller s’inscrire ailleurs. Et je comprends tout de suite que ce sont eux les stars de la journée. Cheveux ras, blousons Lonsdale noirs, jeans retroussés sur des ersatz de Rangers, ils laissent planer un sourire en coin sous des yeux reflétant autant de vivacité d’esprit qu’un vairon mort depuis une semaine. Nos élèves forment une haie d’honneur pendant que les autres entrent et se massent dans le hall. Pendant qu’un hôte qui ne s’aperçoit de rien déballe son discours de bienvenue, des traits soi-disant d’esprit commencent à fuser : « Regarde-le, c’est Tintin », « ils ont des cités à F. » « Tu crois qu’ils ont vu qu’on était là ». Les frères M., en retrait, continuent de sourire dans le vide.
Enfin le groupe de F. s’enfoncent dans les profondeurs du salon, les nôtres sur les talons. Au fur et à mesure que F. progresse le groupe des suivants se fait plus dense, plus agité. Je suis arrêté par une représentante de je ne sais plus quel lycée qui veut me vendre les vertus de son établissement. J’ai du mal à la rabrouer poliment : elle ne comprend pas ce qui se passe. A hauteur de la buvette la tension est trop forte pour un des élèves de F. qui se retourne et tente de se saisir d’une chaise. La bagarre éclate, rapide et finalement peu violente pour ce qui était annoncé. Des élèves de S. se sont réfugiés dans les escaliers longeant la buvette et montant à l’étage, et derrière la rampe font pleuvoir les coups de poings sur les frères M. coincés sous eux le long du mur. L’un des deux, le plus gros, fait tournoyer une chaîne triplex qui finit par balafrer la joue de Geoffrey S. Omer SG. se saisit d’une chaise qu’il lâche aussitôt en voyant qu’il n’y a plus personne à frapper par derrière. Quelques adultes tentent d’intervenir, une assistante d’éducation monte à l’étage où se trouve les stands de l’armée, de la police et de la gendarmerie, mais visiblement aucun militaire, policier ou gendarme n’est formé au combat rapproché, tous déclinent l’offre, à l’exception d’un vieux gendarme, aussi long que haut, à qui on ne la fait pas et qui semble même ravi d’avoir enfin à mettre en pratique ce qu’il était en train d’exposer.
Enfin, les deux factions rivales sont séparées et nous tentons de maîtriser la nôtre pendant les profs de F. confinent les jumeaux et leurs acolytes devant une sortie de secours. L’élève blessé est soigné par le SAMU prévenu par on ne sait qui, deux voitures de policiers municipaux inspectent les lieux. Je rattrape par la capuche un élève qui me dévisage d’un air mauvais. Ceinturon à la main, il entendait sortir, faire le tour de bâtiment pour prendre les autres à revers. Une fille se met à pleurer et hurle qu’on ne fait rien, elle appelle ses parents sur son téléphone portable. Ceux qui voulaient fumer se sont fait la belle et il n’est pas impossible que quelques filles aient profité de la confusion pour aller honorer de leur présence le dernier jour des soldes.
Devant la porte la voiture rouge du SAMU attend et s’impatiente. L’élève blessé passe, la joue couverte d’un pansement sanglant entre deux pompiers. Il esquisse un petit pas de danse pour ses camarades massés dans le hall. On a appelé la principale du collège de S. qui arrivera longtemps après la bataille, équipée de son adjoint.
Sur le chemin du retour Kenny montre fièrement une trace de sang sur sa basket et répète trois fois par minute : « Putain, c’est vraiment des tapettes, moi, j’ai pas besoin d’une triplex pour me battre ». A ses côtés Damien lui répond : « efface ça tête de nœud ! ». Il est épais comme une canne à pêche, ce qui ne l’empêche pas de dire : « moi je suis rentré dans le tas quand j’ai vu L. s’en prendre à Omer. Moi, je suis comme ça, quand je vois que mes potes sont touchés, j’y vais. » Cet événement planifié par les élèves depuis le matin montre finalement qu’ils sont capables de s’organiser, sans doute beaucoup mieux que les adultes qui les encadrent. A n’en pas douter il sera la date à retenir dans l’année scolaire de ces élèves. C’est ainsi que naissent les épopées.”
7 février 2010 à 20:12
Hé bé ! Sont finalement pas si glands que cela nos marmots … Ce qui m’étonne - à moitié - c’est la non relation de l’évènement dans la presse locale, si prompte à montrer que l’on vit à Saint Dié dans un monde merveilleux, le meilleur qui soit. Un monde où les gens s’aiment … où les gens blancs s’aiment. Les autres, gare à eux s’ils n’ont pas le faciès adéquat, la tronche de caillera et le visage type lombrosien. Effectivement une bagarre de minot, ce ne peut être que futilité de marmots. Le seul problème, c’est que la seule présence de croix gamins est une provocation en soi. Et voilà ce que si passe. Je remarque que les dits petits nazillons (ceux qui l’année dernière ont eu droit aux feux de la rampe de FR3 Lorraine-Champagne-Ardennes) étaient porteurs de triplex, ce qui semble montrer préméditation, vengeance et des mobiles aussi tordus que les ancéphales qui les ont conçus. A propos de tenues vestimentaires, je signale qu’au-delà de l’effet de mode et marchand que l’on veut bien nous servir comme soupe expiatrice, on trouvera tout l’attirail du bon nazillon en culotte courte au magasin DV de Saint Dié, dont les proprios sont les mêmes que ceux qui tenaient le Multimod où l’on pouvait acquérir du Lonsdale, du Fred Perry et autres marques pas connotées du tout ici dans nos aryennes, pures et belles contrées vosgiennes (voir article dans un des derniers numéros de Ras le Front).
Bisous ma poule sauvage
signé : L’auteur de la Bébête des Vosges
8 février 2010 à 12:51
Pas le temps de répondre en détail maintenant, mais effectivement, le manque de réaction des dirigeants locaux, des administrations diverses, est très largement écoeurant. As-tu ce numéro de “Ras le Front”?
A bientôt
8 février 2010 à 20:10
Pas de problème mon p’tit gars ; je te fais la photocopie demain. Et surtout ne dis pas merci …
9 février 2010 à 22:36
Bien reçu et lu les articles de Ras-l’front. Bonne synthèse, dommage que ce genre d’articles ne se trouve jamais dans les journaux locaux. Sauf peut-être quand il y a procès ou dérapage sanglant. Sinon non, je ne dirai pas merci si tu insistes…
Moi, qui suis né dans le coin, et qui y ait toujours plus ou moins vécu, ou moins qui y ait toujours gardé des relations, du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours entendu parler de ces nazillons, j’ai toujours vu un connard ou deux, accroché au bar d’un camping ou d’un bar-tabac de village, affirmer à qui voulait l’entendre qu’il était encarté au FN, même si tout le monde savait que ce n’était pas vrai – c’était juste pour la gloire, pour dire qu’on détestait les arabes, les manouches, que Papa était fier d’être allé cassé du crouille en Algérie, du niak en Indochine, et que si les boches se pointaient on saurait ressortir la pétoire de Grand-papa.
Depuis toujours des rumeurs courent, dans les cours des lycées, que ce soit à Remiremont, Gérardmer ou Saint-Dié, que des réunions secrètes se tenaient, certaines nuits dans des chalets de montagne. Il m’est même arrivé d’y rencontrer des personnages plus ou moins louches, et qui ne tenaient pas vraiment à ce qu’on les reconnaisse, que ce soit des braconniers, des jeunes à la recherche de fêtes où s’incruster, des fachos, ou les trois en même temps, qui se contentent de passer lentement en voiture, ou s’arrêtent, restent là quelques instants avant de repartir. Déjà au lycée, des jeunes se donnaient des airs de paramilitaires et parlaient entre eux d’entraînement au combat dans la forêt au-dessus de Vagney, de Bruyères ou ailleurs.
Pourquoi ce terreau fertile ? Je ne sais pas si quelqu’un s’est réellement posé la question de manière sérieuse. Mais le nationalisme a toujours été bien installé dans les Vosges, terre d’invasions depuis l’antiquité – Alain Litaize en compte, si mes souvenirs de cours sont exacts, plus d’une cinquantaine. Et le vosgien est toujours prompt à penser qu’il est le meilleur, le plus dur, le plus travailleur… Les recruteurs militaires d’antan, les patrons des tissages de naguère, les clichés touristiques ou folkloriques d’aujourd’hui, l’y encouragent pour des raisons très facilement décelables. Capable de vivre en autarcie, de lutter contre un climat hostile, de descendre six ou sept stères sur la même schlitte… La statue du Volontaire à Remiremont, la statue de Jeanne d’Arc en haut du Ballon d’Alsace, comme beaucoup d’autres symboles, encouragent l’idée d’un ubermensch vosgien.
Ajoutons à cela l’idée revenant périodiquement que les Vosges – qui doivent leur nom au dieu gaulois Esus – sont une terre aussi celtique que la Bretagne ou autre Gallice, et on aura sans doute quelques lambeaux de réflexions sur le sujet.
Allez une petite dernière du Grand Saint Bernard pour la route : « la peur est un chien crevé sous un meuble. »
Bisous mon lapinou, fais bien attention au malheureux renard dont la rage n’est pas perdue.
10 février 2010 à 15:39
Une fois encore, le blème réside, en milieu scolaire et dans les petits village, à dire qu’il ne s’agit que d’un phénomène de mode. Or une mode en lonsdale dans le coin pue non pas le sapin vosgien mais la chemise brune et devient éminament politique. Autrement dit, le but n’est pas pour des groupes, des groupuscule d’avoir une grand nombre d’adhérents mais un maximum de sympathisants - même lointains - qui peuvent constituer une sorte de vivarium. C’est ce qui est écrit dans La Bébête des Vosges dont je ne te citerai qu’un tout petit extrait :
“Lepénisation des esprits et sectateurs de la croix gammée. Dans la famille Svastiska : le père, la mère, le grand-père, la grand-mère, et les chiards. Parce que ça se reproduit. De 7 à 77 ans, main levée, bras tendu. Ca cache la misère et ça mange pas d’pain. Gangrène fasciste en milieu semi – rural. Dépression industrielle et fonds de vallée consumée à petit feu. Autodaffé ? Les grenouilles de Bénito se sont multipliées. Syndrome du lapin. Vallée de la Haute Meurthe. Sieg ! Sieg ! Vallée de la Fave. Sieg ! Sieg ! Vallée de la Bruche. Sieg ! Sieg ! Vallée du Rabodeau. Sieg ! Sieg ! Vallée de la Vologne. Sieg ! Sieg !
Et, au milieu, les petits établissements scolaires constituent autant de viviers potentiels pour l’utopie nazillonne. Le temps où nos jeunes et boutonneux esprits rebelles cerclaient la première lettre de l’alphabet sur les tables des salles de cours, ce temps est bel et bien révolu. Place ici aux croix celtiques et autres symboles nauséeux. On est dans le 88 ! Pardi ! 8 pour la huitième lettre de l’alphabet. 88 pour Heil Hitler ! Dans tous les collèges, un bon nombre de minots imitent leurs aînés. Bombers, petits drapeaux bleu – blanc – rouge, rangers à lacets blancs, sweets Lonsdale, etc… Poils ras sur le caillou et capacité encéphalique proportionnelle à la taille desdits poils”.
Et après, adieu le passé historico-citoyen qui voudrait que le local ait souffert de l’invasion tudesque par trois fois. Bien au contraire, ça crée des affinités pseudo-culturelles à la con. T’as qu’à te trimballer sur les vide-greniers très tôt le matin et tu verras le nombre incroyables de teckel à poils ras et à la recherche d’objets de la seconde guerre mondiale et du troisième Reich qui devait durer mille ans. L’occasion est ainsi trop bonne de refouler toutes les frustrations économiques, politiques, culturelles et scolaires. Dis mois qui tu hais et je te dirais quel führer tu suis ! Ce qui donne un réflexes identitaire évident. Là encore, va promener bobonne aux feux de la Saint Jean dans les vallées vosgiennes et tu verras de charmant pré- et post-pubères en tenues particulièrement … euh … comment dirais-je ? … en tenue particulièrement brunes.
Et je dis pas ça parce que c’est moi qui l’ait écrit ce petit bouquin que tu pourras te procurer en tapant sur le site de Court-circuit ou encore en demandant à ton libraire préféré de le commander.
10 février 2010 à 21:25
Bonjour mon lapinou,
Tu vas être content car j’attends d’un facteur à l’autre ton précieux opuscule. Comme je creuse le sillon, il me faut des godemichets solides auxquels je puisse souder des lames de rasoirs en acier garanti de la manufacture des armes et cycles de Saint-Etienne – qui n’a pas engendré que le grand Saint Bernard.
Ce que tu me dis me rappelle des souvenirs zémus. Je connais très bien ces hymnes au soleil celti-queue que sont les feux de la Saint-Jean, et effectivement ce n’est pas d’aujourd’hui qu’on s’y tripote la Nation. A ce propos oserais te narrer ce jour de juin 1989 où, en honneur au bicentenaire de la rêve-évolution franchouillarde, nous érectionâmes une guillotine géante sur la place d’un petit village vosgien, entre l’église et la mairie, entre le commerce fleurissant d’un député « sans étiquette » et celui du directeur d’alors des décérébrés de le ligue du foufoot zéropéen. Les élites en question s’émurent, se demandèrent si c’était du lard ou du cochon, et nous convoquèrent pour nous sermonner, nous parlant de procès et d’une certaine idée de leur pays. Le feu brûla et les menaces finirent en cendres mais j’ai des photos quelque part.
Pour les vides greniers j’ai remarqué aussi que certaines aubes sont bien crépusculaires – je peux te fournir à ce sujet une « chronique post-euclidienne » que j’écrivis naguère.
Sinon je vois que tu biches tout plein de recevoir des cartes postales de chez les pauvres du monde. Ca serait t’y pas que tu prendrais ton livre pour le nain idiot d’Amélie Poulain (si c’est un nain, je ne me souviens plus ???). Je demanderai à mon pote Freakfeatherfall – dont tu peux consulter le site en tapant ce nom dans n’importe quel moteur de recherche – de t’envoyer une photo de Corée du Sud, tu pourras faire le malin. Pour t’aider je peux faire poser l’alexandre à côté d’un buisson de houx. Ca fera champêtre, ça rappellera l’hiver et Noël – et comme disait mes amis de la Compagnie Créole « ce soir on éteint la télé, ce soir ensemble on va chanter, Noël, joyeux Noël, bons baisers de Fort de France ».
Bisous mon lapin et aussi au BABy - foot.
11 février 2010 à 7:17
Chasse aux stéréotypes mon gars ! L’idée festive de la feuille de houx me plait encore assez. La photographie sylvestre est de mon goût itou ; ne tient alors qu’à toi de prendre ton numérique ou ton argentique si tu en es encore à l’âge préhistorique de la tof et d’aller faire quelques clichés de l’honnête en pleine nature. N’oublie pas non plus une belle photo avec ta copine Huski Varni, entourée de copeaux de hêtre ou de sapin. Va faire un tour sur l’article L’Honnête à la plage et tu verras comment on peut s’amuser avec le balnéaire plutôt que de se faire griller le gras en attendant que la marée ne monte. Parce qu’il faut bien le dire ; c’est un peu chiant les vacances à la plage à regarder passer le bâteaux et à sucer des glaces à l’eau …
Tu devrais fourguer ton souvenir de guillotine aux amateurs fêlés du forum éponyme. >Très très amusant. Nous, chez les buveurs de crus bourgeois, on chassait le royco en une minute pour leur voler leurs royal prospectus prosélyte en chantant la carmagnole et autres doux chants révolutionnaires où qu’y a pas de sang impur qui creuse nos sillons con. Montjoie ! Saint Denis ! Passons sur les anciens combattants. Je reste quand même persuadé que les coups échangés vendredi dernier sont moins innocents qu’il n’y parait et, outre la petite vengeance des frères M les maudits, cela dénote plus une réelle acitivité nazebrock locale. Et la mesure du phénomène n’est toujours pas faite au niveau national. Autrement dit et c’est ce que je regrette au niveau des asso antifas - je ne parle pas des touche-pas-à-mon-pote du PS et autres couillonades - c’est la non prise en compte d’un phénomène d’abord rural et semi-rural avant que celui-ci ne se déplace en ville. Regarde autour de Saint Dié et cela donne ce que tu as pu voir dans tes forêts alors que tu t’astiquais fébrilement la tronçonneuse. Et puis on n’oublie aussi très facilement le problème en objectant que ce ne seraient que des gamins, sous-entendu facile quand le maire de Fraize de l’époque Claude le socialaud affirmait qu’il ne s’agissait que d’un effet de mode juvénile à la hauteur du port vestimentaire des chaussures Nike. Nike ton Jacquot ! Parce que le phénomène de mode il pue la haine raciale et parce que le phénomène de mode il se transmet le bougre. Y a pas qu’en banlieue que l’on trouve des grands frères pour montrer la voie. Et des chemins de traverses où l’on peut nazillonner à loisir et à foison il y a en moult dans nos vertes et forestières contrées. Les camps d’entraînement sont ainsi avérés depuis au moins les années 1980 et tu retrouve chez nous (La propriété c’est le vol !) des noms tels que ceux d’Argout et de Bastien-Thiry, etc… Et la proximité de l’Alsace qu’est pas francherment hexagonale permet de se dédouaner de toute accusation de terre fasciste parce que c’est toujours ailleurs que ça se passe pardi.
Et comme le disait ce grand poète qu’était Francky Vincent : Vas-y Franky c’est bon, Vas-y Franky c’est bon bon bon.
12 février 2010 à 22:33
Oh c’est beau le Franky. Même le jacoblog cause des célébrités chez les éléphants et et les guépards. Mais c’est pas tout ça, le temps avance et il faut passer aux choses sérieuses, donc,
« Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?
Ces doux êtres pensifs, que la fièvre maigrit ?
Ces filles de huit ans qu’on voit cheminer seules ?
Ils s’en vont travailler quinze heures sous des meules… patati patata »
chantait un poète barbu, chevelu dans sa jeunesse, député républicain et moraliste, ancien romantique et tyran domestique, dans les années XIX°. Ceci pour te rappeler que faire travailler des enfants est interdit, comme leur faire croire qu’ils vont gagner une célébrité illusoire à commettre ainsi des fiches de lecture pour le péquin moyen qui aurait envie de s’instruire. Donc illico je te dénonce à madame Protection Judiciaire de la Jeunesse qui ricane dans mon dos. On ne peut pas non plus mettre entre des mains innocentes autant que juvéniles un ouvrage tel que le tien.
Sinon, pour une fois je te la mets en entier, elle est de Gainsbourg dans les années 70 :
« S.S. in Uruguay
Sous un chapeau de paille
J’siffle un jus de papaye
Avec paille
S.S. in Uruguay
Sous le soleil duraille
Les souvenirs m’assaillent
Aïe aïe aïe
Il y a des couillonnes
Qui parlent d’extraditionne
Mais pour moi pas questionne
De payer l’additionne
S.S. in Uruguay
J’n'étais qu’un homme de paille
Mais j’crains des représailles
Où que j’aille
S.S. in Uruguay
Sous un chapeau de paille
J’siffle un jus de papaye
Avec paille
S.S. in Uruguay
J’ai gardé de mes batailles
Croix gammée et médailles
En émail
Et toujours ces couillonnes
Qui parlent d’extraditionne
Mais pour moi pas questionne
De payer l’additionne
S.S. in Uruguay
J’ai ici d’la canaille
Qui m’obéit au doigt
Heil ! Et à l’œil »
Sinon tu peux écouter aussi Nazi Rock ou Tata Teutonne (moins bon mais rigolo quand même). Pas mieux ce soir, mon lapinou
Merci pour tous ces précieux documents. Bisous au BABouins ouins!
13 février 2010 à 9:27
Euh … je crois que dans sa prime jeunesse, celle où les boutons fleurissent comme les jonquilles au printemps dans nos bonnes et nazillonnes vallées, le père Hugo était plutôt royaliste et après une admiration pour le Grand Homme il s’est mis à gerber sur son neveu le Petit N3. La notoriété républicaine du vieux doit être nuancée mon pt’it gars. Mais c’est vrai qu’il était poteau avec la Louise. Quant au travail des enfants, vois plutôt ce texte de Jean-Baptiste Clément, superbement mis en musique et chanté par Schultz des Parabellum dans la réédition des Ecrits de Jacob par l’Insomniaque en 2004 :
“Du grand matin à la nuit noire,
Ca travaille des quarante ans ;
A l’hôpital finit l’histoire
Et c’est au tour de leurs enfants
Et tout ça chante et tout ça danse
En attendant la providence (bis)”
Je te ferai pas le Temps des Cerises parce que sinon Léo et Zoé et le Bab vont me le chanter toute la journée et, à force, c’est un peu chiant. J’aurais pu itou te faire les Bûcherons des Bérus mais comme je suis un gaçon somme toute sympathique, j’éviterais les basses provocs vis à vis de l’amateur sylvestre que tu es mon petit bichon. Donc je reviens à Hugo. Pas celui virtuel qui accompagnait la sculpturale Karen Chérill au temps de nos premières érections et qui nous a provoqué tant de crampes au doigt à force de taper sur notre téléphone à touches (sic) pour le faire avancer dans ses périgrinations devant des millions et des millions de Français réunis devant la familiale téloche le dimanche soir. Non non Hugo l’écrivain. Ca me fait penser qu’il a été l’objet d’un spectacle son et lumière réalisé par un gars de la vallée du Rabodeau ; le truc s’appelait “Où vont tous ces enfants ?” et narrait l’industrialisation de Senones et l’exploitation du pauvre prolétariat par ces affreux Boussac and Co jusqu’à l’aune de la première guerre mondiale. Ayant vu le spectacle (j’assume très mal le fait), je retiens quelques morceaux d’anthologie où un autochtone grimé façon prol sale et pas rasé pârce que plus c’est gros plus ça marche, arrive précipitament sur le devant de la scène et se met à hurler pour nous réveiller au bout de deux heures trente :
“- Ils l’ont fait !
- (la foule des prols ennivrés au troquet du village ) Quoi ?
- Ils l’ont tué !
- (re-la foule avinée) Qui ?
Et, là, le spectacle se termine sur la chanson ILs ont tué Jaurès de Brel !!! Et c’est beau comme du Robert Hossein de province. Bref quand je veux de la télé-réalité je vais à l’Aldi ou au LIdl. C’est nettement mieux comme vision du paupérisme.
Je m’égare et reviens donc à l’exploitation des enfants, de quelle célébrité illusoire parles-tu ? Z’avaient pas le choix mes marmots. Soit ils écrivaient leur article ou prenaient leur photos de lecteur de l’Honnête, soit la punition. Avec inscription sur l’agenda familial. Et, si tu regardes le dernier artcile du jacoblog, celui, que j’ai mis en ligne ce premier matin des vacances, tu remarqueras deux superbes minots embastillés chez la Reine Marie Henriette. Quatre heure, mon gars, pour leur faire tenir la pause.
C’est pas vraiment une vie tout ça. Alors que pendant ce temps, j’en connais d’autres qui apprennent à leur progéniture le maniement de la hâche électrique ou à essence, uniquement pour pouvoir se chauffer sans avoir à couper soi-même son bois. Et ça mon p’tit gars, c’est un véritable scandale.
Bise à Bab el Oued transmise.
18 février 2010 à 15:03
Putain, on s’emmerde quand je ne suis pas là. Heureusement que je viens faire mon petit tour.
Sur le gars Victor Hugo, qui est au XIX° siècle ce qu’est Johnny Halliday au XX°, je crois que je n’ai jamais vraiment compris pourquoi il était tant sur-représenté dans les manuels, les avenues, les frontons de ceci ou cela, il me semble que c’est simplement parce que n’importe quel petit prof y trouve tout ce qu’il veut, et qu’un seul texte de Hugo pourrait servir de support à toutes les insanes besognes auxquelles nous forçons nos petites têtes blondes. Ainsi ppoint n’est besoin d’étendre sa culture littéraire et vogue la galère.
Pour tes enfants je reconnais bien là le bordelais amateur d’esclavagisme. Et pour les miens sache, petit homme, qu’il n’y a rien de tel pour vous forger la santé et le caractère, que la vie en plein air, dans la douce matrice du monde qu’est notre belle forêt.
Vive la France, vive les Vosges et Bisous mon lapin, ainsi qu’à BABylone.
Je viens de lire ton petit opuscule plein de fougue. C’est beau comme du Lamartine. Pour les photos je te propose comme slogan “Entre deux bûches, je buche mon Jacob”, Ca, c’est beau comme du Ségala.
à+
18 février 2010 à 19:13
Bon allez, je vais jouer à oncle Bernard au coin du feu, ses neveux et nièces - surtout les nièces - sur les genoux … Vois-tu mon petit camarade sylvestre, Hugo est dans l’imaginaire collectif le grand défenseur des droits de l’homme, des Etats-Unis d’Europe, de la paix et de la justice juste. Rajoute une petite pointe d’activisme militant mais pas trop. Sinon ton personnage devient trop salé. Bref le pourfendeur de Napoléon le petit et du général Trochu, participe passé du verbe trop choir, constitue le sommum du politiquement correct et ce d’autant plus que son agile quéquette le rend sympathique au plus grand nombre. Citoyens lève-toi et marche. Finalement c’est un peu comme avec le bicentenaire de la Révolution où l’on célèbre la grandeur d’un Carnot, d’un Siéyès ou encore celle d’un Condorcet. Voués aux gémonies donc la Terreur et Robespierre. Seul Napoléon, le grand celui-là, n’a pas eu droit à ce traitement de faveur. Peut-être parce qu’il titille le sentiment fasciste du peuple. La liberté éténat l’esclavage, l’image du sauveur de la nation prime sur celui du tyran asservissant toute l’Europe. Alors quand tu balances que pour toi la Révolution ce serait plutôt Hébert, Babeuf et les égaux, imagine bien que tu es de suite classé au ban et encore plutôt derrière le derrière de larrière ban de la bienséance morale. Bref Ton Hugo pour le commun des mortels, et quelque soit la valeur de ses textes, primera toujours sur un Elisée Reclus, sur un Sébastien Faure, et même sur la bonne Louise qu’il a tout de même cherché à défendre lors de la terreur qui suit la semaine sanglante. Et ce qui politiquement est, se retrouve aisément dans le domaine littéraire, ce qui est dommage car le XIXe a quand même fourni des merveilles. Hier par exemple j’ai relu les conseils de PIerre Louys. Trop bon le keum. Imagine la tête d’un Pat la B devant telle école Pierre Louys. Ce serait assez drôle non ? Ben c’est guère envisageable dans nos bonnes sociétés acculturées donc citoyennes.
Et pour ceux qui ignoreraient l’opuscule ci-dessus cité, il s’agit de la Bébête des Vosges, éditions L’Insomniaque, et ça ne coûte que un petit misérable euro. Et je ne me fais pas de pub avec ce blog mon p’tit gars.
Bisous mon grand tétras sauvage.
18 février 2010 à 20:47
Tout à fait d’accord pour le gars Hugo, ce qui ne me ressemble guère, moi qui ne parvient même point à trouver d’accord avec moi même. Itou pour le Pierrot. Mais on ne m’enlèvera quand même pas de l’idée que le Hugo sert bien le professeur aculturé, qui, lui, ne voit pas tout cela mais seulement ce qu’on lui a mis dans son manuel. Et tant qu’il y aura des professeurs titulaires d’un CAPES capables de croire n’importe quelle rumeur ou de lire son horoscope chaque matin, de se faire tirer les cartes et en plus d’y croire, des cancrelats comme Pat la B. auront encore de beaux jours pour s’organiser de petits délires pédago-histrions.
A bientôt Poulette.
18 février 2010 à 22:03
des noms ! des noms !
Sais-tu que le cancer de la prostate venait aux Rouges Eaux, dans les Vosges, se taper la Teissier ? Tout ça pour dire que si au plus haut sommet de l’état on retrouve la même croyance stupide, cela signifie tout bonnement que l’autorité est à chier. Je le sais, c’est ma voyante qui me l’a dit.
Un jacoboroscope ? Mais t”es une vraie boite à idée, dis-donc !!!