Second semestre 1915 : lettres d’un embusqué


La guerre dure depuis un an. Elle affecte la vie du bagnard Jacob ; les conditions de détention deviennent plus dures. Les convois ont cessé et les courriers sont moins nombreux. Seules huit lettres du matricule 34777, toutes codées pour mieux tromper la censure de l’AP, parviennent à sa mère Marie lors du second trimestre 1915. Nous avons mis en ligne dans l’article Nach Berlin ? la missive du 11 septembre adressée au ministre des Colonies. Elle utilise la rumeur d’un envoi de forçats volontaires au front pour mieux condamner la situation faite aux hommes punis.

Le 23 août 1915 parait l’article « Les embusqués des prisons et du bagne » de Jacques Dhur dans Le Journal. Les forçats y deviennent des planqués vivant tranquillement en Guyane alors que les braves et honnêtes poilus crèvent, au fond de leur tranchée, sur les fronts européens : « Et on leur prodigue des douceurs que, dans le peuple, les braves gens ne connaissent plus depuis des mois » ! Mais l’article du journaliste ne fait que reprendre l’idée que l’opinion publique se fait des bagnards.

La veille de la parution du papier de Dhur, Jacob écrit ironiquement à sa mère : « nous sommes des “embusqués” sans le vouloir » ! Bien évidemment le fagot s’inquiète d’autant plus pour sa génitrice que lui semble avoir surmonté sa dépression à la suite des années de réclusion subies[1]. Et si on lui censure Nietzsche, son « professeur d’énergie » parce qu’allemand, Jacob se retranche derrière les lectures de Spinoza et Voltaire entre autres. Il conçoit même le projet d’un livre de criminologie et commence à demander l’envoi d’un grand nombre d’ouvrages de droit. Et cette connaissance bientôt encyclopédique des lois et des règlements régissant le bagne peut devenir salvatrice en lui permettant de s’opposer efficacement à l’AP. Cela ne signifie pas que l’indocile bagnard se soit assagi comme ont pu l’affirmer Jacob Law et Paul Roussenq ; bien au contraire, le codage des lettres montre les suites de l’affaire Gerro et surtout la persistance à vouloir sortir de l’enfer carcéral par tous les moyens, légaux et illégaux, par les démarches administratives qu’entreprend Marie Jacob avec l’aide des époux Aron et des camarades anarchistes de métropoles, par les projets d’évasion qui sont encore mis au point.

1er août 1915

Îles du Salut

Ma chère maman,

J’ai bien reçu tes quatre dernières lettres ainsi que les livres. Au sujet de ces derniers, les Nietzsche m’ont été confisqués. Borne-toi donc à m’adresser des journaux et des revues, mais les plus récents ; je veux dire antérieurs d’un mois au plus au jour du départ du courrier, inclusivement. Si parfois tu dénichais une traduction française de la Théologie morale d’Escobar[2], tu peux me l’envoyer. C’est un ouvrage très pieux, très moral, que j’ai lu déjà, mais que je relirais volontiers et avec intérêt.

J’ai trop tardé, peut-être, à te dire de prévenir Lisa[3] au sujet de son avoir. Dans le cas où elle n’aurait déjà pris cette précaution, il serait bon qu’elle négociât ses valeurs (au comptant et non à terme) pour en réaliser le montant en or. Encore autorisé aujourd’hui, le change en or pourrait fort bien être interdit demain par décret. Et alors…

Tu sais, ma bien bonne, j’ai mûrement réfléchi à ton conseil au sujet de cette démarche auprès du Pouvoir central et je conclus à son inutilité absolue. Certes, ce n’est pas que je mette en doute un seul instant les bonnes intentions des personnes qui t’ont orientée vers ce moyen ; je les sais de bonne foi et douées d’une générosité d’âme peu ordinaires. Mais en ces sortes de cas, le dévouement et la sincérité ne suffisent pas. Il faut tenir compte de la législation, et, en France, comme d’ailleurs dans toute l’Europe, les lois sont encore tellement imprimées de la doctrine nazaréenne qu’il n’est pas possible au criminel de faire une paix sincère avec la société. Toute condamnation est une souillure et le mépris qui en résulte suit le criminel jusque par-delà la tombe. Or ce n’est pas à la faveur d’un événement si énorme soit-il que, du jour au lendemain, on modifie la mentalité d’un peuple. Pour le moment, et de longtemps encore, nous en sommes à l’idée de faute et d’expiation. C’est le vae victis d’un sentiment qui n’existe pas, qui ne peut pas exister. Une autruche ne se mue en moineau. Donc, rien à faire à ce sujet, j’entends rien de sincère, de digne et de pratique, car il va de soi que pour jouer la comédie, pour affirmer de grandiloquentes âneries, c’est là un moyen à la portée de bien des gens mais nous ne sommes pas de ceux-là. Cependant, sans te le promettre positivement, je te contenterai dans une certaine mesure. Si ma bonne humeur, et un peu plus de santé m’y incitent, je me promets d’adresser quelque chose dans ce sens, mais de vrai, de terriblement vrai, donc de paradoxal. Et, tu ne l’ignores pas, la vérité repousse plus souvent qu’elle ne séduit tant on est accoutumé à la domination du mensonge et de l’erreur.

Ne t’illusionne donc pas et n’espère rien.

Si tu écris au cousin Marius[4], adresse-lui mes amitiés ainsi qu’à son fils que je souhaite guéri de ses blessures.

J’ai pris note du changement de résidence de tante. Avec cette guerre, il faut s’attendre à une crise aiguë de tout le petit et moyen commerce. Seules les plus grandes maisons prospéreront. C’est dans l’ordre.

Santé bonne, malgré le régime alimentaire qui, en raison de la crise présente, laisse quelque peu à désirer.

Amitié à tante et à ta bonne voisine[5]. Ton affectionné,

Alexandre

22 août 1915

Îles du Salut

Ma chère maman,

Ce mois-ci, je n’ai reçu que deux lettres de toi. Si, comme tu me l’as annoncé, tu m’as envoyé un calendrier, on ne me l’a pas remis : je n’ai pas même été informé de la saisie. C’est pourquoi je crois plutôt que, dans la hâte du dernier moment, tu as dû l’oublier. Ce n’est pas qu’il me soit indispensable ; il ne m’est utile que pour dater mes lettres et connaître l’arrivée du courrier. Le croiras-tu ? par force d’habitude et de je-m’en-foutisme, j’en suis à ne plus avoir la moindre notion de la division du temps. Mois de mai ou d’octobre, le 10 ou le 25, lundi ou vendredi sont devenus pour moi des expressions discrètes. L’absence de sociabilité efface les habitudes sociales. Au fond, qu’en ai-je à faire ?

Par contre, j’ai reçu les cinq volumes. Mais tu as oublié le premier livre de Montaigne. Sans doute tu me l’as déjà envoyé, diras-tu ? Bien sûr. Mais ce n’est pas la même chose. Le premier que j’ai reçu ce ne sont que des extraits choisis au petit bonheur, sans intérêt. Tu me feras donc plaisir en me l’adressant ainsi que L’Éthique, de Spinoza, Le Dictionnaire philosophique de Voltaire et Le Crime et la Société, du Dr J.Maxwell[6]. Tous édités par Flammarion. Les trois premiers à 0,95 franc le volume et 3,50 francs le dernier. Tu peux ajouter à cet envoi quelques journaux et revues d’actualités.

Il y a quatre mois, lorsque tu me parlais de l’envoi possible des transportés au front, c’est toi qui étais dans le vrai, et moi qui me trompais. Mea culpa ! J’ai pu me rendre compte par les papiers publics de la réalité du fait. Et présentement, après avoir pesé les raisons pour et contre, je suis convaincu que, dans quelques mois, nous pourrions bien aller manger des figues à Smyrne. Assurément ce n’est pas une certitude, un fait accompli, mais le contraire m’étonnerait beaucoup. La question a été portée par un parlementaire devant le Conseil supérieur des prisons qui, à l’unanimité, l’a approuvée. Il est vrai que la commission de l’armée l’a rejetée. Peu importe. La question a été portée devant l’opinion et c’est beaucoup. D’ailleurs, l’échec n’est motivé que par une question de principe, donc de sentiment. Or, en des moments comme celui que nous traversons, le réalisme des moyens efface tôt ou tard les préjugés sociaux du temps de paix. Je te laisse à penser si la question m’intéresse. Au courrier prochain, j’adresserai une pétition en ce sens au ministre que tu feras appuyer par M. X, s’il veut bien consentir, ce dont je ne doute pas vu le caractère nettement national de la démarche. Michel, dans son journal, pourrait aussi en dire quelques mots[7]. Cela rentre dans le cadre de sa politique puisque, après tout, nous sommes des « embusqués » sans le vouloir. J’aurais bien écrit à ce courrier-ci ; mais, blessé par un bœuf d’un coup de tête dans le flanc gauche, j’en suis encore tout rompu. Ce n’est rien de grave. Au pis-aller, s’il se forme une tumeur, j’en serais quitte pour deux coups de bistouri, trois coups de ciseaux et dix coups de curette. Un peu d’étoupe et un morceau de chiffon par-dessus, le tour sera joué ; je me porterai comme un charme. Si la société m’offrait ce moyen de paix et que je ne sois pas tué, je pourrais aller me refaire une vie. C’est ça, hein, ma bien bonne, qui te rendrait heureuse. Et moi donc. Ce n’est encore qu’un espoir que la direction des événements rendra très probablement réalisable. Dans ta prochaine, ne manque pas de m’informer de l’opinion parlementaire à ce sujet. M. X, d’une part, Michel, de l’autre, te donneront à cet égard de bonnes et sûres informations. Surtout pas de sentiment, pas de périphrases. Rapporte-moi très exactement ce que l’on t’aura dit.

Et ta santé, ma bien bonne, tu ne m’en as rien dit. Toujours couci-couça. Enfin, par les temps qui sont, les sujets de comparaison nous obligent à ne pas être exigeants. Quel massacre ! Si le vieil Homère avait vu ça, il en aurait pondu des Iliade et des Odyssée !

Amitiés à tante, à ta bonne voisine et à nos amis communs. Ton affectionné,

Alexandre

P.-S. Comme revue, adresse-moi La Guerre au jour le jour du lieutenant-colonel Rousset. C’est un expert militaire et cela me reposera un peu des [illisible] naïvetés que l’on rencontre dans les papiers populaires.

12 septembre 1915

Ma chère maman,

À l’occasion de l’arrivée d’un cargo-boat, j’ai reçu ta lettre du 15 août. Je ne l’attendais pas si tôt, puisque le courrier ordinaire n’arrivera que dans huit jours. Je vois que tu n’as pas encore la mienne où je te demandais quelques journaux et revues. Ce sera sans doute pour la semaine prochaine.

Comme je te l’avais promis, j’ai écrit au département. Une audience du ministre donnerait peut-être un bon résultat – je dis peut-être et cette restriction est plus faite de doute que d’espoir. Enfin fais pour le mieux. J’aurais bien écrit aussi à tante ; mais, encore que je sache sa nouvelle adresse, j’ignore cependant à quel nom l’adresser. Ce sera donc pour une prochaine fois.

Dans ta lettre de juillet, tu m’as parlé de Louise[8] et je n’y ai pas répondu. Cela m’arrive assez souvent d’ailleurs. Ce n’est pas indifférence mais oubli. Si cela ne te dérange pas, je veux dire si tu y vois un intérêt ou un plaisir, je ne vois pas pourquoi tu n’irais plus la voir. Son mariage ? Peu de chose que ce détail. Ne tombons pas dans le reproche que nous adressons aux autres ; ne soyons ni sectaires, ni fanatiques. Par là je ne dis pas de l’aller voir. Que veux-tu que cela me fasse ? Mais j’estime que si la fonction de son mari était le mobile de ton refus, tu aurais tort.

J’aurais plaisir à voir Jacques[9] au pied [illisible] du front. Ce n’est pas un héros d’Homère, mufle plutôt que héros. Lui qui, pour un danger bien moindre, était dans des transes à faire pitié à une petite fille, ça doit lui paraître dur.

Je ne sais si je rêve ou si c’est toi qui t’embrouilles, mais il me semble que tu m’as annoncé la mort de mon cousin Joseph ; et, dans ta dernière, tu me dis que le fils d’Alexis[10] est retourné au front. Serait-ce son aîné ?

Ça n’a pas été grave l’accident que j’ai eu et que je t’ai annoncé dans ma dernière. C’est à peine si, à la pression, je ressens encore une très légère douleur. Il est vrai que, si l’ostéite doit en résulter, la période d’incubation est très longue. Celle du sternum dont j’ai été opéré provenait de la piqûre du poignard que je reçus à Pont-Rémy[11]. La tumeur s’est déclarée dix ans après. Les microbes, ça ne ronge pas un os à la manière des chiens : ils pratiquent le hâte-toi-lentement-dans-tout-ce-que-tu-fais. Braves petites bestioles !

As-tu reçu des nouvelles de Lucien ? J’espère que oui. Dans ta prochaine, tu me diras un peu le résumé de ce qu’il t’a mandé. Espérons que la Fortune le favorisera autant à l’avenir que ce qu’elle l’a protégé par le passé[12] .

Amitié sincère à tante, à ta bonne voisine et aux camarades. Ton affectionné,

Alexandre

28 septembre 1915

Îles du Salut

Ma chère maman,

Je crois avoir le temps de te répondre courrier par courrier à ta lettre du 29 août que je reçois à l’instant. Ne te mets pas en peine pour moi au sujet de la lecture. Je n’en manque pas. Outre les ouvrages que tu m’as envoyés déjà et qui sont des œuvres de chevet, j’ai de-ci, de-là, quelques journaux et revues me tenant au courant des événements. Et, à te dire vrai, pour peu que l’envoi des périodiques t’occasionne de l’embarras, n’hésite pas à ne point m’en adresser. Borne-toi à m’expédier – encore faut-il que cela ne te gêne en rien – les ouvrages que je t’ai demandés dans ma lettre du mois d’août, en y ajoutant : 1) Dialogues des morts ; 2) Pluralité des mondes ; 3) Histoire des oracles ; 4) Correspondance avec le roi de Prusse. Les trois premiers sont de Fontenelle et le dernier de Voltaire. Ces quatre volumes sont édités par la Bibliothèque nationale. Ne m’envoie rien d’autre, à moins que, plus tard, je ne t’en fasse la demande.

Avec l’orientation que prennent les événements, je conçois que la vie soit très chère. Il faut même s’attendre à pis que cela : c’est une crise qui ira en augmentant.

J’espère que la perfidie de Roger aura servi de leçon à Lise, et que, quelles que soient les manœuvres que d’autres aussi malintentionnés que lui pourraient tenter, elles seraient sans effet sur sa bienveillance par trop facile. La sœur de Thérésa ne doit pas ignorer que Luce n’a besoin de rien, pour le moment du moins. Pénètre-la bien de cette idée[13].

Au sujet des démarches auprès du ministre, ne néglige rien. Plus que jamais, je crois que ça peut réussir. Car si l’horizon du présent est gris, celui de l’avenir est encore plus sombre.

Ma santé se maintient, plutôt bonne.

Amitié à tante et à ta bonne voisine.

Ton très affectionné,

Alexandre

17 octobre 1915

Îles du Salut

Ma chère maman,

Je n’ai encore reçu qu’une seule lettre, mais tous les colis d’imprimés. Je pense recevoir l’autre lettre au prochain courrier qui est annoncé pour demain. Il ne te manque plus que de te trouver au milieu d’un incendie. Tu verras qu’un de ces jours ou une de ces nuits il va te dégringoler une bombe par la cheminée. Gare aux « espions ». Si ce déplacement te convient, pourquoi n’irais-tu pas ? Seulement réfléchis bien que, l’hiver, la campagne n’est pas gaie, et que, même avec la perspective des chiures de taubes, il vaut mieux encore Paris. Après tout, c’est à toi de savoir ce qui te convient le mieux. Certes, tu dois bien comprendre qu’il ne se fait rien sans intérêt. Tous les mobiles de nos actions sont égoïstes. Donc, si ces camarades te font cette offre, elle doit leur être avantageuse. Et si, à ton tour, tu y trouves un avantage matériel ou moral, je ne vois pas pourquoi tu refuserais. En ces sortes de cas, il faut faire en sorte de réduire les relations à un échange de bons offices. C’est le seul moyen de conserver son indépendance. D’ailleurs, tu as été payée pour avoir l’expérience des choses de la vie et ne pas t’emballer. Fais pour le mieux.

Au prochain courrier, je parle de celui du mois de novembre, j’espère recevoir sinon une réponse ferme, du moins une opinion indicative de la part de la personne dont tu me parles.

Quant au ministre, il ne me répondra pas avant un trimestre, si toutefois on me répond. J’attends beaucoup plus des renseignements que l’on te donnera et que tu me transmettras. Au sujet de cette question, la marche des événements est plutôt favorable.

Bigre ! tu n’as pas lambiné à satisfaire à ma demande. Sauf La Guerre au jour le jour que tu as bien fait, en somme, de ne pas m’adresser, car j’en ai tellement que je crains d’y laisser mes yeux, tu m’as expédié tout ce que je t’avais demandé. Et, par les temps qui courent, j’ai honte, à te dire vrai, de te faire ainsi dépenser de l’argent. Il ne faut pas ajouter une foi aveugle aux versions optimistes quant à la durée du conflit. La guerre est loin de toucher à sa fin. Et, d’ici à ce jour souhaitable, la cherté de la vie ira crescendo. Heureux encore s’il n’y a pas disette. Donc, prends tes précautions. C’est te dire aussi de ne plus faire de frais pour moi. Après les ouvrages que je t’ai indiqués dans ma dernière et que je recevrai sans doute dans un mois, il ne faut plus rien m’envoyer, sauf quelques enveloppes dont j’ai fort besoin. Je me suis constitué une petite bibliothèque d’auteurs et d’œuvres choisis dont je n’arriverai jamais à épuiser le plaisir et le goût de les lire et relire.

Bien que la rencontre de l’un de mes talons avec une roue m’ait produit une légère entorse, dont je suis présentement guéri d’ailleurs, ma santé est bonne. Depuis plusieurs mois, ma plaie est définitivement fermée, la nécrose guérie. Je me porte même beaucoup mieux qu’avant : plus de vigueur, plus d’équilibre dans les idées. Mais j’ai plus de cheveux

gris que de châtains et d’aco m’en fouti.

Le cousin Marius doit être bien heureux, et je comprends sa joie, de la nouvelle résidence de son fils. Comme dit l’autre, il ne faut pas que ce soit toujours les mêmes qui se fassent tuer.

Soigne-toi bien, ma bien bonne. Voici venir la saison rigoureuse dont les morsures sont quelquefois aussi fatales que celles des requins. Ne commets pas d’imprudences.

Si tu reçois des nouvelles de Luce, n’oublie pas de m’en faire part.

Amitié sincère à tante, à ta bonne voisine et aux camarades. Ton bien affectionné,

Alexandre

20 octobre 1915

Îles du Salut

Ma chère maman,

À l’égard de [illisible], dont il était facile de prévoir le langage, tant en raison des circonstances que de sa situation, tu as dû t’expliquer mal ou tu n’as pas été comprise. Il y avait une façon, une forme de présenter la chose (au péjoratif ) qui n’aurait prêté le flanc à aucune critique. D’autres feuilles que la sienne ont traité de cette question et personne n’en a été « scandalisé ». C’est un fait avéré que bien des gens ont une tendance marquée à répondre par des conseils lorsqu’on leur demande tout simplement un service. Dans le même ordre d’idées, les prêtres disent : « Priez, priez et Dieu vous exaucera. » l’aurait bien dû comprendre que ce sont là des balançoires dans lesquelles je ne m’embarque pas. J’ai tenté cette démarche, d’abord, parce qu’elle t’était agréable et, ensuite, parce que j’avais un vague, très vague espoir qu’elle pourrait aboutir. Mais de là à pétitionner à jet continu il y a loin. Une fois suffit. Tardive t’a-t-on dit ? Mais ce reproche ne résiste pas à l’examen des faits. Demander une chose avec la certitude qu’elle sera refusée, cela ne rime à rien. Cabotinage, rien plus. Au début, la question n’ayant pas été portée devant l’opinion ni discutée au Parlement, c’eût été tout comme de faire pipi dans un Stradivarius. D’autre part, à cette époque, où aurais-je puisé l’argumentation au point de vue juridique, puisque les faits sur lesquels je me suis basé datent, pour quelques-uns du moins, de quelques mois à peine ? Ainsi, non seulement ce n’est pas trop tard, mais encore j’estime que, de par l’orientation des événements militaires, le moment présent est des plus propices. Là n’est pas l’écueil. L’obstacle est une question d’ordre purement métaphysique, dogmatique et sentimental, rien d’autre. Mais c’est beaucoup. Hors du principe utilitaire, il n’y a pas d’espoir et cette nouvelle école, qui ne date pas d’hier, est appelée à porter de profonds changements dans toutes les branches de la sociologie, de la criminelle surtout. Il n’y a pas si longtemps, en 1908, je crois qu’un garde des Sceaux projeta la refonte du droit pénal, en substituant aux peines en vigueur – qui toutes sont imprégnées d’esprit religieux (faute, punition, expiation), donc désuètes pour notre époque puisque l’État, conformément à la pensée moderne, est essentiellement laïque – l’indétermination de la durée de la peine avec réparation du préjudice causé par l’auteur de l’infraction. Or si jamais ce projet prévalait, il est aisé d’en déduire les conséquences. En temps de paix, la réparation est due à l’individu lésé ; mais, en temps de guerre, où le cas individuel s’efface devant le cas collectif, la mobilisation des criminels deviendrait la seule forme de réparation possible. Assurément ce n’est là qu’un projet ; mais la haute autorité de son auteur, d’une part, et les exigences de l’heure, de l’autre, pourraient bien en déterminer la réalisation. Comme dit l’autre : la guerre est la mère de toutes les bonnes choses. Vois pour l’alcoolisme. Conclusion : espérons.

Bien sûr que j’ai reçu tout ce que tu m’as adressé, soit : environ quatre-vingts journaux et revues ainsi que quatre livres, y compris celui de J.Maxwell. Et tout par le même courrier. Tu vois bien que tes craintes n’étaient pas fondées, et que, malgré la guerre, le service postal persiste très régulier.

15 novembre

Deux lettres de toi dont aucune ne m’annonce la réception de ma missive expédiée en septembre. Cela provient sans doute des quelques jours de retard du courrier. Ce sera donc pour le mois prochain. Ce n’est pas que j’y accorde beaucoup d’espoir, mais je tiendrais à avoir une certitude. Bien que tu ne sois plus à Paris (tu n’en es pas loin d’ailleurs), je compte sur toi pour faire pour le mieux. Fâcheux aussi que ces personnes soient absentes de la capitale. Une audience aurait mieux fait qu’une correspondance. Enfin…

Je suis enchanté que ta nouvelle résidence te soit agréable. Je ne t’en dirai pas autant de la mienne dont toujours la même chose me pèse. Sauf de très légers malaises résultant de la saison et aussi du régime, je me porte bien. Si l’alimentation laisse à désirer, en revanche, le travail n’est pas pénible : on peut tenir.

Ton dernier envoi de journaux ne me sera remis que demain. C’est donc tout comme si je les avais reçus. Ne fais donc pas de dépenses inutiles en m’adressant plusieurs nuances de journaux. Je te l’ai dit, je ne tiens pas aux feuilles populaires. Le Temps ou Le Journal de Genève. Les autres ne me conviennent pas. Que tu es bien bonne de te faire de la mousse au sujet du feuilleton militaire que je t’avais demandé. Ça n’a pas d’importance. Ne cherche plus à te le procurer. En fait d’ouvrages de lecture, je m’attendais à recevoir ce courrier-ci les Fontenelle et le Voltaire ; mais puisque tu n’as pas encore reçu ma lettre, il va de soi que tu n’as pas pu me les expédier. Je les aurai sans doute le mois prochain. Si la réponse du ministre était nettement négative, alors tu feras en sorte de trouver un Larousse pour tous en deux volumes d’occasion. Il me serait très utile pour effectuer un travail de sociologie criminelle que j’ai en tête depuis longtemps[14].

Amitié sincère à tante—, à ta bonne voisine— ainsi qu’à M. et Mme Bonnard.

Ton affectionné,

Alexandre

11 décembre 1915

Îles du Salut

Ma chère maman,

J’espère qu’à l’heure présente tu auras reçu ma lettre de septembre dont je ne m’explique pas le retard : je les remets toujours en temps indiqué. Le courrier est arrivé ce matin et je m’attends à recevoir tes lettres ce soir sans trop y compter cependant, car, depuis dix-huit mois, les distributions sont plutôt tardives.

Ne sachant pas encore au juste ce qu’il me faut penser et attendre de la démarche dontu t’es occupée ces temps-ci, je ne te donne pas encore la liste des ouvrages dont j’aurai besoin pour le travail dont je t’ai parlé dans ma dernière. Je n’y mettrai la main que lorsque j’aurai la certitude de le pouvoir mener à bonne fin. Ce n’est pas une petite affaire, surtout dans l’état plutôt déprimé où je me trouve. Je compte que cela me prendra environ de dix-huit mois à deux ans. Sans faire d’achat ferme, tu peux néanmoins t’occuper déjà de dénicher des occasions. Comme il ne s’agit pas d’œuvres de littérature mais strictement scientifiques, ces occasions ne sont pas rares. En outre du Larousse que je t’ai indiqué dans ma dernière, voici quelques-uns des auteurs qu’il me faudra : Garraud, Feuilloley, Proal, Saleilles, Tarde, de Fleury, Enrico Ferri, Lombroso[15], etc. Lorsqu’il y aura lieu, je te désignerai les noms des ouvrages. Dès à présent, tu peux m’adresser La Maison des morts, de Dostoïevski. L’ouvrage traduit du russe a été publié par une société d’édition française, à un prix très modique, vers les années 1908 à 1910. Le siège de cette société était, je crois, rue Vaneau, mais mes souvenirs ne sont pas assez précis pour que je puisse affirmer. Au reste, chez Flammarion, on te renseignera.

Nous voici à lundi et les lettres n’ont pas encore été données. Il est possible que les sacs à dépêches aient filé jusqu’à Cayenne, ce qui arrive parfois. C’est te dire que je ne sais rien encore de ce que tu as pu m’annoncer. J’ignore aussi si tu m’as expédié les Fontenelle et le Voltaire bien que j’en sois à peu près sûr. Pour l’instant, il n’y a aucun colis d’imprimés arrivé à mon adresse. Force m’est donc de t’écrire avant de pouvoir t’en accuser réception, le délai de remise expirant ce soir.

Santé : couci-couça. Tu dois comprendre qu’onze ans de régime cellulaire sur treize de détention ne sont pas faits pour donner de la vigueur. Physiologiquement, je vis ni homme ni plante, mais plutôt mollusque, moule, huître ou escargot, au choix ; cérébralement, c’est autre chose : c’est mieux, beaucoup mieux heureusement.

Es-tu toujours aussi satisfaite de ton séjour à la campagne ? Je l’espère. J’espère aussi que ta santé se maintient bonne malgré les rigueurs de la saison. Ce qu’il doit faire froid à Paris. Rien que d’y songer, j’en ai la chair de poule.

Amitié à tante, à ta bonne voisine ainsi qu’à M. et Mme Bonnard.

Ton très affectionné,

Alexandre

P.-S. J’oubliais. Lise a-t-elle reçu des nouvelles de Julien[16]?

12 décembre 1915

Îles du Salut

Ma bien bonne,

Je reçois enfin à l’instant tes trois chères lettres toutes trois ensemble, comme à l’ordinaire d’ailleurs : tu peux donc mettre ton courrier à la poste le lundi, sauf changement d’horaires. Je n’ai pas été aussi heureux pour les colis ; ils ont filé sur Cayenne. Je ne les aurai que dans deux ou trois jours. Bien que je n’aie pas encore lu les journaux, je sais, par les câblogrammes, que la situation est triste. Il y a seulement quelques heures que j’ai appris la proposition de paix. Pour qui sait lire cela est pénible. Que de telles paroles aient été prononcées à la Chambre des communes, chez le peuple le plus orgueilleux de la terre et l’un des plus énergiques, il faut vraiment que la situation soit désespérée, ou presque. Donc, à moins de conditions absolument inacceptables, ce qui n’est guère probable, car, derrière la façade de l’[illisible] il y a aussi l’épuisement, il faut nous attendre à une paix ; paix boiteuse, un simple répit pour mieux reprendre haleine, une trêve de quelques années, mais enfin paix tout de même. C’est te dire que l’espoir quelque peu illusoire que nous fondions est à jamais évanoui, dissipé. Moi, ça ne me touche guère, je veux dire que je n’en suis pas impressionné : je ne suis plus à l’âge des illusions, bien que, en pas mal de cas dans la vie, je les croie nécessaires. C’est pour toi, ma bien bonne, que ça me peine. Je sais que cet espoir te mettait du baume au cœur et mon seul plaisir aura été de te faire plaisir. Ne te chagrine pas pour cela. Il peut y avoir, d’ici à quelques années, une refonte de nos lois pénales. Dans le monde scientifique on la réclame à cor et à cri et, de fait, elle s’impose. D’une façon générale, la législation dogmatique et transcendante de 1810 répugne à la pensée moderne[17]. Ce jour-là il y aura renversement dans l’ordre des valeurs et les « bons », je veux dire les pervertis, les avachis et les dégénérés de tout calibre, deviendront les mauvais. Je serai alors au premier rang et pourrai peut-être obtenir ce que l’on me refuse obstinément aujourd’hui : le moyen de vivre, de vivre dignement.

J’espérais être nommé de 2e classe aux promotions de septembre, mais j’ai été déçu. J’étais pourtant dans les conditions requises. Ne cherchons pas à trouver des pourquoi et espérons que ce sera pour le mois d’avril. Ce n’est pas, remarque bien, que cela puisse m’être avantageux de quelque manière ; que je sois de 3e ou de 1re classe c’est kif-kif. Placé hors la loi par une décision administrative, je ne puis pas être désinterné, et partant, bénéficier du régime de la concession urbaine ou rurale que la loi accorde à nos codétenus[18]. Je ne puis seulement qu’espérer – et l’espoir, tu le sais, est le chemin agréable qui conduit à la mort – qu’avec le changement de classe il pourrait en résulter un changement de situation à la suite de démarches auxquelles et sur lesquelles il faut avoir la foi d’un père de l’Église pour tabler. Somme toute, cela est peut-être une illusion. Peut-être !

Tu dois trouver que je suis modeste. Aussi bien il y a autre chose dont je te dois l’aveu. Il y a que je suis las, mais d’une lassitude qui me paraît cousine germaine de la cachexie. Cette vie faite de oui et de non, de mais et de si, saupoudrée de tant de peut-être, me suce le sang ; cette vie de toujours-même-chose, sans horizon, si ce n’est un horizon toujours pareil, étroit, mesquin et misérable, me conduit parfois à des crises de pessimisme le plus anémiant. Dans ces moments, si je ne t’avais pas, ma bien bonne, sois sûre que dans un dernier spasme de joie et de reconnaissance envers la vie je franchirais le pont qui mène au repos. Mais je te dois tant de gratitude que la chaîne de ce sentiment me retient. Je réagis et l’équilibre est rétabli. Je voudrais, je veux faire plus, c’est-à-dire surmonter ces sautes d’humeur ; non pas les traiter en rebelles mais avec indifférence, que dis-je ? presque en amies, avec cet œil bienveillant qui dit aux choses nécessaires et inéluctables comme s’il s’agissait d’espiègleries de petits enfants à l’égard de vieux parents : « Soyez donc sages. » À cela tout m’incite, et mon instinct et ma raison. Mais il me faut un but, un moyen de viser à ce but. De là l’idée de ce travail dont je t’ai parlé. Il faut un aliment à ma suractivité cérébrale, car, faute d’aliment, elle se dévorerait elle-même. Tu comprends ce que cela veut dire. Cette idée n’est pas neuve chez moi ; elle date de mon séjour à la réclusion cellulaire et naquit, pour ainsi dire, à l’issue d’une visite qu’y fit un criminaliste de talent. J’ai pu apprécier ses moyens d’observation et en deviner la valeur. Je m’explique mieux, depuis, les niaiseries et les énormités que l’on rencontre çà et là dans les ouvrages de ce genre, bien que, il faut le reconnaître, cela soit écrit de la meilleure foi du monde. Mais, la croyance, la foi, la conviction en une chose ne prouvent rien pour ou contre la réalité de cette chose. C’est ce qui ne me paraît pas avoir été compris et que je ferai en sorte de mettre au clair, ce qui, entre nous soit dit, n’est pas une mince affaire. Je ne sais même pas, non, vraiment, je n’en suis pas sûr, si cela n’est pas au-dessus de mes forces. J’essayerai toujours et verrai après. Si je manque d’haleine, j’en serai quitte pour tout jeter au feu. Dans le cas contraire, je demanderai l’autorisation de le pouvoir adresser à M. [Langnès]. Ce qui, j’en suis certain, lui aidant, ne me sera pas refusé.

Presque tous les ouvrages dont j’ai besoin étant édités par Félix Alcan, adresse-moi le catalogue de cet éditeur. J’y ferai un choix et t’indiquerai les moyens d’obtenir une réduction sur le prix, chose que tu ne sais pas encore faire à ce que je vois et que tu devrais pourtant savoir depuis que tu achètes des livres. À Paris, il ne faut jamais s’en rapporter au prix indiqué sur l’ouvrage ; c’est bon pour les provinciaux cela. Tous ceux marqués 3,50 francs doivent t’être laissés au moins pour 3 francs, avec en plus, un escompte de 10 % au comptant et l’expédition franco. Je m’étonne que tante qui est, qui était libraire, ne t’ait pas renseignée à ce sujet. Pour les deux tomes Larousse, cherche une occasion, car neuf c’est un peu cher : 35 à 40 francs, je crois.

Sais-tu, madame ma mère, que tu en as de bien bonnes ! Tu me demandes à quel ministre j’ai écrit. Bien sûr, ce n’est pas à celui de l’Agriculture, mais des Colonies. Enfin laissons cela. Les arguments que l’on t’a donnés à ce sujet ne sont que trop vrais. Sauf chez les types de la grande criminalité, il n’y a pas, il ne peut pas y avoir de corrigibilité possible. Tout ce que l’on chante sur ce refrain, c’est de la pure blague. D’autre part, sur dix forçats, il y en a à peine trois, et ce chiffre n’est pas une moyenne mais un maximum, qui soient capables de s’adapter à une règle, de s’en imposer une, tu vois. Impulsifs, indisciplinés, des malades. Rien que durant les deux ou trois mois d’instruction militaire pour former un groupement, il aurait fallu en fusiller les trois quarts. Et, avec le régime pénal, il ne peut pas en être autrement. Tu vois par-là combien est véridique l’opinion des officiers que tu cites. Remercie bien, néanmoins, la personne qui, encore une fois, a bien voulu s’occuper de moi.

Ton affectionné,

Alexandre

P.-S. Je n’en suis pourtant plus à l’âge des post-scriptum et, malgré cela, j’oublie toujours quelque chose. Pour les journaux, un seul suffit comme je te l’ai dit dans ma dernière. Je vois dans le catalogue de Flammarion deux nouvelles éditions qui me seront utiles, ce sont : Lamarck, OEuvres choisies, 1 vol., Montesquieu, L’Esprit des lois, 2 vol., et de la Bibliothèque nationale, Beccaria, Délits et Peines, 2 vol. Adresse-les moi.


[1] Soit de 1909 à 1912.

[2] Casuiste espagnol du XVIIe siècle. Il s’était montré, dans ses ouvrages, prodigue de concessions pour les faiblesses humaines, même pour les moins excusables ; les plus mauvais penchants trouvaient des excuses dans sa bouche.

[3] Dérivé de Élisabeth, Lise ou Lise, désigne l’Administration Pénitentiaire ; Jacob la présente souvent comme une amie pour embrouiller la lecture des surveillants puisque le courrier aux familles doit être présenter sous pli ouvert avant envoi ou non de la missive. Ici le matricule 34777 semble inviter sa mère à la plus grande prudence dans les colis qu’elle lui envoie.

[4] Première allusion à Marius, second prénom de Jacob mais possible dérivé de Marie ; la phrase semble indiquer un problème de réception de courrier à moins évidemment que Jacob ne fasse mention au premier degré des suites d’une hospitalisation après avoir été « blessé ».

[5] Comme Tante, Bonne voisine pourrait être un ou une ami(-e) fidèle aux Jacob réceptionnant le courrier clandestin qu’Alexandre envoie à sa mère. Tante apparait au début de l’année 1910, la lettre du 11 décembre 1915 nous apprend qu’elle était libraire. La première mention de Bonne voisine est faite en janvier 1911. Bonne voisine et Tante apparaissent le plus souvent dans les formules de salutation.

[6] L’ouvrage était paru en 1909 chez Flammarion, ce qui laisse comprendre que Jacob se tenait vraiment au courant, même du fond de sa cellule à Saint-Joseph.

[7] Miguel Almereyda se cache derrière le personnage de Michel ; Jacob demande ainsi à sa mère de faire passer sa lettre adressée au ministre des Colonies à cet ami journaliste, antimilitariste et anarchiste, pour qu’il la publie dans le Bonnet Rouge.

[8] Louise, ou ses dérivés Louison et Louiset, apparait dans les courriers du bagnard le 22 mars 1911 ; une dernière mention est faite dans la lettre en date du 22 octobre 1921. Louise a été liée à André, pseudo désignant certainement Félix Bour, ancien membre des Travailleurs de la nuit, mort à l’île Saint-Joseph le 7 septembre 1914. La lettre de Jacob montre donc que Louise a donc refait sa vie en métropole mais que Marie n’a pas coupé les ponts avec elle.

[9] Jacques revient souvent dans e courrier de Jacob qui ne semble pas le tenir ici en haute estime ; l’ancien compagnon et bijoutier Jacques Sautarel reste pourtant attaché à son ancien camarade illégaliste. Mais l’exaspération du bagnard provient très vraisemblablement du fait de la position belliciste de son ami dont le fils se bat dans les tranchées du front.

[10] Si nous ne savons pas qui se cache derrière le cousin Joseph, il se pourrait bien justement qu’Alexis, cousin lui aussi du bagnard, soit encore Jacques Sautarel, à moins qu’il ne désigne un ami marseillais resté fidèle.

[11] Jacob parle d’une légère blessure contractée lors de son arrestation en 1903.

[12] Question au sujet de la réception d’un courrier clandestin. Lucien désigne Jacob lui-même. Le pseudo est dérivé parfois en Luce.

[13] Jacob insiste sur le fait qu’il ne faut rien lui faire parvenir par voie illégale à ce moment précis depuis que Roger, allias Gerraud, Gérod ou Gerro, forçat peut-être libéré à Saint-Laurent-du-Maroni, ait fait capoté une tentative d’évasion en gardant pour lui le matériel envoyé par Marie qui ici prend les doubles traits de la sœur de Thérésa et de Lise. Les pressions faites sur le malandrin n’ont pas permis la restitution des objets détourné mais ont visiblement évité une possible délation.

[14] Première allusion au travail que se fixe désormais Jacob : écrire un ouvrage de criminologie. Le projet n’aboutira pas, mais il deviendra un expert en la matière et pourra ainsi aider le Dr Rousseau à écrire son ouvrage.

[15] Jacob commande un éventail de spécialistes de la question criminelle : des médecins neurologues aux agrégés de droit. Les uns, disciples de Lombroso, défendant la thèse de l’hérédité et de la pathologie dans le comportement des criminels, les autres, plus proches de Durkheim, inscrivant le crime dans la société.

[16] Comme pour Lucien, Julien c’est Jacob. Il demande alors la confirmation de la réception d’un courrier clandestin.

[17] Allusion au code pénal napoléonien.

[18] Rappel de l’internement B dont fut frappé Jacob à son arrivée à Cayenne.

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