Bagnards et anarchistes : août 2025


Roussenq L’Inco

C’est la commission disciplinaire des îles du Salut, chargée de statuer sur les infractions aux règlements, qui permet à Paul Roussenq (1885-1949) d’acquérir la notoriété. Son dossier pèse 5,3 kilogrammes ! Plus de 4 000 jours passés entre quatre murs dans le quartier cellulaire de l’île Royale ou dans les sinistres cachots de l’île Saint-Joseph. À cela vient s’ajouter le temps gracieusement offert à la suite de six passages devant le TMS ; soit deux ans de prison pour refus de travail (1912) et outrage (1927), deux ans de travaux forcés pour tentative d’évasion (1915), et cinq ans de réclusion pour voie de fait sur la personne d’un médecin militaire (1917).

Condamné en 1908 par le 2e conseil de guerre de Tunis à 20 ans de travaux forcés pour avoir brûlé ses effets militaires, le matricule 37664 est le prototype du bagnard réfractaire. Colérique et soupe-au-lait, il aligne les punitions et multiplie les provocations, du bavardage délibéré jusqu’au refus d’enfiler sa manille. Il écope par exemple de trente jours de cachot pour avoir forcé le guichet de sa cellule, glissé sa tête et demandé une nouvelle punition ! L’AP craint ses intempestives réactions et l’influence néfaste sur ses codétenus.

Roussenq écrit pour résister. Décrets et règlements à l’appui, il se plaint du sadisme de tel ou tel surveillant, du manque ou de la mauvaise qualité de la nourriture, de l’insalubrité des cases ; il injurie souvent, déclare emmerder le gouverneur de la Guyane, le ministre des colonies, finalement la terre entière ; il versifie parfois et toujours en alexandrins. Il sait le devenir de ses missives et les jours de cachots à subir pour réclamation non-fondée, mais il n’en a cure.

Après la visite d’Albert Londres en Guyane en 1923, le cas de « L’Inco » soulève l’opinion publique en sa faveur. Le parti communiste, par le biais du Secours Rouge International (SRI) mène à partir de 1927 une active campagne en faveur de sa libération. Manifestations et meetings se multiplient dans toute la France. Roussenq est même le vainqueur du concours du bagnard méritant organisé par le tout jeune magazine Détective en 1929. La mesure gracieuse tombe le 6 août de cette année. Mais Paul Henri Roussenq n’est que libre. Fin des travaux forcés mais astreint à résidence perpétuelle en Guyane en vertu de l’article 6 du décret-loi impérial du 30 mai 1854 puisqu’il a été condamné à plus de huit ans de travaux forcés.

Le SRI poursuit son actif soutien et obtient une nouvelle grâce en 1932 : fin du doublage pour l’Inco. Le SRI paie le voyage de retour. Un triste voyage en réalité pour la vedette rouge. L’Inco ne reverra pas sa mère, si prompte à faire libérer son rejeton. Elle est morte le 29 mars 1931. À un pas de la victoire finale.  Le vapeur Le Pellerin de Latouche l’a débarqué à Saint-Nazaire le 28 décembre 1932.

JMD

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