Ravachol


Publiée sur le site Rebellyon.info, le 11 juillet 2011, date du 121e anniversaire de la mort du saint anarchiste, la biographie de Ravachol présente au moins deux avantages, et c’est pourquoi nous la mettons en ligne dans les colonnes du Jacoblog. Elle tranche littéralement dans le lard des biographies que nous pouvons trouver dans les revues de vulgarisation à prétention historique où le propagandiste par le fait est le plus souvent présenté comme « un minable » assassin. Voyeurisme consumériste malsain permettant de gober sans digérer le fait divers et le sentiment d’insécurité. Elle offre ensuite la possibilité d’entrevoir un parcours qui nous emmène fatalement à la Veuve de Montbrison et d’apporter des éléments explicatifs à la fameuse déclaration interdite lors du procès du 21 juin 1892. En ce sens, nous pouvons alors montrer un homme théorisant sa propagande par le fait et sortir de l’inénarrable débat non historique d’une condamnation a priori de l’homme et des ses actes.

11 juillet 1892, exécution de Ravachol à Montbrison

Rebellyon, article mis en ligne le 11 juillet 2011

« Si tu veux être heu­reux, nom de dieu !
Pends ton pro­prié­taire,
Coupe les curés en deux, nom de dieu !
Fous les églises par terre.. »

Chanté par Ravachol avant de passer sur l’échafaud…

François Koënigstein-Ravachol est né le 14 octo­bre 1859 à Saint-Chamond et mort guillo­tiné le 11 juillet 1892 à Montbrison.

Ses jeunes années miséreuses à Saint Chamond

Le 14 Octobre 1859, François Koënigstein-Ravachol naît à Saint Chamond. Sa mère, Marie Ravachol est native du pays, son père Jan Koënigstein est Hollandais, émigré dans le Forez un an plus tôt. Parmi les aïeux du jeune Ravachol, on peut noter Henri et Louis Koënigstein qui appartenaient à une bande de dangereux brigands, les « Bokkenrijders » ou « Chevaliers du bouc », pendus pour vols et meurtres en Hollande vers 1750. Sa mère était moulinière en soie, et son père était lamineur aux Forges d’Isieux. Celui-ci était violent avec elle et l’abandonna avec quatre enfants, dont le plus jeune avait trois mois. Il s’en alla dans son pays, mais comme il était atteint d’une maladie de poitrine, il succomba au bout d’un an.

Le petit François a été élevé en nourrice jusqu’à l’âge de trois ans et placé à l’hospice jusqu’à l’âge de six ou sept ans. Dès huit ans, pour rapporter un peu d’argent à sa mère, il se met à travailler comme berger dans les monts du Pilat, où les hivers furent rudes, puis chez des paysans à s’occuper des bêtes, et chez des entrepreneurs des environs, à faire des fuseaux, trier le charbon, tourner la roue d’un cordier, frapper des rivets. Le salaire et les conditions de travail sont misérables. Ensuite, il se fait exploiter dans l’industrie du secteur, la tein­tu­re­rie, au sein de la maison Puteau et Richard, à Saint Chamond, comme apprenti pendant trois ans, où on le frustre en refusant de lui délivrer les « secrets » du métier.

L’ouvrier militant

Devenu ouvrier teinturier, quand il a seize ans, il se fait embaucher dans différents établissements de tein­tu­re­rie de Saint Chamond et Saint Etienne, où il gagne un salaire de misère. Les conditions de travail étant très pénibles et refusant les injustices sociales, il se fait renvoyer plusieurs fois pour avoir fait remarquer que la législation n’était pas appliquée ou pour avoir fait la grève avec d’autres ouvriers.

Il a un gros chagrin lorsqu’il perd une de ses sœurs. Lors d’une grève, il décide, avec un de ses collègues, de partir de nuit à pied à Lyon. Harassé, à Grigny, après un casse-croûte au café de la tour, il prend le train pour Perrache. A Lyon, tous les deux se font embaucher au noir dans une tein­tu­re­rie de soie située montée de la Butte. Comme leurs collègues de Saint Chamond n’ont rien obtenu après la grève, ne voulant pas céder à la volonté des patrons, ils décident de rester sur Lyon et trouvent un autre boulot, toujours au noir, à la maison Coron, rue Godefroy, une tein­tu­re­rie en couleurs du quartier Morand.

Mais l’emploi au noir cela ne fonctionne pas longtemps, et sans travail, François retourne chez sa mère. Là, il est très déçu que son amour de jeunesse, une fille de Saint Chamond, qui venait même le voir à Lyon, décide de se marier avec le fils de son patron. Malgré sa peine, il fait tout pour se faire embaucher et trouve un job de manœuvre dans la métallurgie, puis dans une tein­tu­re­rie de sa ville natale, où il a déjà la réputation d’être prompt à la bagarre et de ne pas vouloir se laisser marcher sur les pieds. Ensuite il a dû faire maison sur maison à cause du manque de travail, revenant trois fois de suite dans la tein­tu­re­rie Vindrey.

L’anarchiste

A 18 ans, suite à la lecture du livre d’Eugène Sue, Le juif errant et de l’écoute d’une conférence de Paule Minck, il laisse com­plè­te­ment tomber la religion. Puis il assiste à une conférence donnée à Saint-Chamond, par Charles Chabert, membre de la première Internationale, et Léonie Rouzade, col­lec­ti­viste, ce qui lui ouvre alors de nouveaux horizons. Il entre dans un cercle d’études sociales qui se forme dans la ville. Il rencontre Toussaint Bordat, Faure et d’autres qui l’aident à clarifier sa pensée. Il prend contact avec Louise Michel. Il lit des quotidiens et des brochures anarchistes, col­lec­ti­vis­tes, des apologies de la commune de Paris de 1871. Il opte alors de façon ferme pour l’anarchie.

Il fait passer des notes à ses amis ouvriers. Il écrit quelques chansons révo­lu­tion­nai­res, participe à des émeutes. Il a une soif d’apprendre, et suit des cours du soir de calcul et de chimie. Il tente avec beaucoup de mal de faire des explosifs, de la dynamite. Il est arrêté une première fois, pour avoir donné du vitriol, puis relâché. Chez Vindrey, où il travaille avec son frère, François Ravachol est renvoyé, ainsi que son frère, par son patron en raison de ses opinions, ayant appris que c’est un anarchiste : « il m’avait pris le pain, j’aurais dû lui prendre la vie ». A partir de ce moment-là sa réputation est faite, et il lui est pra­ti­que­ment impossible de retrouver du travail sur Saint Chamond. Cependant il doit faire vivre à la maison sa mère, son frère, sa sœur et son neveu, qui vient de naître.

Mandrin

Pour nourrir sa famille, il pratique le braconnage, le vol de volaille, et avec son frère il récupère les déchets de charbons. Ils finissent par tous déménager à Saint Étienne, où là il retrouve du travail ainsi que son frère. Il apprend à jouer de l’accordéon et il va faire danser les jeunes stéphanois dans les bals du dimanche, car le travail reste très épisodique et on ne voulut pas de lui dans les mines de Saint Étienne.

A la manière du célèbre Mandrin il devient contrebandier, en transportant par le tram ou à pied, de l’alcool dans des appareils en caoutchouc qui prennent la forme du corps. Il se lie avec une femme mariée, Bénédicte, ce qui lui vaut des relations conflictuelles avec sa mère, qu’il chérissait auparavant. Mais une maîtresse cela coûte et la contrebande diminuant, il se fait faussaire et l’idée du vol en grand lui vînt à l’esprit.

En mai 1891, Ravachol profane la tombe de la baronne de Rochetaillée récemment inhumée à St Jean Bonnefond dans l’espoir, déçu, de dérober quelques bijoux, puis il cambriole la maison d’un riche commerçant stéphanois. Mais c’est l’affaire du meurtre de l’ermite qui allait défrayer la chronique.

L’ermite étouffé

Jacques Brunet, homme d’église alors âgé de 96 ans vivait en ermite dans le hameau de Notre Dame de Grâce sur la commune de Chambles.

Une rumeur qui s’avéra exacte disait qu’il possédait une petite fortune cachée dans sa modeste maison. Le 18 Juin 1891 Ravachol lui rend visite en escaladant l’ermitage et l’étouffe en lui mettant un mouchoir dans la gorge, avant de s’emparer du magot, estimé à 25.000 francs, caché partout dans la maison.

Il revient à Saint Etienne mais sa description est indiquée par un cocher aux enquêteurs, car il fait plusieurs allers-retours. Le 27 juin il est arrêté non sans mal par le commissaire Teychené, il se met à vociférer qu’il va « exterminer toute la police pour rendre service à l’humanité ». Les mains enchainées, Ravachol parvient pourtant à s’enfuir au détour d’un chemin ! Suite à cette invrai­sem­bla­ble évasion, son signalement est télégraphié à toutes les polices de France pendant qu’il se planque tranquillement chez un ami à Saint Étienne dans le quartier de Monthieu.

Dans l’histoire de l’activisme anarchiste, Ravachol reste une référence, mais le meurtre de l’ermite de Chambles entache son image et avait déclenché à l’époque des débats passionnés. Dans un meeting à Saint Étienne le 28 décembre 1891, Sébastien Faure regretta que le meurtre du vieil ermite par Ravachol jetait la déconsi­dé­ra­tion sur le mouvement.

La fuite chez des amis anarchistes

Peu de temps après, un message écrit par Ravachol fût retrouvé dans une veste abandonnée à Lyon à la gare de Perrache. Il annonçait son désir de mettre fin à ses jours pour « ne pas servir de jouet à la police bourgeoise ».

Quelques jours plus tard, à Saint Etienne, Mme Marcon, 76 ans et sa fille qui tenaient un petit commerce de quincaillerie étaient découvertes assassinées à coups de marteau. Ses crimes rap­pe­lè­rent le double meurtre à la hache d’Izieux cinq ans plus tôt, les victimes étaient Marie-Jean Rivollier et sa servante Françoise Fradel. Les soupçons se portèrent à nouveau sur Ravachol, mais il ne reconnut jamais ces crimes qu’on ne peut pas réellement lui imputer.

Le « suicidé de Lyon » est bien vivant. Mais alors qu’on veut coller sur le dos de Ravachol d’autres crimes, en fait il s’est réfugié en Espagne à Barcelone et vit avec un autre anarchiste stéphanois, Paul Bernard, condamné par contumace à Montbrison. Celui ci passe son temps avec d’autres, notamment Scharrini et Hugas soupçonnés dans un attentat sanglant à Paris, à fabriquer des bombes. Se sachant menacé par la police espagnole, Ravachol regagne la France et Paris tandis que certains de ses complices dans le recel de l’argent de l’ermite de Chambles sont condamnés aux travaux forcés.

Les attentats parisiens

Ravachol apparut à Saint-Denis en juillet 1891. Il se nomme désormais Léon Léger et mitonne dans ses « marmites » ce qu’il appelle « la mort aux rats pour bourgeois ». Il y a en effet des choses qui le révoltent, comme la répression destinée aux communards, qui dure depuis l’insurrection de la Commune de Paris de 1871, mais aussi deux évènements : l’affaire de Fourmies et l’affaire de Clichy. Le 1er mai 1891, à Fourmies, une mani­fes­ta­tion se déroule pour obtenir les jour­nées de travail de huit heures, des affrontements ont lieu, les agents de la Police tirent sur la foule, cela se solde par neuf morts, dont des femmes et des enfants, parmi les manifestants. Et le même jour, à Clichy, dans un défilé où prennent part des anarchistes, des incidents graves éclatent, et trois anarchistes, Decamps, Dardare, et Léveillé, sont amenés au com­mis­sa­riat, ils y sont interrogés, et violentés avec coups et blessures. Un procès s’ensuit, où ce sont eux trois qui sont accusés d’avoir tiré sur des policiers ! Deux des trois anarchistes sont condamnés à des peines de prison ferme. Cette affaire a beaucoup ébranlé les milieux libertaires.

Pour venger les compagnons anarchistes condamnés, Ravachol songe d’abord, avec ses amis, à faire sauter le com­mis­sa­riat de Clichy et le 7 mars 1892, les voilà qui emportent une marmite chargée d’une cinquantaine de cartouches de dynamite et de débris de fer en guise de mitraille ; mais le projet avorte en raison des difficultés d’approche. Ils décident alors de s’attaquer, le 11 mars, au conseiller Benoît qui présida les assises lors de la condamnation de Decamps et Dardare. Ce juge Benoît habite au 136, boulevard Saint Germain à Paris. Ravachol dépose la marmite au 2e étage et allume la mèche. La projection de mitraille fit d’effrayant ravages, mais il n’y eut toutefois qu’un seul blessé.

La police sur les dents finit par arrêter Chaumartin et Simon Charles, et d’autres complices de Ravachol, le 17 mars. Quant à Ravachol, il put déménager à temps et alla habiter Saint-Mandé. Il réplique alors le 27 mars en faisant sauter l’immeuble du substitut Bulot, le procureur qui avait requis la peine de mort au cours de ce même procès, demeurant au 39, rue de Clichy. Ravachol abandonne sur le palier une valise contenant un engin qu’il bourra de 120 cartouches de dynamite. Une détonation effrayante retentit et l’immeuble fut ravagé jusqu’en ses fondements. Par miracle, il n’y eut que sept blessés et des dégâts consi­dé­ra­bles. La presse donne de larges échos de son signalement, le nom de Ravachol et sa photo sont désormais connus de tous.

L’arrestation

Or son com­por­te­ment pour le moins en dilettante devait causer sa perte. Alors que trois jours plus tard, le 30 mars, il dînait au restaurant Véry, au 24, boulevard Magenta, à Paris, il ne pût s’empêcher de proclamer haut et fort son exécration de la société… et le garçon de salle, qui l’avait déjà repéré, car il avait mangé ici le jour de l’explosion, le dénonce à son patron. La police, alertée, arrêta, non sans mal, Ravachol que dix hommes suffirent à peine à maîtriser.

Jusqu’à sa com­pa­ru­tion devant les assises, soit pendant un mois environ, trois inspecteurs le surveillèrent jour et nuit. Ils observèrent ses faits et gestes, et rédigèrent, au début, des rapports en enregistrant toutes ses paroles.

Après l’explosion du restaurant Véry

Le 25 avril, alors que Ravachol est sous les verrous, c’est le restaurant Véry qui saute. La bombe a fait deux morts dont le patron dénonciateur qui est déchiqueté. « Véryfication » dira Le Père Peinard.

Le 26 avril, pendant le procès de celui qui se proclame justicier de la cause anarchiste, devant la cour d’assises de Paris, il comparaît en un Palais de justice gardé comme s’il devait soutenir un état de siège. À l’issue des débats, furent seuls condamnés Simon et Ravachol à qui on infligea les travaux forcés à perpétuité.

En attendant les chansonniers de rue s’en donnent à cœur joie :

« Il s’appelle Ravachol
Est né à Saint Chamond
Petite ville en somme
Dont il fît le renom
Paris la grande ville
Fût bien vite éprouvée
Avec la dynamite.
Il voulait tout faire sauter… »

La guillotine à Montbrison

Ravachol fût transféré vers Saint Étienne pour répondre de trois autres crimes dont celui de l’ermite. A son arrivée, 500 personnes l’attendent, beaucoup l’acclament, des dizaines de policiers et gendarmes sont présents. Il est ensuite transféré vers Montbrison qui est presqu’en état de siège, où se trouve la cour d’assises de la Loire.

Ravachol fut tout autant courageux et désintéressé à ce procès de Montbrison qu’à celui de la cour d’assises de Paris. Le 21 juin 1892, s’il a reconnu le meurtre de l’ermite, des doutes sérieux demeurent quant aux meurtres au marteau et à la hache, qu’il nie totalement, mais, cette fois-ci, à Montbrison, Ravachol est condamné à mort par la cour d’assises. A l’énoncé du verdict, Ravachol se contente de dire « Vive l’Anarchie ! ».

Le 11 Juillet 1892, dans sa trente-troisième année, Ravachol monte sur l’échafaud en chantant. Le couperet interrompt ses derniers mots « Vive la rév… »

Epilogue :
Le 9 décembre 1893, Auguste Vaillant jette une bombe à Paris, à la Chambre des députés, pour le venger. Et le 24 juin 1894, c’est Santo Caserio qui poignarde mor­tel­le­ment à Lyon le Président de la République, Sadi Carnot, et le lendemain sa veuve reçoit une photo de Ravachol et ces mots : « Il est bien vengé… »

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Un commentaire pour “Ravachol”

  1. Duburq dit :

    Quelqu’un sait-il où il est enterré ? Merci, de la part d’un vieil anar’

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