Dix questions à … Géant Vert


Ce n’est pas uniquement parce que ses textes et sa musique ont bercé notre boutonneuse et rebelle adolescence dans les années 1980 et celles qui suivirent que nous avons demandé à Géant Vert de répondre à nos dix petites questions. Et il nous a pondu une belle tartine ! Le parolier de Parabellum, première mouture, porte ainsi un regard clair et sans illusion sur ce rock que d’aucuns auraient aimé voir en son temps alternatif, politisé et anarchiste. Géant Vert a bien voulu encore revenir, pour nous, sur la chanson Cayenne et parler de son intérêt manifeste pour la chanson réaliste et pour le problème carcéral. Et, ce qui ne gâche rien dans un propos qui fuse comme coups de bottin dans un commissariat, ou plutôt comme immersion de crabes à la mer, sa vision de l’honnête cambrioleur et de la lupinose devient particulièrement éclairante.

1) Ton nom, ton surnom plutôt, semble inextricablement lié à l’histoire du rock dit alternatif dans les années 1980 et 1990. C’était quoi ce mouvement musical ? Il vient d’où ce surnom ? Du frigidaire ?

Mes parents étaient des ouvriers chrétiens purs et durs, très stricts sur le plan de la morale et du respect des autres. Ils ont très mal vécu ma découverte du punk rock anglais. Quand je sortais, le téléphone sonnait régulièrement avec une voisine scandalisée au bout du fil car elle m’avait vu acheter un pack de bière au Goulet-Turpin. Quand le premier EP de Parabellum est sorti, ma Mère a exigé un surnom. Même mon prénom imprimé leur fichait la honte. A l’époque, je portais un grand imper de l’armée américaine et, comme « Géant Vert » était le surnom des paras U.S. en Normandie, j’en ai fait le mien, un peu comme un pied de nez. Un peu plus tard, je suis tombé sur une boîte de conserve avec un gros balaise à l’air content d’être idiot dessiné dessus. J’ai pris un grand coup au moral. Depuis, je suis en dépression nerveuse car dans conserve, il y a con…

Pour ce qui est de l’étiquette alterno, déjà, ce n’est ni mon idée ni ma volonté, donc je m’en tape. A l’époque, quand le terme est apparu, j’expliquais au gens que le courant alternatif, c’était un pas en avant et un pas en arrière. Ce terme restrictif, menteur, voire escroc, est juste une invention marketing de plus, un équivalant du tampon encreur que l’on trouve sur les morceaux de viande.

Ca a surtout été une bonne alternative pour éviter la pauvreté pour les dépositaires de cette appellation qui a tant plus aux jeunes. Comme tous les gens attirés par l’argent, ils n’avaient ni honneur ni remords et, depuis, ils dorment très bien.

2) Ce mouvement est-il lié à l’anarchisme ?

En aucune façon. Ce mouvement a été créé de toute pièce par des jeunes entrepreneurs qui ont su saisir l’opportunité de fonder des S.AR.L. qui sortaient un peu de l’ordinaire. D’un autre côté, je leur suis très reconnaissant d’avoir tout transformé en pognon et ouvert les yeux de toutes ces personnes couvertes de badges « Anarchy » qui ont pu, grâce à tout ça, se reconvertir brillamment en intermittents du spectacle. C’est super de faire du rock « concerné » tout en touchant les congés spectacle malgré l’injustice flagrante qui les empêche de partir en vacances au mois d’août à cause des festivals bien payés.

En remettant les choses dans leur contexte, il n’y avait pas beaucoup d’anarchistes dans le vrai sens du terme dans les lieux où nous avions l’habitude de nous exprimer bruyamment, à commencer par moi. Nous n’y connaissions rien et le concept nous paraissait très embrumé. Autour de nous, les seules personnes un tant soit peu politisées étaient des anciens Trotskystes du 91. Ces personnes étaient bizarres, épais comme un sandwiche SNCF et une violence verbale assez hallucinante. Le genre « camarade choisis ton camp » même pour savoir qui allait dormir de quel côté du lit. Ils me fichaient un peu les jetons avec leur dialectique à cran d’arrêt. Alors que je m’étais réservé le rôle de grand manipulateur des consciences en chef, je me suis retrouvé sans l’avoir désiré en concurrence directe avec des personnes qui manipulaient beaucoup mieux que moi. En moins d’un an, le Parabellum que j’avais imaginé appartenait au royaume des illusions perdues. Maintenant, j’ai toujours un peu de mal à rester calme quand on me tresse les louanges de ce mouvement de « la pensée patronale unique ». Quoi qu’il en soit, je me suis aussi bien débrouillé comme un manche.

3) Parabellum écume encore les scènes de France, de Navarre et même d’ailleurs. Ce groupe occupe-t-il une place à part dans le rock alternatif ? Comment expliques-tu sa longévité et son succès ? Quelle part as-tu pris dans sa création ? Et dans celle de Karbala ?

Si Parabellum peut devenir la Jeanne Calment du punk rock, pourquoi pas ? La plupart des groupes de 76-79 continuent à tourner et personne ne crie au scandale. De toute façon, tout ça, c’est de la faute des Rolling Stones et de Philippe Manœuvre !!! Avec un peu de chance, il y aura bien un musicien punk pour finir comme Molière.

L’idée de faire Parabellum vient d’une paire de textes écrits pour BB Rock, le chanteur des Porte Mentaux. Après les avoir joués, BB m’a pris à part et m’a dit que lorsqu’on écrivait des textes comme ça, on faisait son propre groupe. J’ai pris son conseil au pied de la lettre et monté un projet en papier massif. Le nom vient d’un t.shirt que j’avais fabriqué avec mes petites mains. Les meilleures idées sont toujours celles qu’on a sous le nez. Comme j’étais plutôt influencé par Malcolm McLaren (et tout son fatras d’idées libertaires), je m’étais réservé le poste le plus important à mes yeux : le management à l’anglaise comme Andrew Loog Oldham, Brian Epstein, Bernie Rhodes et, bien sûr, le super agitateur en chef que fut McLaren. Comme j’avais des goûts de luxe, j’ai commencé à faire mes courses parmi les personnes qui m’impressionnaient le plus : Rolland pour la drogue et la culture classique, Cambouis pour son éducation et Schultz pour son sens de la pose entre Steve Jones et Johnny Thunders. Seul le chanteur me posait un problème : un Johnny Rotten connaissant les chansons de Renaud, c’était pas le genre de personne qu’on pouvait croiser tous les jours en faisant ses courses chez Ed. A un moment, sur le conseil de Mickey Cantada, j’ai un peu harcelé le futur Mano Solo pour lui filer le poste. Je n’ai jamais réussi à l’avoir en direct. Il avait une secrétaire qui n’avait pas l’air d’avoir envie de lui passer le message. C’est dommage. Au bout d’un an de bordel (changement de musiciens toutes les semaines, problème de drogue, d’égo et tout le toutim), j’ai finalement fait une belle bêtise en laissant le lead à Schultz. A partir de là, c’était cuit. Non content de lui refiler le poste, je lui ai filé le groupe. Après, les choix des musiciens, les textes interprétés, l’enregistrement, tout m’échappait et Parabellum a terminé dans le mur des deuxièmes couteaux. Schultz aurait dû repartir à zéro en mettant le concept à la poubelle. Malheureusement, il a été mal conseillé. Après, je suis revenu, reparti, revenu, et tous ces multiples allers-retours ont achevé d’embrouiller tout le monde. Parabellum est devenu, non pas un groupe incontournable comme nous l’aurions souhaité, mais une usine à gaz incompréhensible.

Karbalâ, c’était sympa., je pouvais enfin faire ce que j’avais envie de faire : de la chanson à texte. Malheureusement, ça a aussi été l’occasion de découvrir un truc vraiment chiant : les répétitions en veux-tu en voilà. Ca, ça m’a vraiment collé le bourdon. Un concert, c’est un truc unique, une performance qui ne doit pas se reproduire deux fois à l’identique. Tout le contraire d’un disque qu’on écoute, écouté, écoute et c’est toujours la même chose. Une répétition, c’est « ein, swei, drei, vier » pendant trois plombes en se regardant en chien de faïence. Donc, ça s’est aussi mal terminé.

Quand je pense que les membres du groupe ne comprenaient pas le nom ! On avait juste que quinze ans d’avance sur la deuxième guerre du Golfe. Le nom fait référence aux offensives Iraniennes lors de la guerre Iran-Irak. C’était une époque formidable où le gouvernement français vendait des armes aussi bien à Saddam Hussein qu’à Khomeiny tout en s’occupant des pourparlers pour mettre fin au conflit. On a toujours eu des politiques surchargés de travail. Avec un tel emploi du temps à l’étranger, il était normal que le gouvernement ne trouve pas le temps de s’occuper du chômage en France.

4) Quel est ton regard, sans jouer les anciens combattants bien sûr,  sur la scène « alternative » (punk-rock, ska, oï, etc.) d’aujourd’hui ? Quelle est ton actualité ?

L’époque est différente. Depuis le chômage des années soixante-dix, toutes les personnes capables de procréer ont éduqué leurs mômes en leur disant que tous les boulots étaient bons à prendre. Ces dix dernières années, on a vu défiler le résultat de leurs éjaculations sur les scènes françaises à commencer par les R&R Friday. La musique telle qu’elle est jouée maintenant, son état d’esprit, n’est rien d’autre qu’une façon de plus de gagner sa vie. Tout ça manque un peu de flamboyance. La flamboyance, c’est ce qui fait la différence entre un groupe d’exception et tout le reste. En 2003 2004, les jeunes groupes qui allaient devenir ce que les journalistes ont appelé les « baby rockers » étaient flamboyants. Très vite, après que les adultes les eurent pris en mains, ils étaient devenus des groupes comme les autres.

Parabellum, maxi 45 tour, 19865) On trouve la chanson Cayenne dans le répertoire des Parabellum. Certains en attribuent les paroles à Aristide Bruant alors que tu es à l’origine de la retranscription et de la popularité de ce texte. Comment as-tu découvert ce morceau ?

Parabellum Cayenne

C’était un refrain très populaire aux Puces de Clignancourt. C’est Rolland Adenot, un vieux titi (il avait au moins quarante ans en 1984) qui me l’a apprise. Dès qu’il voyait des bleus, il se mettait à chantonner « Mort aux vaches ». Quand j’ai voulu amener le titre à Parabellum, Rolland ne se rappelait pas des paroles, et j’ai dû improviser à partir de quelques phrases. Apparemment, je ne suis pas trop mauvais dans l’exercice de la restauration quasiment à l’identique. Par contre, j’ai un peu de mal pour me rappeler ce que j’ai écrit et ce qu’on m’a appris. Il faudrait que je consulte mes carnets.

Pour Aristide Bruant, il l’a jouée et certainement adaptée à sa sauce. Par contre, j’ai toujours entendu dire que le titre n’était pas de lui et venait des années vingt ou trente. Vu que Bruant est mort en 1925, c’est possible. Pour le reste, la transmission des refrains populaires se faisait de façon orale au hasard des déplacements de population. Il y avait forcément des adaptations locales, des oublis, des plagiats manifestes, etc. A la fin, il pouvait y avoir cinquante versions à partir de la même comptine. Exactement comme dans le blues du delta. A l’époque, seuls les plus grands succès populaires étaient retranscrits sous forme de feuilles de chant vendues dans la rue et, je me répète, la mémoire du chanteur pouvait être défaillante. A ce propos, j’ai lu quelque part que le texte semblait avoir été écrit par une personne qui ne connaissait pas trop Paris. Je ne comprends pas. Est-ce rapport au cimetière près de la Porte Saint-Martin ? C’est vrai que ce cimetière ouvert au XVIIème siècle pour les Protestants étrangers a été rapidement fermé en 1762, d’où une éventuelle interrogation sur le passage en question. Mais, il est aussi très possible que la trame de « Cayenne » soit une chanson populaire remontant plus loin en arrière et réactualisée au début du XXème siècle pour les besoins de la cause. Dans la version « pieds noirs » que j’ai filée au groupe « Les Amis de ta Femme », le dernier couplet – même si je le trouve génial, ne peut absolument pas provenir de l’épitaphe d’une pierre tombale d’un Protestant ! En fait, je ne pense pas que nous aurons la réponse un jour. C’était juste une chanson qui remplaçait le Prozac chez les mécontents : on administre la posologie et on oublie.

6) Comment expliques-tu que ce morceau, maintes fois repris par d’autres groupes (feu Les amis d’ta femme notamment), soit devenu une espèce d’hymne ? Cette popularité ne serait-elle pas induite par le refrain que l’on entend régulièrement en manif ou dans les concerts ?

Ben tient ! Tu m’étonnes que le refrain y est pour quelque chose. C’est purement et simplement une suite de mots qui confine à l’orgasme !  Simple et efficace comme un coup de pied dans les noix. Enfin, ça, c’était avant que les impôts ne servent à équiper les flics avec des Flash-ball. C’est une chanson en Mi majeur, ce qu’il y a de plus grave sur un manche de guitare. C’est une tonalité pour des gens comme Edith Piaf ou Elvis Presley. Quand on envoie le Mi majeur d’office, il ne peut en sortir que quelque chose de fort. Essayez de la jouer dans une autre tonalité, un Ré mineur ou un La, l’intensité sera radicalement différente : trop musicale, trop pop. Le secret, c’est le Mi grave qui impose un texte qui ne se chante pas mais qui se hurle du fond des tripes. Putain merde ! Le mec, il est à Cayenne, pas au Club Méd ! Cette chanson est pour moi un des rares titres à retenir de Parabellum. Tout le reste manque de relief. Remarque, faire sa carrière sur un titre pareil, c’est gonflé.

7) Tu nous as dit aussi avoir été marqué, dans ce texte, par la phrase « jeunesse d’aujourd’hui ne faites plus le con car pour une simple connerie on vous jette en prison ». Nous avons souligné cette phrase dans notre article sur la chanson Cayenne parce qu’elle résume finalement la prégnance répressive tout au long de l’histoire des groupes sociaux montrés comme fauteurs de troubles, donc vecteurs d’insécurité. Ce passage de la chanson fait-il simplement référence pour toi à un moment de ta vie ?

C’est ce passage qui avait retenu mon attention la première fois que je l’ai entendu. Ces deux vers résumaient tellement ce que je pensais après les passages au tribunal pour répondre de mes âneries. C’est dur de se faire gauler, mais pas autant que de devoir justifier des trucs à cent balles devant des mecs en robe. Comment expliquer à ses gens qui me culpabilisaient en public que je me sentais uniquement coupable que de m’être fait gauler ? La découverte de cette chanson a été une véritable psychothérapie gratuite.

Quand Parabellum a commencé à la jouer, la sauce a pris tout de suite. Il y avait une réelle réactivité du public même si ce dernier l’entendait pour la première fois. C’était pareil pour « Amsterdam ». Comme quoi un bon texte fait la chanson et pas le contraire avec des mots juste posés sur une mélodie. C’est d’ailleurs pour ça que je précise toujours que j’écris des textes et que je ne suis absolument pas parolier. Au début, il y avait toujours quelque chose qui survenait pendant l’exécution : arrivée de la police au Plan de Ris-Orangis ou bagarre monstre à Saint-Étienne. Avec ce genre d’évènements récurrents, la réputation de Parabellum en a pris un coup. Les gens nous ont vu comme un groupe différent mais pas tout à fait dans le bon sens du terme. Avec le recul, c’est là que je vois l’erreur de ne pas avoir cherché plus longtemps un chanteur capable de canaliser tout ça par sa présence. Schultz était trop comme un gosse tout content de dire son premier gros mot. Sur le plan collectif, on a tous un peu merdé. Nous n’avions décidément pas les épaules pour manier un tel symbole. Trop sexe, drogue et rock & roll et pas assez mature. Sinon, on a tout de même bien rigolé en la faisant.

8 ) Tu as repris pas mal de chansons réalistes de la Belle Époque et de l’Entre-deux-guerres. Pourquoi ? Les textes de Bruant, Jouy, Montehus ou Couté sont-ils meilleurs que ce que l’on peut entendre aujourd’hui ?

En 1976, je suis devenu fan des Sex Pistols après avoir lu le premier couplet d' »Anarchy in the UK » dans un journal. Comme ça ! Sans photo à regarder et sans disque à écouter. Après, je me suis mis à collectionner les citations du groupe et de McLaren : tout le monde peut être une star, fabrique ton propre look avec le contenu de la poubelle, être unique, irrespectueux et tout le tralala. J’étais vraiment client pour ce genre de bourrage de crâne. En même temps, j’écoutais Renaud qui était beaucoup plus moderne que Léo Ferré, Brassens, Jacques Brel ou Jean Ferrat. Un soir, à Bobino, j’ai assisté à un concert de Renaud avec une deuxième partie où il interprétait des chansons réalistes. Ca m’a scotché et me suis mis à m’intéresser au sujet. Un peu plus tard, Gaële Gougnaf m’a trouvé aux puces de Montreuil un 33 tours de Jacques Marchais « On a chanté les voyous » avec des titres fantastiques comme « La chanson Des Pègres » ou « Monte à r’gret ». Toutes ces chansons avaient des ritournelles simples comme le punk et surtout des textes en béton armé. A force de m’entendre dire par mon entourage que punk signifiait au choix : paumé, rien du tout, abruti, j’en passe et des meilleurs, l’idée m’est venue de m’inspirer de tout ça pour tenter d’intellectualiser un peu la véritable catastrophe humaine que j’avais l’impression d’être aux yeux du monde. Ca a plutôt bien fonctionné : depuis sa mort, ma Mère ne m’a fait aucune réflexion désagréable.

Une chose que j’ai retenue de McLaren est cette citation où il justifie le côté ultra offensif des Sex Pistols en arguant que si il n’y avait pas autre chose en plus de la musique, le rock serait mort depuis longtemps. C’est tellement juste. Quelques accords ne font pas de grandes chansons. Il faut autre chose que des refrains scandés à l’envie ; il faut juste raconter une histoire qui tient la route. Pour ça, la chanson réaliste et tous les Montéhus de la Terre ont parfaitement accompli leur mission. Pour le reste, ouvrir sa gueule est quelque chose qui se mérite. C’est une prise de risques et, pour un chansonnier qui se fait entendre, on trouvera toujours deux cents personnes pour lui crier « ta gueule ! » Ecrire de bons textes est quelques fois difficile à assumer. Cela amène une certaine notoriété et un rôle à jouer en société. Etre prêt à jouer ce rôle peut être un véritable casse-tête sachant que la dureté de la chute est proportionnelle à la célébrité. J’ai croisé quelques personnes qui me racontaient leur manif, qu’ils s’étaient fait charger par la police après avoir chanter « Cayenne ». Ca me mine d’apprendre que des gens se sont fait frapper à cause de mes (brillantes ?) idées. J’aime bien la subversion mais de manière égoïste : si je dois me faire taper dessus à cause d’un truc que j’ai dit ou fait, c’est mon problème et je ne souhaite pas le partager avec quiconque.

Si une révolution doit arriver dans un proche avenir, je ne pense pas que je serai d’une aide extraordinaire sur les barricades. Par contre, s’il faut quelqu’un pour écrire la B.O. du film, je suis preneur.

9) Tu as chanté justement A la roquette, A Saint Lazare et La Veuve. La prison, l’enfermement sont-ils des thèmes récurrents de ton répertoire ? penses-tu à l’image d’Alexandre Jacob dans sa lettre ouverte à Georges Arnaud en 1954 que « les pratiques pénitentiaires françaises correspondent plutôt à une bonne vieille barbarie qu’à une civilisation » ?

L’enfermement, c’est vraiment un concept inventé par des gens qui comptaient bien ne pas trop en bénéficier. Je fais très certainement une fixation sur le thème de l’enfermement mais toute ma vie, on m’a répété que j’étais trop grand, que je prenais trop de place, que je faisais de l’ombre, pas assez discret, etc. Hé bien oui, j’aime les grands espaces, j’aime la possibilité de dire ce que je pense, j’aime profité de l’instant et, non, je ne supporte pas d’être enfermé dans la pièce du fond même si, au final, je préfère la solitude aux hommes. Cela résume assez bien toutes mes contradictions et mon penchant pour l’anarchisme à tendance bordélique et vice-versa.

Quant à la lettre de Jacob, m’est-il permis de la remettre dans son contexte : le bagne, la guillotine, des policiers qui pensaient aussi que les bandits avaient de l’honneur, etc. ? Maintenant, tout est différent, les jeunes s’expliquent à la Kalashnikov pour des histoires de shit et personne n’ira piquer un automate pour en distribuer le contenu dans un quartier défavorisé.  Le temps où vivait Jacob nous a valu de bien jolies chansons mais je ne suis pas nostalgique de la peine de mort. Quel intérêt de faire concurrence à Bruant, Montéhus, Jules Jouy et tous les autres s’il faut la rétablir pour améliorer le niveau d’écriture des chansonniers ? Pour ma part, si je fais sonner mes mots un peu à l’ancienne, c’est vraisemblablement parce que ma bibliothèque n’est pas très riche en écrivains récents. Et puis, aimer les écrits du passé ne fait pas de moi un rétrograde. Je trouve juste que ces chansons racontent vraiment des bonnes histoires qui, mine de rien, font sérieusement réfléchir en plus d’apporter un peu de bon temps. Tout le contraire de ce que je peux ressentir en écoutant Noir Désir ou les BB Brunes. Enfin, pour ce qui est de mon talent d’interprète de chansons réalistes, disons seulement qu’un jour j’ai eu le choix d’en devenir un mais que j’ai préféré prendre la casquette.

Pour ce qui est de la justice, en tant que Français, je ne m’en plains pas. Notre non-voyante innove sans arrêt. Par exemple, on sait depuis l’hormone de synthèse, que si la France avait à refaire le procès de Nuremberg, les cas des bombardements de Dresde et d’Hiroshima seraient classés en homicide involontaire. C’est intéressant à savoir pour les militaires. Hé puis, voler les plus pauvres pour donner aux plus riches est un exercice toujours accueilli avec bienveillance dans les prétoires. Comme quoi les juges n’ont rien contre le partage des richesses, bien au contraire.

10) On présente bien souvent Alexandre Jacob comme l’inspirateur de Maurice Leblanc pour la création d’Arsène Lupin. Cette « lupinose » dévalorise de fait le personnage réel en en faisant un aventurier plus extraordinaire que la moyenne mais elle fait fi de l’anarchisme de l’honnête cambrioleur qu’il fut. Quel est le regard que tu portes sur l’illégaliste et son parcours.

L’illégalisme, c’est mon petit jardin secret. Suis-je dedans ou bien ailleurs, il faudrait plutôt demander à la fée Sibylline. J’y mets néanmoins un bémol sur le plan politique dans le texte de la chanson « Jet Set »; par contre, vivre sa vie à l’image de celle d’Alexandre Jacob semble être le pied absolu. En rêvant un peu, qu’est-ce que j’aimerais braquer la pyramide du Louvre pour l’installer au beau milieu de la cité des 4000 ! Enfin, ça, je ne l’ai pas encore fait car l’engin risque de me poser quelques problèmes pour sauter le portillon du métro afin de me rendre à la Courneuve.

Je ne suis pas partisan d’en vouloir à Maurice Leblanc. C’est tout de même un peu grâce à lui que le souvenir de Jacob perdure. S’il s’était davantage inspiré du personnage, je ne crois pas que les aventures d’un prolo-cambrioleur auraient eu le même succès auprès du lectorat de payant. Mon Dieu, pouvez-vous imaginer Arsène Lupin avec une casquette et un foulard rouge en train d’échanger le collier de la comtesse contre du lard et des patates pour nourrir le peuple ? Tout cela sonnerait aussi crédible que Terminator descendu sur Terre pour coller les affiches d’Olivier Besancenot. Restons sérieux et continuons de considérer Lupin comme un personnage de fiction d’origine inspirée.

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