Barrabas 34477 + 300


les cellules de la réclusion à Saint JosephSi vous remplacez Marius par Martine, vous obtenez les ordinaires aventures d’un aventurier. Plus les extras. C’est ce que l’on retrouve dans ce cinquième papier de l’ancien colonel « qui ne désarme pas », et dans les cinq autres consacrés « à la découverte de Marius Jacob ». Marius et les marins. Marius et les pirates. Marius et les anars. Marius apprenti terroriste. Marius et les voleurs. Marius chez Pierre Loti. Marius à Pont Rémy. Le procès de Marius. Et, ici, Marius et les bagnards, la vengeance de Marius, Marius s’évade, ou encore la libération de Marius. Cette série d’articles, parus dans La Nouvelle République du Centre Ouest en juin 1993, permet de faire la promotion de l’exposition que le président de l’office du tourisme de Reuilly consacre à l’illégaliste. Elle est reconduite en 2004 à l’occasion de l’inauguration, le 23 octobre, de l’impasse portant le nom du bandit assagi. Monsieur C.N. s’inspire, dans les lignes qui suivent, directement du Jacob de Bernard Thomas, paru chez Tchou en 1970 pour décrire la geste de son Marius au bagne. C’est peut-être pour cette raison que « Monsieur le professeur » commet la même méprise en donnant au forçat Jacob, dont Marius n’est que le deuxième prénom, un faux numéro de matricule. Retenons aussi la libération « retardée » d’un an de l’anarchiste. Mais là, la faute est due à Alain Sergent (voir notre précédent article). Au total, nous retrouvons, outre les approximations, une vision rapide de l’institution pénitentiaire coloniale, créée non pas en 1852 mais deux ans plus tard. Mais est vrai qu’il ne s’agit que d’un article de presse martinien sur les péripéties de Marius.

 

exposition Jacob, partie sur le bagne, Reuilly 1993Nouvelle République du Centre Ouest

juin 1993

A LA DECOUVERTE DE MARIUS JACOB

La hâte de découvrir l’enfer … puis de fuir

V – En fermé en Guyane, Marius Jacob découvre l’ambiance inhumaine des cachots. Il retrouvera la liberté en 1928 après quelques pétitions.

Le matricule 34477 avait écrit à sa mère au soir du procès d’Orléans en 1905 : « J’ai hâte d’être rendu au bagne, pour le voir avec ses grandeurs, ses lâchetés, ses passions et ses révoltes ». Enfermé à l’île de Ré, pour rejoindre la Guyane, Jacob va connaître immédiatement l’ambiance d’un lieu, d’une société en marge, où tout se vend, tout s’achète, tout se répète.

Les fiers-à-bras, les caïds, les porte-clés, parallèlement à la discipline du régime pénitentiaire, dirigent, décident et restent maîtres de la nuit dans les cellules. Un soir, comme on venait de servir la soupe, l’un des porte-clés interpelle Jacob : « C’est toi le roi des voleurs ? Tiens, voilà ce que j’en fais ! ». Et il crache dans l’écuelle. Jacob est prêt à bondir, mais le gardien est là, braquant déjà sur lui son revolver.

L’apprentissage d’un monde étrange, cruel, sans scrupule, est une obligation si l’on veut dire. Enfermé avec deux autres forçats dans une cage spéciale, au bord de « la Loire », Marius Jacob endure une traversée de plus de quinze jours. Classé dans la catégorie des « individus dangereux à garder sous une surveillance constante », il est conduit dès son débarquement à l’île Saint Joseph, véritable camp d’extermination où les cachots sont redoutés.

Les îles du Salut : île Saint Joseph, île du Diable et île Royale, constituent l’un des lieux du bagne réservés aux politiques, aux aliénés, aux dangereux. Pendant dix-neuf ans, Jacob résistera aux mouches, moustiques rouges, fourmis noires, au paludisme, à la dysenterie, aux fièvres sans nom de ce coin du monde où les médecins ne donnent pas plus de cinq ans à vivre.

La jungle ou la mer

Une idée dominatrice ne le quitte pas un seul instant : « faire la belle », c’est-à-dire s’évader. De cette terre hostile, devenue bagne depuis 1852, on ne peut s’enfuir qu’en s’enfonçant dans la jungle ou par la mer. La jungle, c’est la forêt inextricable, la vermine, les vasières et les indiens qui ramènent l’évadé contre une maigre récompense. Côté mer, la chose n’est pas plus rassurante. Les requins, les contre-courants constituent les gardiens naturels. Sur vingt-cinq préparées, une seule évasion réussit.

Et pourtant, dix-sept fois Jacob étudie un plan d’évasion. Il devient la bête noire de l’administration. Et le commandant Michel, directeur des îles du Salut, reconnaîtra dans ses confessions : « Pendant des années, il m’a tenu tête ». Envoyé chaque fois au cachot, Marius en ressort effrayant de maigreur, presque mourant, mais debout ace un mépris certain de la mort. Il en fera au total huit ans et onze mois sur dix-neuf ans de bagne.

L’avocat des autres

Sa deuxième préoccupation porte sur le droit. Sa mère lui expédie des livres qu’il lit, relit, dévore, étudie. Il accable l’administration de demandes, de réclamations, s’adressant au gouverneur, au ministre des colonies. Ses connaissances juridiques l’amène à se faire l’avocat des autres et même à se faire punir pour cela. Son prestige en ce monde vicieux grandit en raison de sa tenue et de l’éloignement qu’il marque vis-à-vis des mœurs coutumières du bagne.

Ses impressions, ses fatigues, parfois ses doutes, Jacob les transmet à sa mère dans une copieuse correspondance d’au moins deux cent quarante lettres d’une écriture serrée, parfois illisible : « La mentalité d’un homme qui souffre, écrit-il, ne peut être la même que celle de cent qui jouissent et rient ».

C’est au bagne que Marius va tuer. Au cours d’une promenade, il rencontre un bag nard qui ressemble à celui qui a craché dans sa soupe à l’île de Ré. L’intéressé sera porté manquant à l’appel du soir …

Peine réduite

Pendant ce temps, en France, Marie Jacob, sa mère, s’active, cherche des appuis. Vers 1922, le bagne est en vedette dans les journaux. Albert Londres, Le Fèvre, Roubaud, le visitent. Après quelques pétitions, la peine de Jacob est ramenée à cinq ans de prison, puis à deux ans. Et le 30 décembre 1928, devant la porte de la prison de Fresnes, une petite vieille femme enveloppée dans un châle noir attend. Son fils, Marius Jacob, doit sortir et retrouver la liberté.

C.N.

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