Jacob et les hommes de robe


Assiette au beurre 12 octobre 1901, dessin de JossotLe principal accusé du procès de la « bande sinistre » ne manque pas d’égratigner dans ses déclarations et réparties cinglantes les gens de justice. Car ils sont, à ses yeux, des garants de cet ordre bourgeois honnis. N’a-t-il pas écrit sur un billet négligemment laissé dans la demeure du juge Hulot au Mans, le 9 juin 1901 : « Au juge de paix, nous déclarons la guerre ». Le message est signé Attila. A Amiens, Jacob assume pleinement ses actes. La déclaration qu’il fait sur les magistrats est la deuxième qu’il arrive à placer lors des débats de la cour d’assises.

Procès d’Amiens

1e audience

8 mars 1905

Le président s’adressant au principal accusé lui dit :

– Jacob, levez-vous !

L’accusé – Non Monsieur !

– Découvrez-vous alors !

Vous êtes bien couvert, vous, répondit Jacob qui garde son chapeau sur la tête

 

Assiette au beurre, 14 novembre 1903, dessin de Steinlen2e audience

9 mars 1905

Vol à Liège

Une déclaration de Jacob                                            .

II a à placer une nouvelle déclaration. M. le président veut remettre celle-ci à plus tard, mais Jacob insiste:

« Malgré les progrès réalises, dit-il, l’homme est toujours un loup pour l’homme. Il s’arroge le droit de juger les hommes. Mais il ne met sa justice qu’au service des riches contre les pauvres. Il y a un siècle, les pénalités étaient atroces et cependant il n’y avait pas moins ­de crimes que maintenant. Au contraire. Donc, ce n’est pas en punissant qu’on empêche la perpétration des crimes. Le magistrat ne punit que pour défendre ses sinécures. »

Les magistrats ne peuvent subsister que dans une société corrompue. Jacob regrette de n’en avoir pas dévalisé davantage.

 

4e audience

11 mars 1905

– Vos réflexions sont insolentes, dit M. le procureur général.

– Insolentes, réplique Jacob, c’est tout ce que vous trouvez pour excuser votre conduite !

 

Assiette au beurre 9 mars 19075e audience

13 mars 1905

Jacob  – Monsieur le président, vous faites erreur. Pour envoyer des gens à l’échafaud ou au bagne, vous êtes compétents. Je n’en disconviens pas ; mais en matière de cambriolage, vous n’entendez rien. Vous ne m’apprendrez pas mon métier.

 Jacob – Monsieur le Président, vous avez oublié dans votre énumération le vol commis à Cholet. C’est nous qui l’avons commis et il y a deux innocents qui ont été condamnés pour ce Fait. La voilà votre justice !

 Lazarine Roux, hors d’elle, lance des paroles que l’on comprend mal et qui amène le Président à lui dire : « Vous avez quinze ans de plus que Jacob ». Jacob de nouveau bondit de sa place : « Et quand vous prenez des petites filles de quatorze ans, vous. On les connaît les mœurs des magistrats ! « 

Amiens, le 14 mars 1905

Le procureur général près la cour d’appel d’Amiens à M. le Gardes des Sceaux

(…) La cour y faisant droit a rendu un arrêt ordonnant l’expulsion des accusés Jacob, Bour, Pélissard, Sautarel, Baudy, Clarenson, Ferré, Vaillant pour toute la durée de la session.

Dès les premiers jours , l’accusé Jacob a manifesté une insolence que M. le Président des assises, dans l’intérêt de la liberté de la défense, a bien voulu ne pas réprimer. Au-jourd’hui elle a dépassé toutes les limites et j’ai été de la part de ce bandit l’objet des plus gra-ves insultes. Au moment où l’incident s’est produit, Jacob donnant le signal, a poussé des cris répétés de « Vive l’anarchie ! » que ses co-accusés ont entonné avec lui sur l’air des lampions. (…)

 

 

Sources :

         Archives de la préfecture de police de Paris, EA/89, dossier de presse « Les bandits sinistres« 

–    Archives Nationales, BB18 2261A, dossier 2069A 03

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