Je vous écris de Saint-Laurent

Le décret présidentiel du 6 août 1929 ordonne la libération du forçat 37664. L’intense campagne menée par le Secours Rouge Internationale et le Parti Communiste a porté ses fruits. Ou presque… Paul Roussenq est libre ; il signe aux îles du Salut le procès-verbal de notification de la mesure de clémence le 30 septembre. Roussenq est désormais forçat de 4e catégorie 1e section ; il porte matricule 16185. Pour autant la fin des travaux forcés ne signifie pas le retour en France. L’article 6 du décret-loi impérial du 30 mai 1854 impose un temps de résidence dans la colonie, égal à celui de la condamnation si celle-ci est inférieure à huit ans. C’est ce que l’on appelle le doublage. Au-delà d’une peine de huit années, la résidence obligatoire devient perpétuelle. Paul Henri Roussenq, condamné à vingt ans en 1908, n’est ainsi que libre de végéter à Saint-Laurent où il débarque au début du mois d’octobre. L’honnête homme, qui a passé plus de onze ans dans les cachots de l’île Saint-Joseph, doit théoriquement se signaler aux services de police de la colonie deux fois par an et ne pas se trouver autre part que dans la commune pénitentiaire. Il doit aussi subvenir par lui-même à ses besoins.
Dès le 5 septembre, L’Humanité exige son retour en métropole ; la campagne en faveur de L’Inco reprend de plus belle ; elle est relayée en province par les organes de presse régionaux affiliés au PCF. Elle ne manque pas de s’offusquer d’un retard estimé volontaire pour transmettre la nouvelle de la libération et d’égratigner au passage la SFIO et la Ligue des Droits de l’Homme qui, pourtant, a multiplié les demandes de recours en grâce et les courriers en faveur du bagnard réfractaire. Pendant cinq numéros du 7 décembre 1929 au 4 janvier 1930, La Provence Ouvrière et Paysanne est l’un de ces organes de presse instrumentalisant Roussenq pour en faire une victime de la bourgeoisie et du système militaro-capitaliste. Paul Roussenq est un héros de la classe ouvrière.
En publiant une dizaine de lettres du bagnard, restées jusqu’à présent inédites, le journal nous donne un document important sur la vie misérable des libérés à Saint-Laurent-du-Maroni, « libre(-s) de crever de faim ou de se pendre », sur l’organisation de la commune pénitentiaire mais aussi sur le cimetière de la ville ou encore sur les violences des surveillants militaires, sur la lourdeur des règlements, des obligations et des interdictions imposés aux hommes punis, etc. il nous renseigne sur l’importance des réseaux de soutien pour la survie du bagnard. Bien sûr, Roussenq exagère quand il raconte coucher dehors pour éviter l’infect asile de nuit alors qu’il dort dans une chambre louée rue Jean-Jacques Rousseau, dans le quartier des libérés. Il oublie au passage de mentionner l’aide de 200 francs mensuel que lui accorde le SRI. Mais son témoignage demeure particulièrement éclairant. Albert Londres écrivait en 1923 que « le bagne commence à la libération »[1]. Ici Roussenq lui emboite le pas : « Me voilà donc au bagne N° 2 » !

La Provence ouvrière et paysanne
7 décembre 1929
VICTIME DES CONSEILS DE GUERRE
Du bagne numéro 2
PAUL ROUSSENQ relate la vie misérable des « libérés »
Il y a quelques mois, la presse émergeant aux fonds secrets s’évertua à écrire que Paul Roussenq était « gracié ». La vérité était tout autre.
Paul Roussenq qui est au bagne depuis 1908 pour avoir brûlé 40 francs d’effets militaires, venait de « bénéficier » des neuf mois qui lui restaient à faire. C’est que nos bons bourgeois appellent une « grâce ». Certes, à ce moment-là, on s’est bien gardé de dire que Roussenq, victime des conseils de guerre, était astreint à la résidence forcée, ce qui équivaut au bagne numéro 2, comme d’ailleurs nos camarades lecteurs l’apprendront en lisant les lettres émouvantes de Roussenq lui-même que nous a transmises sa bonne mère.
ILES DU SALUT, 30 septembre 1929
Chère mère,
Le sémaphore des Iles du Salut où je suis employé, vient de recevoir un télégramme provenant de Cayenne et qui annonce que, par décret du 6 août 1929, le Président de la République me fait remise du restant de ma peine (neuf mois).
« ROUSSENQ, ajoute le télégramme, est versé dans la 4e Catégorie, 1re section, en prendra le numéro matricule 16.185. »
C’est à dire que je ne peux rentrer en France ; que le forçat « intra muros », condamné à 20 ans de travaux forcés N° 37.664, devient le forçat hors les murs condamné au bagne perpétuel qu’est la libération dans un trou entouré par la brousse, en l’occurrence St-Laurent du Maroni. J’aurais préféré Saint Gilles.
Encore une grâce au compte-gouttes. Je ne doute pas que le prolétariat français ne juge sévèrement cette parodie de clémence.
C’est carrément se moquer de la volonté populaire. Le Conseil Général du Gard (à l’unanimité) des conseils municipaux, une foule de groupements, comités, sections et nombre de journaux – sans compter les pétitions – n’ont-ils pas réclamé MON RETOUR EN FRANCE ?
Alors pourquoi ce geste mesquin et inutile ?
Espère- t-on qu’avant de céder au vœu unanime, je laisserai mes os dans le cimetière
à la Guyane.
C’est à croire.
Le bruit se répand dans le pénitencier qua je. suis « gracié », chacun de me féliciter, de me dire : « Tu vas rentrer en France ? Je les détrompe amèrement. Et. chacun de s’en indigner.
Ils savent bien que je suis ici, au milieu d’eux « pour la peau » (pour rien) et depuis plus de vingt et un ans !
Ça les dépasse !
On me fait signer un procès-verbal de libération.
ILES DU SALUT, 1er Octobre 1929
Je suis mis en cellule Jusqu’à mon départ pour St-Laurent, capitale et tombeau des libérés.
On prétend, en effet, qu’étant libéré je ne dois pas côtoyez les hommes en cours de peine : ne mélangeons pas les serviettes avec les torchons !
Ils ont du souffle.
En réalité, je me morfonds, gratuitement entre quatre murs.
Drôle de libération !
2 Octobre.
On me fait aller à la caisse où je perçois la somme de 141 fr. 93 centimes, produit de mon pécule !
Bon garçon et généreux, le caissier me donne deux centimes en plus.
Me voilà riche…
3 Octobre.
A six heures du soir un surveillant m’accompagne jusqu’au bateau.
J’embarque sur l’« OYAPOC » auquel Albert LONDRES fit une réclame dont son capitaine fut médiocrement satisfait.
En route pour Saint-Laurent !
EN MER
Je fais route avec un déporté dont la peine perpétuelle est commuée en celle de 20 ans de détention. C’est un brave bonhomme, nommé LALLEMAND, âgé de 65 ans. Il me raconte ses peines et je l’écoute. Quant à moi, je ne peux en « placer une ».
La mer est bonne, ls temps est doux et le ciel étoilé.
Après avoir pénétré dans l’embouchure du fleuve « MARONI » et l’avoir remonté pendant deux heures, nom arrivons en vue de Saint-Laurent.
En face le port, le vapeur « EDITH CAVEL » qui se brisa sur une roche, il y a trois ans, dresse au-dessus des flots sa carcasse ravagée.
Je prends pied sur l’appontement.

SAINT-LAURENT DU MARONI, le 4 Octobre
À peine débarqué, j’aperçus tout le long de l’appontement une foule de libérés venus là dans l’espoir de décharger le bateau, mais s’il y a beaucoup d’appelés, il y aura peu d’élus.
Il y a là plusieurs centaines de pauvres hères, vêtus de haillons et pieds nus. Sur leur visage cadavérique, se lit la faim qui les tenaille.
À mesure que je pénètre dans le village, j’en rencontre d’autres déambulant ou bien seuls, en groupe sur l’herbe. Je savais ça et je ne m’en étonne pas.
On me délivre la tenue de sortie des libérés : un complet bleu, une chemise, un chapeau de feutre et des galoches. Après cela, il ne faut plus compter sur rien. Ainsi fagoté et le mince pécule en poche, on est complètement libre de crever de faim ou de se pendre, à moins que l’on vole et que l’on rapine Si l’on se fait prendre, on a le vivre et le gîte à la prison des libérés, quand on ne retourne pas au bagne N°1.
Belles perspectives !
Parmi ces misérables, quelques-uns reçoivent des secours de leur famille, ce qui leur permet de subsister. Quant à trouver du travail, il ne faut pas y songer.
Sur 600 libérés qui végètent à Saint-Laurent, il y a du travail pour une centaine et encore pas régulièrement Les débrouillards sont ceux qui jouent des coudes pour se faire embaucher au déchargement des rares bateaux qui arrivent ; ceux qui peuvent acquérir un canot pour faire la pêche dans le fleuve ; les ouvriers qui ont un métier, les peintres, maçons, serruriers, ferblantiers, boulangers, tailleurs, etc.
D’autres s’établissent gargotiers, cordonniers, coiffeurs, brocanteurs, charrons, etc.., dans des cabanes du des hangars. Ce sont les aristocrates du lieu.
En fin de compte, y a dix pour cent des libérés qui ont la possibilité de se livrer à un travail quelconque et assuré.
On m’a remis mon livret de libéré. Il contient une foule de stipulations, défenses, prohibitions, obligations et restrictions qui enserrent le libéré ainsi qu’une mouche au milieu d’une toile d’araignée.
Il me faudrait quatre pages pour les énoncer et une rame de papier pour les détailler. Je le ferai plus tard. On m’a retiré tout mon paquetage de forçat en cours de peine, avant que de me délivrer le costume administratif des libérés – qui n’est pas de rigueur – mais constitue seulement le strict nécessaire pour ne pas sortir tout nu du greffe.
Je dois donc, dans la limite de mes possibilités actuelles, me procurer un deuxième complet de rechange, une chambre et quelques objets et meubles indispensables.
Pour cela, j’ai 140 francs en poche.
Ce ne sont pas les chambres qui manquent. Nombre de maisons (?) en bois séparées de cloisons, en contiennent des quantités, la plupart inoccupées.
Elles sont toutes les mêmes : quatre cloisons de planches, une porte fermant à clef
et une fenêtre fermant avec un crochet (une lucarne plutôt).
Cela coûte 30 francs, par mois de location, payables d’avance.
Voici maintenant mes achats calculés sur ma bourse :
Un hamac pliant ;
Une couverture d’occasion ;
Un complet de rechange ;
Une chemise ;
Une paire d’espadrilles ;
Une table et un banc rudimentaires ;
Une assiette, une cueillère et un verre ;
Une lampe et un couteau.
J’en ai là pour 103 francs, plus 30 francs de chambre.
Ayant acheté de quoi pouvoir écrire après avoir mis de côté trois francs pour des timbres, il me reste 1a somme de 15 francs en poche, ayant vendu mes galoches que Je ne puis porter.
Le courrier va arriver vers le 15 ; j’ai trente sous à dépenser par jour jusque-là. Si je ne reçois pas un mandat de secours, Je ne me vois pas blanc.
Aujourd’hui, un camarade libéré que j’ai connu aux Iles. m’a invité à partager son repas, d’autres m’ont retenu pour ce soir et demain.
Au sein de cette affreuse misère, il y a des gestes de solidarité. (A suivre).

La Provence ouvrière et paysanne
14 décembre 1929
« Il est clair que le Gouvernement ne veut pas me voir en France »
Déclare la noble victime des Conseils de guerre
Les Hebdomadaires Communistes du Midi ont commencé la publication des premières lettres adressées par Paul Roussenq à sa mère, dès sa « libération » du bagne numéro 1.
Parmi ces lettres, il en est une où le « libéré numéro 161.85 » décrit à ses amis la misère atroce qui attend tous les malheureux rejetés du bagne. (Cette lettre nous l’insérerons à son heure). En conclusion, il lance un cri d’appel : au secours.
Cet appel a été entendu aussi bien par le Comité Central du S.R.I. que par les militants de Nîmes lesquels, en accord avec la mère Roussenq, ont expédié de l’argent, du linge de corps, des effets, des livres, etc., etc.
Mais cela ne suffit pas.
Que chacun de nous continue l’agitation en faveur du retour en France de Roussenq ; que les organisations révolutionnaires votent des ordres du jour dans ce sens et les adressent au ministre de la Guerre ; que partout l’on cite le cas Paul Roussenq, que l’on étale le scandale qu’est le maintien au bagne d’un homme qui a brûlé ses effets militaires en 1908 !
Ce n’est que devant l’attitude résolue du prolétariat que nous arriverons à faire céder le Gouvernement. Donc pour le Retour en France de Roussenq, redoublons d’énergie, multiplions les initiatives, alertons les travailleurs tant que nous n’aurons obtenu satisfaction complète.
Les régionaux communistes et en particulier le « Travailleur du Languedoc » ont mené une vive campagne pour le retour en France de Roussenq. Celui-ci en est. fortement touché et il nous exprime toute sa gratitude dans la lettre reçue par la rédaction centrale à Nîmes que nous publions ci-après :
Saint-Laurent du Maroni
le 15 octobre 1929
CAMARADE REDACTEUR,
On s’est décidé dans les milieux dirigeants de donner un semblant de satisfaction à l’opinion publique en me faisant remise du restant de ma peine : une dizaine de mois.
On a eu l’impudeur de me maintenir la résidence perpétuelle !
Me voilà donc au bagne N° 2 ; j’ai changé de numéro matricule mais ma situation présentement, est encore plus précaire.
Sans ressources, sans travail, sans aide, sans assistance, j’attends…
Ma grâce (?) a été signée le 6 août ; une lettre de ma mère du 23 août me montre qu’elle en est encore dans l’ignorance.
Certes, on ne s’est pas vanté de ce fait d’armes de m’avoir gracié en me maintenant au bagne !
À ce courrier d’octobre je n’ai encore rien reçu, mes lettres ont dû être adressées aux Iles du Salut.
Il me reste à remercier de tout cœur les travailleurs, les militants du Gard et le « Travailleur du Languedoc » pour leurs efforts ininterrompus en ma faveur depuis trois ans.
Il est clair que le gouvernement ne veut pas me voir en France – il ne veut pas de ce témoignage vivant sorti du tombeau.
…
Mais je garde confiance dans la volonté de la classe ouvrière.
Reçois mon cher camarade mon salut fraternel.
Paul ROUSSENQ, libéré n° 16185

Les lettres poignantes de Paul Roussenq à sa mère
Saint-Laurent du Maroni, 6 octobre 1929
Chère Mère,
On vient de me remettre ta lettre du 23 août contenant celles de M. REMY et de mon camarade CLAVEL – et une coupure du journal « LA DEFENSE ».
C’est bizarre qu’à cette date vous n’ayiez pas encore eu connaissance de ma remise de peine.
Je me suis rendu compte de la somme de travail que s’est imposée la vaillante organisation du Secoure Rouge en envoyant communication du dossier de mon affaire à toutes les sections de la Ligue des Droits de l’Homme. Il est évident qu’ainsi que le parti socialiste qui marque une continuelle régression de même l’esprit de la Ligue n’a fait que s’embourgeoiser depuis BUISSON.
Je suis persuadé que le Comité Central de la Ligue a reçu le mot d’ordre du Gouvernement de faire le silence sur mon cas.
Si le ne me trompe pas la section de Saint-Gilles s’est dissoute depuis quelques temps déjà et c’est ce qu’elle avait de mieux à faire.
Néanmoins, nous devons savoir gré aux quelques sections qui se sont élevées contre mon maintient indéfini au bagne.
Quant aux comités départementaux du Secours Rouge, c’est avec un bel ensemble qu’ils ont répondu aux directives de l’organisation centrale. Vous aurez été tous bien déçus lorsque vous aurez appris qu’un exil indéfini m’était imposé du fait d’une mesure étroite et mesquine prise pour donner un semblant de satisfaction à l’opinion publique.
Celle-ci sous la pression des organisations militantes, va de nouveau faire entendre sa voix pour protester contre cette duperie, mais qu’en résultera-t-il ?
je ne me fais pas d’illusions, connaissant trop la tactique des manitous préposés aux bureaux des Grâces.
Dans un an on me transformera ma résidence perpétuelle, en dix ans ; dans deux ans on transformera ces dix ans en cinq, puis en deux. Enfin, si j’ai le tort de respirer encore après tous ces délais d’ajournement, on se décidera – bien à contre-cœur – à me lâcher
…
Je viens d’entendre le premier chant du coq dans le voisinage.
Depuis minuit je suis levé, ne pouvant dormir à cause des punaises qui infestent ces taudis de planches.
Obligé de tenir la fenêtre fermée ainsi que la porte – pour ne pas livrer passage aux moustiques – il fait une chaleur lourde dans l’ambiance d’un air confiné. Tout à l’heure, je marchais de long en large et je me figurais dans un cachot moins le hamac et la lampe.
Celle-ci dont la mèche brule à l’air libre, dégage des flocons noirâtres de fumée de pétrole, et je ne m’étonne pas de cracher noir dans cette atmosphère ainsi viciée.
Ici les verres de lampe sont de sortie. D’ailleurs la forme de ces lampes de fortune ne permettrait pas leur adaptation.
Je sortais bien un peu dehors faire un tour et respirer l’air pur de la nuit mais si un agent me repère, il me conduit au poste et l’on me dresse une contravention qui me vaut huit jours de contrainte par corps par suite de non-paiement de l’amende.
En effet, de neuf heures du soir au lever du soleil, il est fait défense aux libérés de circuler dans les rues – de stationner même au seuil des chambres.
Hier après-midi, j’ai visité le cimetière. Il est divisé en deux, d’une part les personnes dont le casier judiciaire est plus blanc que leur âme et conscience, d’autre part les condamnés et libérés.
Ceux qui ont eu la chance ou le talent de se soustraire à la flétrissure (?) des lois, ont des tombes plus ou moins honorables et plus ou moins fleuries.
A la suite des éternels regrets, le P. P. L. de rigueur s’y voit aussi bien pour les femmes que pour les hommes :
Ci-git Mathilde RABOT,
Regrets éternels de sa famille
P. P. L.
On n’y regarde pas de si près.
Quant au cimetière des parias, vaste nécropole anonyme, il ne se distingue pas précisément par la prodigalité des ornements funéraires. Adossé à sa sélecte contrepartie, ce n’est qu’une vaste étendue herbeuse où s’alignent une infinité de monticules légèrement surélevés.
Une haie de bambous impénétrable borde l’asile des morts.
Aux Iles du Salut j’entendais dire :
« Un tel ne vas pas tarder d’aller aux requins ».
Ici, l’on dit :
« Notre sort, c’est d’aller aux bambous ! »

La Provence ouvrière et paysanne
21 décembre 1929
LES LETTRES DE PAUL ROUSSENQ
« Elle est belle la « libération » » ECRIT LE « GRACIÉ »
Vendredi 13 décembre, à la séance du matin, notre camarade Béron[2], au nom de la fraction communiste, a évoqué devant la Chambre le « cas Roussenq », ce fils de travailleurs honnêtes qui après avoir jeté un croûton de pain à la tête du président de la Correctionnelle venant de le condamner pour « vagabondage » (délit que l’on ne relève jamais contre les bourgeois désœuvrés), fut gratifié d’un an et un jour de prison. Cette peine lui valut de faire la connaissance avec les bataillons de discipline ; là, excédé des coups qu’il avait reçus et pour protester contre la misère physique et morale dont il était à la fois le témoin et la victime, Roussenq brûla – un jour qu’il était en cellule – ses effets de treillis d’une valeur de 40 francs.
Pour ce geste, Roussenq fut traduit devant le conseil de guerre de Tunis. Impitoyable selon leurs habitudes les G. D. V. prononcèrent contre le soldat qui les accablait de son mépris, 20 ANS DE BAGNE.
Cela se passait en octobre 1908 !
Ces faits ont été rappelés à la Chambre des députés par le délégué de la fraction communiste, notre camarade Béron, lequel, avec juste raison, eut soin de souligner que « si Roussenq avait émis des chèques sans provisions, s’il s’était appelé Klotz[3], il serait en liberté ».
Béron dénonça également avec vigueur, malgré les vociférations de la meute radicalo-conservatrice et S.F.I.O., le scandale de la « grâce » dont on a tenu à faire bénéficier Roussenq tout en maintenant contre lui la « résidence forcée » ce qui équivaut au bagne numéro 2.
D’ailleurs c’est autour de cette « grâce » et pour en expliquer le sens aux travailleurs de France que Roussenq a écrit les lettres publiées par notre journal et par la « Défense », organe du Secours Rouge International.
Ces lettres doivent être commentées dans les réunions prolétariennes ; elles doivent nous permettre à extérioriser le « cas Roussenq », car il fait partie de notre lutte contre la bourgeoisie, pour la libération de tous les condamnés civils ou militaires.
Et maintenant, cédons la plume au valeureux « bagnard ».
SAINT-LAURENT-DU-MARONI,
LE 7 OCTOBRE 1929
Chère Mère,
C’était hier dimanche.
Ce jour-là ne diffère pas des autres pour les libérés.
Impossible de trouver du travail.
Pourtant, il y a des usines et un personnel pour les services municipaux. Alors ?
C’est bien simple : l’édilité et les employeurs ont recours à la main-d’œuvre pénale, en passant des contrats avantageux avec l’administration pénitentiaire.
Voilà pourquoi les libérés n’ont pas de travail et sont sur le pavé.
Lorsque, par hasard on consent à les employer on leur donne des salaires de famine : dix à douze francs par jour.
Ce soir un libéré chantait dans les rues ayant bu un coup, un « chasseur d’hommes » est venu, lui a mis la main au collet et l’a mené au poste.
Les « chasseurs d’hommes » sont des condamnés en cours de peine – des arabes – Ce sont des délateurs mis à l’index par la population pénale et qui sont chargés – concurremment avec la police et les surveillants – de poursuivre les évadés, de reconduire au camp les condamnés qu’ils surprennent, chez les bistros, d’arrêter les libérés qu’ils trouvent en contravention.
Ils sont à la solde de l’administration et de la commune à la fois, le maire étant le commandant du pénitencier.
Ils jouissent d’avantages que leur situation pénale ne comporte pas, mais qu’on leur accorde néanmoins ; ils habitent des cabanes isolées à proximité du village, ont jardins et poulaillers et des effets civils.
Beaucoup sont en ménage avec des négresses et ont des enfants. Ils sont armés.
Il est scandaleux que des condamnés aux travaux forcés en cours de peine, soient chargés de la police en dehors de l’enceinte du camp pénitencier et jouissent de toutes les prérogatives civiles.
C’est illégal et pourtant cela est.

Dans le courant de l’après-midi, ayant porté mes pas du côté du port, je m’étais assis sur un des bancs placés à l’ombre des arbres. Mais un agent y a mis bon ordre.
J’ai appris ainsi que les bancs des promenades publiques ne sont pas à l’usage des libérés.
Je me suis estimé heureux d’avoir été épargné d’une contravention. Pourtant mon livret ne m’avait pas prévenu de cette défense, mais il y a bien d’autres chinoiseries tracasseries consacrées par des arrêtés municipaux et des circulaires du Gouverneur qui renforcent celles dont le livret fait état.
Par exemple, nous autres libérés ne devons pas marcher sur le gazon des promenades, l’accès de nombre d’établissements nous est interdit. Nous sommes traités en vrais parias que nous sommes.
Il faudra que je note soigneusement sur mon calepin tout ce qu’il faut éviter de faire et qui n’est pas consigné sur mon livret. L’autre jour, j’ignorais que je ne devais pas sortir, heureusement que je n’ai pas rencontré l’AUTORITÉ.
Je vais donc me documenter auprès des anciens. On m’a fait voir l’asile de nuit, vieux bâtiment lépreux situé à 200 mètres du village.
Il contient des lits de camp et beaucoup de vermine. Là se donnent rendez-vous tous ceux qui n’ont pas de chambre.
C’est le seul palliatif que la bienfaisance officielle accorde à la misère des libérés et encore la charité n’y est-elle pour rien : on a construit cette bâtisse, afin de parquer en lieu sûr les libérés sans abri, pour ne pas qu’ils aient l’excuse par force majeure, des vagabondages nocturnes et de leurs suites…
À part ça, pas un morceau de pain ne leur est donné.
La mendicité est inconnue ici.
On vole quand on peut, on crève de faim, mais on ne tend pas la main.
Il y a bien pour l’opinion publique française, un Comité d’aide et assistance aux libérés notamment pour leur trouver du travail, mais cette institution théorique ne fonctionne pas.
Il y a une Société Protectrice des Animaux, les libérés de la Guyane sont moins que des bêtes, puisque personne ne s’occupe d’eux.
Ils n’ont que la sollicitude de la police et des tribunaux et vraiment, c’est un bien pour eux.
La prison des libérés les sauve de l’inanition, c’est le seul refuge qui leur est offert.
Sans travail, sans argent, sans ressource, ces hommes sont dans la nécessité inéluctable de s’attaquer à la propriété. S’ils sont pris, la prison les nourrira, s’ils ont l’impunité, ils se nourriront eux-mêmes et boiront par-dessus le marché. Car la boisson, ici, c’est le seul plaisir qu’ils puissent se procurer.
Pour ma part, ce plaisir-là ne me tente pas
SAINT.LAURENT-DU-MARONI,
LE 20 NOVEMBRE 1929
Mon cher camarade[4].
On ne m’a remis que ces jours-ci ta lettre du 16 septembre qui aurait pu moisir aux Iles du Salut.
Tu chantes victoire, mon pauvre ami, mais moi je ne suis pas en liesse, tu peux le croire.
Ecris à M. Antoine MESCLON, rue de Gergovie, 79 à Paris XIVe, et demande lui son livre : « CE QUE J’AI SUBI EN 15 ANS DE BAGNE » page 233 et suivantes, et tu verras ce que doit être ma « libération ». De la page 292 à 301, l’auteur a consacré une étude sur mon cas (édité par l’auteur en 1924).
Je comptais recevoir de l’argent au courrier d’octobre. Rien n’est arrivé.
Depuis un mois, je vis de fruits que je vais cueillir ; j’ai revendu le peu de mobilier que j’avais acheté, et je couche à la belle étoile, l’asile de nuit étant infect.
Ah ! cette brume des tropiques, après minuit, comme elle glace le corps !
Elle est belle la libération ! ce n’est pas ce que j’avais attendu.
Si je ne reçois pas des secours régulièrement tous les mois, je retournerai au bagne. Je préfère ça que de crever de faim à perpétuité.
Bien fraternellement,
Paul ROUSSENQ
Cette lettre a été reçue il y a à peine dix jours par un camarade de Roussenq, habitant St-Gilles (Gard) qui a bien voulu nous la communiquer. Elle dépeint dans quel état de dénuement complet se trouvent le « libéré. » Sur le contenu de cette lettre, nous y reviendrons samedi prochain.

La Provence ouvrière et paysanne
28 décembre 1929
LES LETTRES DE PAUL ROUSRENQ
Les « libérés » sont appelés à crever de faim
ÉCRIT LE « GRACIÉ ».
Le Parti Communiste, par l’intervention à la tribune de la Chambre du délégué de la fraction communiste a posé le cas Roussenq devant le pays ouvrier et paysan.
Déjà, il est vrai, le Secours Rouge avait, fait connaître la situation scandaleuse dans laquelle se trouvait, ce travailleur de Saint-Gilles, bagnard depuis 1903 pour avoir détruit 40 francs d’effets militaires.
Et Béron jetait à la face des représentants de la bourgeoisie qui hurlaient de rage : « Si Roussenq avait émis des chèques sans provisions, s’il s’était appelé Klotz, il serait libre ». Au moment même où le député communiste faisait cette allusion, l’on nous transmettait la dernière lettre de Roussenq que nous avons insérée samedi dernier. Et par cette lettre nous apprenions que depuis un mois celui que l’on a « gracié » vit de fruits qu’il va cueillir dans les champs, et couche à la belle étoile.
La souffrance morale et physique qu’endure Roussenq est telle, qu’il envisage même son retour au bagne. « Je préfère ça, écrit-il, que de continuer à crever de faim ».
Espérons que les envois qu’ont effectués les organisations ouvrières de Nîmes et le Comité Central du S. R. I. seront enfin parvenue à Roussenq et adouciront quelque peu cette vie de misère qu’il traîne depuis plus de 21 ans.
Toutefois, pour aujourd’hui, nous retenons cette accusation accablante portée par le « bagnard gracié » contre le régime capitaliste : « Ici, il est impossible de trouver du travail. Pourtant, il y a des usines et un personnel pour les services municipaux. Alors ? C’est bien simple : l’édilité et les employeurs ont recours à la main-d’œuvre pénale, en passant des contrats avantageux avec l’administration pénitentiaire ».
Quant aux « libérés » ils n’ont que le droit de crever de faim ou de retourner au bagne.
En attendant les industriels multiplient leurs bénéfices en surexploitant la main d’œuvre pénale Tout ceci au nom de la démocratie capitaliste chère au parti de Renaudel, Blum, Paul Faure et autres Boncour.
Revenons à ces lettres dont chacune nous rapproche davantage de celui que le prolétariat saura définitivement arracher du bagne.

SAINT-LAURENT-DU-MARONI
le 8 octobre 1929
Je ne croyais pas que Saint-Laurent fut si important. Il est composé de trois quartiers : officiel, indigène et chinois.
Le quartier officiel renferme les bureaux de la direction, les édifices publics ; poste, douanes, mairie, écoles, les logements des administrateurs et agents pénitentiaires. Il est construit de pierres et de briques Au quartier indigène grouille la population des noirs et des libérés, dans des baraquements de planches. Mais là aussi sont les grands commerçants ainsi que le bureau de police. La gendarmerie, la prison de camp de transportation et l’hôpital mixte. Une vaste caserne y abrite quelques soldats.
Faisant suite à celui-ci, le quartier chinois en est comme le prolongement. Ce sont des pécheurs qui habitent là. On y voit aussi des noirs bosh, venus de la Guyane hollandaise dans leurs légères pirogues taillées dans des troncs d’arbres et qui emportent toute la famille. Un simple pagne leur sert de vêtement. Ce sont de beaux types anatomiques. Ils marchent lentement et fièrement, la tête rejetée en arrière avec un balancement du corps. Les enfants courent tout nus.
Des Indiens viennent aussi apporter à Saint-Laurent le produit de leur pêche et de leur chasse.
Le marché est situé dans le quartier indigène. On y vend de tout et très cher : Un pain de 400 grammes vaut un franc quarante.
La viande 10 francs le kilog.
Une petite salade 0 fr. 50.
Un chou 2 francs, une botte de radis 1 fr. 50, une tomate grosse comme une pomme 1 franc.
Les fruits et les légumes du pays sont à l’avenant.
Il y a des bistros et des gargotiers, mais pas un hôtel ni un café.
SAINT-LAURENT-DU-MARONI
le 9 octobre 1929
Il y a quelques jours un libéré nommé FAYOT se traîne à la visite médicale rongé par l’ankylostomiase, il ne peut plus absorber aucun aliment et vomi tout ce qu’il prend. Le médecin ne fait aucun cas de cette épave humaine. S’il fallait hospitaliser tous les libérés malades ! FAYOT rampe jusqu’à l’orée de la brousse, se couche sous un arbre et y râle deux jours et deux nuits. Hier matin à la première heure, des libérés l’ayant trouvé mort, s’en vont prévenir la police. On ne vient qu’à trois heures du soir pour enlever le corps. Les fourmis rouges avaient dévoré les yeux du cadavre.
Relevons-nous, ici, d’un pays civilisé ? on bien sommes-nous à la merci d’ignobles brutes qui nous régissent en son nom ?
En tout cas il se passe des choses qui dépassent l’imagination.
Tout récemment une corvée de condamnés traversait le quartier officiel, L’un d’eux demande à son surveillant d’aller se laver. Ce dernier l’autorise, mais un de ses collègues qui passait rappelle le condamné. Celui-ci veut passer outre et le garde – chiourme l’ayant rejoint le saisit par le bras. Le condamne fait un mouvement pour sa dégager de cette étreinte : alors, le garde-chiourme fait respecter « l’autorité » ! Et comment !…
Ce sont là des incidents ordinaires.
Comme tous les autres ce surveillant criminel ne sera pas inquiété ; çà lui sera une bonne pour l’avancement.
Paul ROUSSENQ
Libéré n°16185

La Provence ouvrière et paysanne
4 janvier 1930
Les lettres de la victime des Conseils de guerre :
PAUL ROUSSENQ
La publication de ces lettres magnifiques empreintes d’un sentiment de classe qui n’est même pas dissimulé ont eu un écho profond au sein de la classe ouvrière et paysanne touchée dans vingt-et-un départements par nos hebdomadaires communistes du Midi s’imprimant à Nîmes. Et il n’est point rare, depuis déjà plusieurs semaines, de recevoir des lettres que l’on nous prie de communiquer au « bagnard ». Chacune de ces lettres renferme un réquisitoire contre le régime capitaliste, seul coupable de l’envoi et du maintien au bagne, depuis 1908, d’un homme à qui l’on ne peut rien reprocher sinon sa force de caractère, son cran, son intelligence, qui ont fait de Paul Roussenq un révolté continuel devant toutes les canailleries dont sont victimes de la part de l’administration pénitentiaire les malheureux qui doivent laisser leur os à la Guyane.
Ainsi, à la faveur de cette publication des lettres de Roussenq la dictature capitaliste apparaîtra plus évidente à ceux qui, jusqu’à maintenant, croyaient en la « justice » dans une démocratie bourgeoise.
Brutalement le drame épouvantable de ce soldat condamné à 20 ans de bagne pour une peccadille est posé par nous ; de ce drame, nous rapprochons le vaudeville, la comédie que fut l’emprisonnement de l’ancien ministre des finances Klotz ; nous greffons aussi cette scène de mœurs bourgeoise, un de Rayssac, noyant son enfant (pour éviter qu’un « bâtard » ne vienne ternir le nom porté par la famille du ci-devant) condamné à dix ans de travaux forcés… qu’il ne fera pas[5].
Alors ça en est trop, le voile se déchire et la grande masse des travailleurs voit, dans toute sa nudité, une classe au pouvoir secourant les siens ; les parasites, les dépravés, les industriels assassins d’ouvriers, les maquereaux de la politique, de la finance, du grand négoce, et frappant impitoyablement l’autre classe, les salariés de toutes conditions parmi lesquels se trouvaient Paul Roussenq avant la condamnation odieuse prononcée contre lui par le conseil de guerre de Tunis.
Mais il ne suffit pas de clamer son indignation contre le maintien au bagne de Roussenq ; il faut batailler pour exiger son retour en France et aussi pour la libération totale de tous les emprisonnés pour leur action de classe. Pour cela il faut renforcer, en y adhérant, l’action que mène le Secours Rouge International.
Nous voulons croire que ceux qui nous ont écrit et l’ensemble de nos lecteurs entendront cet appel. Et reprenons, là où nous l’avons laissée, la publication de la correspondance du « libéré » n° 16185.
SAINT-LAURENT-LE-MARONI
le 10 octobre
J’ai aperçu un de mes anciens commandants aux Iles du Salut. C’est M. Jarry.
Il démissionna et s’établit commerçant à Saint-Laurent Il liquida ensuite et maintenant il achète et revend des papillons pour teinture et collections.
Il est tout blanc mais encore droit.
D’une voix chevrotante il me dit quelques paroles sans conséquence et je le laisse à ses papillons.
Cet homme m’infligea un millier de jours de cachot.
SAINT-LAURENT-LE-MARONI
le 11 Octobre
J’ai été laver mon linge au fleuve puis j’ai pris un bain. Vient un agent de police qui me semonce pour n’avoir pas de caleçon, la prochaine fois, çà sera une contravention.
Je me le tiens pour dit.
Ce bain m’a mis en appétit.
Rentré dans ma cabane, je frotte une gousse d’ail sur mon pain : ce repas d’anachorète m’a laissé sur ma faim, mais j’y suis habitué.
Ce matin j’ai vu un libéré fouiller dans une boite à ordures et y ramasser des croutons de pain ; il ne savait probablement pas où aller voler.

SAINT-LAURENT-LE-MARONI
le 12 octobre
J’avais acheté 15 francs un hamac pliant, je le revends 10 francs pour pouvoir me nourrir.
Ma foi, je coucherai par terre provisoirement. J’ai acheté des patates du pays et de la farine de manioc qui, additionnée d’eau, forme un brouet nourrissant et assez agréable. De cette façon, je pourrai me passer de pain.
Le courrier est annoncé pour le 14.
Paul ROUSSENQ,
« libéré » N°16185
Note de la Rédaction
Au moment de mettre sous presse le Comité Central du S.R.I. nous informe qu’il envoie à Paul Roussenq, depuis octobre qu’il a été « gracié », la somme de 200 frs par mois.
D’autre part, nous avons reçu 100 frs du camarade docteur Aymé, à Cavaillon (Vaucluse) et 100 frs de la Maison ou Prolétariat, à Nîmes. Ces 2oo frs ont été aussitôt expédiés au « bagnard ».
La Rédaction,
[1] Albert Londres, article « chez Garnier, restaurateur des libérés » dans Le Petit Parisien, 11 août 1923
[2] Émile Béron est député communiste de la Moselle depuis le 1er juin 1928 mais il est exclu du parti en 1932.
[3] Ancien ministre de l’Intérieur du gouvernement Barthou en 1913 et ministre des Finances des gouvernements Briand (1910-1911), Caillaux (1911-1913) et Clemenceau (1917-1920). La riche carrière de cet avocat radical-socialiste, typique de la IIIe République, est entachée en juillet 1929 par une condamnation à deux ans de prison pour émission de chèques sans provision et escroquerie à la suite de spéculations boursières. Mais Louis Lucien Klotz, s’il doit démissionner de son poste de sénateur de la Somme, ne sera pas mis sous les verrous. Il meurt à Paris le 15 juin 1930.
[4] Cette lettre a été reçue il y a à peine dix jours par un camarade de Roussenq, habitant St-Gilles (Gard) qui a bien voulu nous la communiquer. Elle dépeint dans quel état de dénuement complet se trouvent le « libéré. » Sur le contenu de cette lettre, nous y reviendrons samedi prochain.
[5] Pierre de Rayssac est condamné à dix ans de travaux forcés par la cour d’assises de la Haute Garonne le 27 octobre 1928 pour avoir noyé au mois de janvier son enfant illégitime de trois ans dans le canal du Midi. Il embarque sur le La Martinière le 8 novembre 1929. Le cas de l’infanticide issu de la vieille noblesse française ayant été extrêmement médiatisé, il est interné aux îles du Salut.
Crédits Iconographiques : collection personnelle, collection Arnauld Heuret, Archives Territoriales de Guyane, Gallica
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