Bagnards et anarchistes : avril 2025


La révolte de 1894

La révolte de l’île Saint-Joseph n’a pourtant duré qu’à peine une demi-journée, du 21 au 22 octobre 1894, et tous les bagnards compromis ne furent pas anarchistes. Ils auraient pu réussir leur coup si les deux surveillants, Mosca et Cretallaz, assaillis par les forçats de la case n°2 au moment de l’ouverture de la porte à des fins de contre-appel, n’avaient pas donné l’alerte à 20 heures avant de trépasser. Des coups de feu tirés dans la nuit. C’est le début de la fin pour les anarchistes qui ont essayé de répondre au meurtre du compagnon Briens tué par le même Mosca au début du mois.

L’arrivée du surveillant Dard sonne la débandade générale mais, sur un îlot d’à peine vingt hectares, les révoltés doivent bien savoir que les secours arrivés dans l’heure depuis l’île Royale ne manqueront pas de leur faire la peau. Des tirs sont échangés durant la nuit. Surveillants et militaires sécurisent les lieux. Certains bagnards se réfugient sur le plateau de l’île, d’autres sur les berges. La chasse est ouverte, la violence de la répression extrême aux lueurs du petit matin. Pas de cadeau, pas de pitié.

Boasi est tué « derrière les prisons » revenant très certainement du plateau. Deux balles. Au même moment, le surveillant-chef Billet fait procéder à un nouvel appel général et à une fouille minutieuse dans les cases. Le condamné Pigache refusant de prendre la position prescrite, est tué sur les rangs par un soldat. Il faut six balles pour faire tomber Simon de son arbre. Léauthier s’est vidé de son sang, artère fémorale touchée. Il est mort en même temps que Lebeau et Mazarguil ; les trois ont juste eu le temps de crier : « Vive l’anarchie ! » écrit le commandant Bouchet dans son rapport du 30 octobre.

Le lendemain à Cayenne, le chef du 2e bureau Deniel établit la liste des condamnés tués : cinq anarchistes donc (Léauthier, Simon, Chevenet, Meyrueis et Marpaux) et sept autres transportés (Garnier, Mattei, Boasi, Pigache, Thiervoz, Mazarguil et Lebeau). Seize morts en tout en comptant les deux surveillants et les deux porte-clés (Boubou et Salah) qui les accompagnaient.

La machine administrative et les procédures d’enquête peuvent commencer ; le commandant Bonafai, qui n’a pas tenu compte de la délation du forçat Plista, est immédiatement suspendu de son poste et Bouchet devient le nouveau commandant des îles du Salut. L’AP veut des coupables à juger : onze hommes sont envoyés à Cayenne pour y être traduits devant le Tribunal Maritime Spécial (TMS). JMD

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