Calendrier Jacob : septembre 2020


Libérez mon fils !

1925. Depuis le reportage d’Albert Londres, deux ans plus tôt, l’époque est à une critique généralisée du bagne. Plus de dix-neuf ans que Jacob moisit en Guyane. Plus de dix-neuf ans que Marie Jacob remue ciel et terre pour revoir un jour son fils. Par tous les moyens. Même les plus illégaux.

Marie continue le combat entamé dès son acquittement au procès de Laon le 1er octobre 1905. Elle envoie des livres, du papier, des plumes, des médicaments, du linge et de la nourriture… Des boîtes de sardines avec un revolver en pièces détachées à l’intérieur aussi, comme en 1910 ! Elle écrit, beaucoup. Au ministre des Colonies, au gouverneur de la Guyane, au président. Pas une, mais des dizaines de lettres.

Résidant dans un petit meublé du XIe arrondissement de la capitale, passage Étienne-Delaunay, elle travaille d’abord comme couturière dans les théâtres parisiens puis, à partir de 1913,  pour le compte de Romanitza, artiste. Marguerite Manulescu, de son vrai nom, est née le 11 décembre 1886 à Bucarest. Elle se marie, le 24 décembre 1917, avec Me André Aron, inscrit au barreau de la capitale comme avocat à la cour d’appel.

Le couple apprécie Marie Jacob qui élargit ainsi son réseau de soutien. Des anarchistes au départ bien sûr, mais aussi des avocats, des journalistes et des politiques. André Aron est l’ami intime d’Anatole de Monzie, sénateur-maire de Cahors. Le 11 mai 1924, la victoire électorale du Cartel des gauches ouvre la voie du gouvernement à ce dernier. Le 12 décembre, Marie Jacob s’adresse une nouvelle fois au ministre de la Justice et, le 17 janvier de l’année suivante, au président de la République. La missive reçoit l’appui du député de la Seine Pierre Laval. La campagne de libération d’Alexandre Jacob est lancée. Du 27 février au 16 mars 1925, Francis Million dans Le Peuple, organe de la CGT, puis Louis Roubaud dans Le Quotidien écrivent une série d’articles réclamant la libération du matricule 34777.

Les deux journalistes décrivent le combat d’une « mère courage » et appuient leur propos avec de nombreux témoignages. L’ancien gestionnaire des îles du Salut Alric, le docteur Rousseau racontent l’extraordinaire bagnard qu’ils ont connu. Georgette BouillotMillion de la section CGT Habillement,  écrit les espoirs et les déceptions de sa mère. Jacques Sautarel, ami de Jacob et compromis dans les Travailleurs de la nuit, verse dans le dithyrambe : « Combien qui jouissent de la liberté et des honneurs qui ne valent pas un seul de ses orteils ? ».

Albert Londres vient prêter main forte à son confrère Million le 1er mars. Il a rencontré Jacob et estime qu’il  « a bien payé sa dette à la société ».

Un énième dossier de recours en grâce est monté mais celui-là remonte jusqu’à l’Élysée. Il est précédé d’une pétition lancée par Sautarel et orchestrée par Romanitza Aron. Après tant d’années de lutte, la nouvelle tombe enfin.

Le 8 juillet 1925, une grâce présidentielle ordonne le rapatriement. C’est un homme debout, droit dans ses escarpins de fagot, qui rentre en France. Jacob purge ses dernières années d’enfermement dans l’Hexagone : à Saint-Nazaire d’abord, puis à Rennes et à Melun où Marie et Alexandre peuvent enfin se voir. La peine de cinq ans de prison a finalement été ramenée à deux années, après une nouvelle démarche de Marie. Jacob est transféré à la centrale de Fresnes. Cellule 436. Jusqu’au 30 décembre 1927.

CIRA Marseille 2020 : calendrier Jacob

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