Deuxième semestre 1913 aux îles du Salut : malade comme un … bagnard


Si aux îles du Salut, balayées par les vents, le forçat Jacob peut jouir d’un espace relativement plus sain, il n’échappe en revanche ni aux tracas ordinaires que sont rhumes, fièvres et névralgies, ni aux maux issus de la claustration, de la vie carcérale et de la promiscuité. Le scorbut l’a atteint maintes fois dans les cachots de la réclusion à Saint Joseph et le premier semestre de l’année 1913 l’a trouvé « complétement schopenhaurisé ». Le second ne s’annonce pas mieux. Six mois d’hospitalisation, des douleurs insupportables au point que le fagot pense mettre fin à ses jours si le supplice recommence. Jacob souffre d’une ostéite au sternum, cette « carie des os » dont serait mort le pharaon Ramses II en -1213. Ne reste alors plus qu’à curer les parties infectées et attendre une lente, une trop lente cicatrisation.

Mais aux îles comme sur la Grande Terre, le malade est un être faible. Il devient une proie facile s’il dispose de quelques objets sujets à convoitise, et cet ennemi à piller peut donc être dépouillé de ses biens plus facilement. Jacob n’échappe pas à la règle : « quand l’arbre tombe, tout le monde monte sur les branches. ». Il n’en a cure et ne porte pas grief à ses voleurs. Au moins, cela est venu briser la monotonie de l’hospitalisation. Car le bagnard s’ennuie à mourir ; il en a « plein le dos de cette oisiveté », écrit-il le 17 novembre. Alors il lit, écrit et annonce à sa mère sa brouille avec Joseph Ferrand.

Le « divorce » est même consommé. Jacob reproche à son ancien camarade de cambriolages de ne pas répondre aux colis que lui envoie sa mère, attitude qu’il explique par l’alcoolisme de ce dernier. Ferrand profite certainement de son poste de cuisinier pour s’enivrer à bon compte. Il semble avoir perdu, si l’on prête l’oreille aux dires de Jacob, ses volontés d’opposition et adopter une certaine forme d’amendement. L’éthylisme du bagnard Ferrand choque Jacob qui préfère rompre les relations avec lui. Les punitions de Ferrand démontrent que ce dernier adopte effectivement les mœurs des bagnards auxquels répugnent les anarchistes[1].

Le courrier du matricule 34777 est riche de l’agrandissement de la famille imaginaire et réelle de Barrabas. Nous retrouvons Honoré Bonnefoy, le complice de Jacob dans le coup de la rue Quincampoix en 1901 mais aussi peut-être Louis Matha et les compagnons du Libertaire de la rue d’Orsel. Vaudoy et Michel, qui ont fait depuis peu leur apparition, semblent surtout prendre le devant de la scène. Nous ne savons pas vraiment quel rôle ont pu jouer Gustave Hervé et Miguel Almereyda mais toujours est-il qu’après une courte période de doute sur la qualité de leur soutien à Marie Jacob celui-ci semble effectif au regard des occurrences codées dans la correspondance de ce deuxième semestre 1913 : démarche administrative ?, réception de courriers clandestins ?, préparatif d’évasion ? Cet activisme des animateurs de La Guerre Sociale justifie alors les appels à la prudence car, bien évidemment Octave - de la Sûreté Parisienne - veille à ce que le bon grain soit bien séparé de l’ivraie carcérale. Et, l’Administration Pénitentiaire considère Jacob - Barrabas, même malade et diminué, comme un de ses plus mauvais sujets.

4 juillet 1913

Îles du Salut

Ma chère maman,

Encore un coup tes trois lettres me sont arrivées ensemble. Ça vaut bien la peine qu’il y ait plusieurs courriers. Enfin, l’essentiel est que ta santé soit bonne, ce dont je doute un peu avec tous les chagrins que tu as. Fort heureusement que le capital n’est pas fondé. Tu dois en avoir l’assurance à cette heure. Quant à moi, je ne suis pas malade bien que je sois hospitalisé depuis une vingtaine de jours. J’ai dû me faire opérer d’une ostéite au sternum. L’os étant cassé, il a fallu le gratter. Sous le chloroforme, je n’ai rien senti. Par la suite, j’ai bien été un peu fatigué, mais à présent, ça va très bien, sauf des boutons aux jambes, si mal placés qu’ils m’interdisent tout repos. Depuis hier, j’ai la tête en compote par la floraison de petits furoncles dans l’oreille. Ce n’est pas tenable. Aussi vais-je me les faire inciser tantôt ou demain. Au fond, un peu de douleur, mais rien de grave. Dans un mois, je serai encore sur pied.

J’ai reçu les deux flacons de levure de bière, les deux Feuilles littéraires et la naphtaline. Bien sûr que non qu’il ne faut pas m’envoyer toutes ces revues. Ça ne me dit plus rien. À te dire vrai, pour le moment, avec ce que j’ai et ce que je recevrai au courrier prochain, je n’ai pas besoin de grand-chose. Un peu de chocolat, si tu veux, ainsi qu’un lorgnon à verres jaunes pour le soleil. Quoique bonne, ma vue faiblit en pleine lumière.

Pour Honoré ? Mais, ma bien bonne, fais un peu comme tu voudras. Sur place, en commerce avec les gens, tu es à même de pouvoir apprécier les choses beaucoup mieux que moi. Assurément, c’est un homme très intelligent, ne manquant pas de hardiesse et de précision en ses projets ; cependant, de sa nature, il a le cœur très sec. Et puis, il a près de la cinquantaine, et tu sais, à cet âge-là, les hommes comme lui ne pincent pas des airs de guitare. J’ai idée que son offre, si offre il y avait, cacherait plus de calcul que de dévouement. En tout cas, en fait d’argent, ne t’engage en rien. Alors, il est associé avec son fils ? Pas fort robuste ce petit, ce petit qui doit avoir à présent 24 ans. Pendant notre séjour à Bordeaux, alors que nous exploitions l’usine des vernis, il fut presque toujours malade.[2]

Sais-tu que tu en as de drôles, parfois ? Est-ce que tu crois que la peine que je subis consiste à choisir tel ou tel labeur plutôt que tel autre ? Je fais ce qu’on me fait faire. Et puis tu sais, pour un homme valide, c’est très, très supportable. Il est probable qu’à la suite de l’opération que je viens de subir je serai classé aux travaux légers, peut-être impotent. Mais cela ne change presque rien à la chose : dans bien des cas, les travaux sont les mêmes pour toutes les catégories. Sois sans inquiétude à ce sujet.

Le travail, même pénible, me profite mieux que le sans rien faire. Tu n’as qu’à voir, lorsque j’ai été malade, cela a toujours été pendant mon séjour en cellule où l’on ne travaille pas. Et même ce que j’ai en ce moment est une conséquence de ce régime : miroir physiologique. Espérons que cette réparation me sera profitable. Je te quitte pour aller soigner mon oreille qui me fait bien mal.

Amitié à tante, à ta bonne voisine, aux camarades.

Ton affectionné,

Alexandre

P.-S. Je pense que Joseph t’écrira. Ce n’est ni le sentiment ni le temps qui lui font défaut ; seulement il s’adonne de plus en plus à l’ivrognerie, malgré mes remontrances, et il lui arrive d’attendre l’arrivée du courrier alors qu’il ne fait que de partir. Tu peux le semoncer. Il le mérite.

28 juillet 1913

Îles du Salut

Ma chère maman,

Depuis mon opération, bien des complications ont surgi ; après mes furoncles d’oreille, cela a été des névralgies intercostales, qui petit à petit ont fini par m’envahir tout le corps sauf les jambes. À te dire vrai, ça n’est pas supportable et, sans les narcotiques et la morphine, je ne pourrais pas y tenir. Le médecin me dit que c’est de l’hystérie, une de ces névroses héréditaires qui surgissent sous le choc de l’opération, à l’ébranlement du système nerveux. Ça peut se passer au moment où l’on s’y attend le moins, mais en attendant, je souffre atrocement, ne puis pas faire de mouvement au point que je dois de pouvoir t’écrire à l’obligeance d’un camarade. Tu dois voir que le docteur qui t’a dit que l’Urodonal me réussirait n’a pas été heureux dans son diagnostic. Voilà plus d’un mois que je suis opéré et la plaie n’est pas encore fermée ; cependant physiologiquement, elle va bien. Je dois ajouter aussi que je suis fort bien traité. Espérons que le mois prochain tout sera passé et que je pourrai te donner de meilleures nouvelles sur ma santé.

Je conçois que ce soit très ennuyeux cette commission et ce voyage en Suisse, dans l’incertitude, nous ne pouvons rien tenter auprès de M. Grancourt. Que diable ! on s’en passera. Tu dois bien penser qu’aujourd’hui, ou pour mieux dire demain, Auguste, avec les moyens dont il dispose, n’aura pas besoin de lui, mais plutôt le contraire.[3]

Pour tous ces cachets, pour tous ces médicaments, tu sais, je ne crois pas que ce soit bien efficace, mais enfin, puisque ça te fait plaisir, envoie-les tout de même. Quant au linge, chocolat, ce n’est pas la peine. Du linge, j’en ai très suffisamment (surtout avec un si long séjour à l’hôpital). À l’occasion, comme je te l’avais demandé, et je m’étonne de ne pas l’avoir reçu, L’Unique et sa propriété de Max Stirner. En ce moment, je suis encore sous les effets de la morphine, ma torpeur est telle que je ne puis t’écrire plus longuement. Au prochain courrier, j’irai certainement mieux, je me rattraperai.

Amitié à tante, à ta bonne voisine, et à toi, ma bien bonne, mes plus affectueuses caresses. Ton affectionné,

Alexandre

1er août 1913

Île Royale

Ma chère maman,

N’ayant reçu ta lettre du 16 juillet qu’après les deux autres, ce n’est là qu’un demi-mal, le courrier ne passant que demain. En effet, cet incident est fort fâcheux : il n’y a que deux manières de le résoudre : 1) par la vengeance, et cela entend une foule de procédés ; 2) la voie légale ; je te dirais bien de l’attaquer reconventionnellement en dommages et intérêts pour dénonciation calomnieuse.

Mais tu sais qu’en ces sortes d’affaires[4] c’est le plus souvent celui qui a la vérité pour soi qui succombe ; d’autre part, il te faudrait demander l’assistance judiciaire, que tu obtiendrais, c’est entendu ; ensuite un avocat viendrait te consulter, déjà chargé d’au moins cinquante affaires pareilles et qui parfois s’entend avec les deux parties.

Et puis crois-tu que cette saleté fait ça à la légère ? Qui ne me dit pas qu’elle s’est assuré le témoignage de plusieurs locataires et de la concierge ? Il ne faut pas s’y fier, ma bien bonne. Tels qui, au su de cette nouvelle, t’ont fait des génuflexions en accents circonflexes en te disant : «Ma bonne dame, c’est pénible pour vous », n’ont pas été les derniers à toucher un cadeau pour faire un faux témoignage à ton endroit. Assurément, ce serait encore un meilleur moyen que celui de lui retirer de l’argent et encore avec l’appui des gendarmes ! Enfin tâche de voir ce qui pourrait résulter d’une enquête si elle avait lieu et fais-m’en part ; je te ferai alors une manière d’acte d’accusation dont elle se tirerait difficilement, je crois.

Quant aux colis-échantillons, je ne les ai pas encore touchés ; ce sera probablement pour demain… ou les jours suivants. Dans tous les cas, ce sera sûrement pour le courrier prochain, ce qui me permettra de t’annoncer le résultat.

Quant à ma maladie, toujours même chose, souffrances impossibles ; il me tarde que cela finisse. Je suis toujours sous la torpeur des narcotiques, tu dois du reste t’en apercevoir.

Amitiés à tante, à ta bonne voisine, et à toi, ma bien bonne, mes plus affectueux sentiments. Ton affectionné,

Alexandre

26 août 1913

Îles du Salut

Ma chère maman,

Pour une fois le service postal a été régulier ; c’est ainsi que j’ai reçu deux de tes lettres au courrier anglais il y a une dizaine de jours. Tu as très bien fait de ne pas expédier de colis à ce courrier-là, car depuis peu on ne les distribue qu’une fois par mois au courrier français. J’ai aussi reçu ta chère lettre du 3 août. Quant aux colis, ils me seront délivrés dans deux ou trois jours. Je suis à me demander si tu as reçu ma lettre de juin ou bien si, l’ayant reçue, tu l’as bien comprise. Je ne t’ai jamais dit que j’avais eu une éruption de boutons. Ce que j’ai eu, ce que j’ai encore, ce que j’aurai toujours, c’est la tuberculose. Dans ma prime jeunesse, tu le sais bien, elle était pulmonaire. À présent, elle est allée se nicher dans les os. De là l’opération que j’ai subie et dont je ne suis pas encore complètement guéri. Une première fois, on m’a gratté le sternum ; puis, lorsque la plaie était presque fermée, il y a eu complications. On a dû d’abord me gratter une côte à droite, et ensuite, une autre côte à gauche. Si la carie ne s’est pas propagée ailleurs dans une quarantaine de jours, je pourrai sortir de l’hôpital où, entre parenthèses, je ne puis plus me sentir. Je crois t’avoir écrit, au dernier courrier, que le choc de l’opération avait déterminé en moi une forte névrose. J’ai eu, pendant quelques jours, des troubles mentaux. Mais, maintenant, j’ai l’esprit très lucide et mes forces reviennent de jour en jour. Du reste, je suis très bien soigné. Avec cela, tu dois comprendre que j’ai beaucoup souffert. Même en ce moment, je ne suis pas sur un lit de roses. Cependant, si c’est douloureux ce n’est pas grave. Ce n’est pas une maladie dont on meurt brusquement. J’aurais même pu éviter de me faire opérer. Et, si c’était à recommencer, c’est bien ce que je ferais. J’ignorais ce que j’avais. Je croyais qu’il s’agissait d’un simple abcès. Enfin, c’est presque passé, n’en parlons plus.

Il ne faut plus m’envoyer de l’Urodonal. Que veux-tu que cela me fasse ? Si tu y tiens, renseigne-toi auprès d’un docteur pour savoir s’il se trouve un médicament pour prévenir le retour de la carie en une autre région, ce dont je doute. À mon sens, il ne peut y avoir d’efficace que l’intervention chirurgicale, et, sous ce rapport, j’ai ici tout ce qu’il me faut. En somme, ce malheur aura de bons résultats pour moi, la douleur étant encore, quand on y résiste, le meilleur des toniques. Quand on a enduré ce que j’ai souffert, je t’assure que l’on ne craint plus rien.

Je suis très heureux qu’Auguste ait été satisfait pour Élisa. J’espère que, au prochain courrier, tu pourras m’en donner de meilleures nouvelles[5].

27 août

Les colis ont été remis aujourd’hui. Ce ne sont pas six colis qui m’ont été délivrés, mais seulement cinq ; en outre, je n’ai réellement touché qu’une tablette de chocolat (dix divisions), un mouchoir, une Feuille littéraire, un livre (L’Unique et sa propriété) et un tube de savon antiseptique. Quant au reste : lorgnons, conserves, crayons de menthol, Urodonal, levure de bière et pastilles, le tout a été soumis à la décision de M. le médecin-major qui, je l’espère, me les fera remettre demain. En tous les cas, comme je te l’ai dit déjà souvent, ne m’envoie plus de ces tas de remèdes qui, au fond, ne me sont d’aucun secours. Borne-toi à m’adresser un peu de fil, quelques cahiers de feuilles à cigarettes, un tube ou deux de pâte dentifrice, du chocolat et les Feuilles littéraires. L’autre jour, pendant que j’étais sous l’effet de la morphine, on m’a volé pas mal de bricoles. Quand l’arbre tombe, tout le monde monte sur les branches. Enfin, c’est peu de chose. N’en parlons plus. Tu m’enverras donc aussi deux mouchoirs et deux paires de chaussettes couleur jaune.

Je ne désire qu’une chose, ma bien bonne, c’est que tu ne sois pas malade et surtout que la situation de Julien ne t’alarme pas. Encore que je ne la connaisse que par ce que tu m’en as dit, j’ai idée qu’il ne pouvait rien lui arriver de plus heureux. L’essentiel est que Myra le soutienne de ses efforts et lui fournisse les moyens de faire face aux premières échéances ; le reste ira tout seul[6]. De même pour moi. Ne te chagrine pas pour la maladie qui vient de m’assaillir. Elle m’a fortement secoué, je te l’assure ; mais elle ne m’a pas terrassé : j’ai tenu bon. Aujourd’hui, je suis resté levé presque toute la journée et je me sens tout à fait bien. Bien sûr, au toucher, les plaies me font un peu mal. Mais c’est peu de chose. Les tissus repoussent à vue d’œil. Bref c’est l’affaire d’un mois, pour que tout soit fermé.

Tu as bien fait de m’envoyer ce livre. Il contribuera beaucoup à ma guérison par le goût et l’intérêt que j’y attache.

Alors, Joseph ne t’a pas écrit. C’est écœurant. Il est absolument abruti par son vice. Au fait, tant pis pour lui à la fin. Qu’il en boive du vin, à en crever. C’est encore ce qui pourrait lui arriver de plus heureux.

J’ai eu des nouvelles de Helline. Elle est toujours rue d’Orsel et c’est Louis qui n’y est plus. On l’a chassé, paraît-il, à cause de son inconduite d’arriviste resté en panne.[7]

Amitié à tante, à ta bonne voisine que je remercie pour son cadeau et aux camarades.

Ton affectionné,

Alexandre

12 septembre 1913

Îles du Salut

Ma chère maman,

Je ne suis pas tout à fait guéri ; mais il s’en faut de si peu que ce n’est pas la peine d’en parler ; j’entends par guérison la fermeture des plaies. Quant à l’ostéite, elle est enrayée depuis plusieurs jours. Le traumatisme qui en est résulté m’a fichu une rude secousse, mais je tiens encore bon. C’est l’essentiel. Je pense pouvoir sortir de l’hôpital dans un mois environ.

Assurément, pour Léonie, il est préférable que tu n’y songes plus. Le dommage serait-il encore plus élevé qu’il vaudrait encore mieux passer outre que de s’enliser par un tas de démarches aussi oiseuses qu’embêtantes. Laisse courir.

Il est heureux qu’Élisa ait pu satisfaire Auguste. Il doit en être fort content. Du reste M. Vaudoyer, que je t’engage à aller voir à sa nouvelle adresse, par les conseils qu’il lui donnera et dont il a fort besoin, lui permettra de réaliser de gros bénéfices. Ne serait-il pas temps enfin qu’il réussît à quelque chose après tant de tâtonnements et d’échecs[8] ? Pour cette affaire de contentieux qu’il avait entreprise, il est fort probable qu’il n’y a pas de sa faute. Il a dû user de toute son influence. Mais son départ précipité pour la province, puis, surtout, sa longue maladie, l’ont contraint à abandonner l’affaire. Il est possible encore que les intéressés se soient adressés ailleurs. Le premier, il doit en être peiné. Qu’y faire?…

26 septembre

J’ai reçu ta lettre du 25 août et un colis retardataire, celui annoncé le mois écoulé que je t’avais indiqué comme égaré. Il contenait, ce colis, 250 grammes de chocolat et un mouchoir, rien de plus. Il est bon de te dire que, depuis peu, les colis-échantillons sont dirigés sur Saint-Laurent-du-Maroni pour y être soumis aux frais d’octroi de mer, lesquels sont, sauf à l’égard de quelques objets non autorisés à recevoir d’ailleurs, de 10%. En sorte que, pour pouvoir toucher ce que tu m’as envoyé à ce courrier, je devrais verser une somme de 0,3525 franc. C’est peu de chose. Et, si on l’exige, je trouverai toujours de quoi y satisfaire. Cependant, à l’avenir, à seule fin de parer à toutes ces chinoiseries qui occasionnent un retard dans la distribution des colis, je te prie de m’adresser un mandat postal de 2 francs. Quant aux Feuilles littéraires et autres lectures, ne les expédie plus sous la rubrique, incorrecte d’ailleurs, de : colis-échantillons, mais sous celle de : imprimés, ces derniers n’étant pas soumis aux droits d’octroi de mer. J’espère qu’ils me seront remis aussitôt. En tout cas, ce serait régulier et surtout logique, mais…

Excellente idée que de m’avoir envoyé un flacon de Globéol. Il me tarde de le recevoir pour activer ma guérison. Quant à la levure de bière, j’en ai encore ; c’est te dire de ne plus m’en adresser. Je préférerais recevoir deux flacons de capsules Thévenat au gaïacol iodoformé, car depuis peu je n’arrête pas de tousser. Ce n’est pas grave pourtant. Simple rhume de poitrine causé par le pansement de mes plaies. La poitrine couverte d’un tas d’étoupes et de chiffons, je sue à grosses gouttes et suis constamment mouillé. Le médicament que je te demande en aura facilement raison. J’en ai vu bien d’autres de ce genre-là !

Quelle surprise ! Je viens de recevoir ce colis du courrier dernier que je t’avais annoncé comme égaré ainsi que ta lettre du 3 septembre. Pourquoi veux-tu que je sois mécontent ? Mais ça va très bien, benissimo. Pourquoi te chagrines-tu sans motifs ? Tu devrais comprendre que la cicatrisation d’une plaie n’est pas l’oeuvre d’un jour. Il faut le temps. Et dans les pays chauds, ça marche pianissimo. Qu’importe puisque ça marche vers le mieux. Je te le répète, je suis hors de tout danger. [illisible] je n’ai pas de peine à croire qu’Élisa a trouvé pas mal d’obstacles en ses démarches.

Comme tu le dis, après ces événements c’est à qui se récusera. Il faut compter avec ces choses dans la vie et ne pas y attacher d’importance, sauf pour la leçon de choses qui en découle. Tiens ! moi qui croyais Michel tout autre ! Remerciements de ma part. Dans quelque condition qu’il se fasse, ce mariage lui fera plaisir. Que veux-tu, tu es drôle aussi. S’ils ont cru bon de le remettre aux premiers mois de l’année prochaine c’est, à n’en pas douter, que les circonstances - succession, maladie - les y ont contraints. À moi, tu le conçois, ces choses-là m’indiffèrent. Je n’y attache d’importance que pour la part et l’intérêt que tu y prends.[9]

Tu joindras à ce que je t’ai demandé deux crayons de menthol.

Sincères amitiés aux camarades, à tante, à ta bonne voisine.

Ton affectionné,

Alexandre

23 octobre 1913

Îles du Salut

Ma chère maman,

Bien que je souffre du plus léger malaise, disons le mot : que je me porte comme un charme, je suis toujours en traitement à l’hôpital, en attendant que ces fichues plaies se veuillent donner la peine de se boucher. C’est long, mais, ma foi, je m’en bats l’orbite. Quand on ne souffre pas, on peut laisser tourner la planète tout à son aise. Amen ! Régulier, le service postal, ce mois-ci. C’est ainsi que j’ai déjà tes deux lettres, très ordinaires d’ailleurs. Je n’attends plus que la troisième arrivant avec le courrier français, lequel s’est offert un retard de quatre jours.

25 octobre

Encore que le courrier soit arrivé hier, les lettres ont filé à Cayenne. Je ne les aurai que demain et encore… C’est te dire que je ne puis répondre à ta lettre. Peu importe. Je serai plus long le mois prochain.

J’ai reçu aussi ce que tu m’as adressé en août : un flacon de levure de bière, un autre de Globéol, deux Feuilles littéraires et cinq brochures. Contrairement à ce que je supposais, les frais d’octroi de mer n’ont pas été perçus. C’est bien dommage car il y avait matière à discussion. Je m’ennuie tant…

Je m’ennuie du farniente, je m’ennuie de cette vie de mollusque qu’est celle du convalescent, de ce cadre toujours même chose. Et dire que pourtant c’est là l’idéal, le rêve, le bonheur des limaçons qui aspirent à la tranquillité. Bonnes gens !

Tu dois le concevoir, avec la santé, ma combativité s’éveille. Il me faut du travail, du travail très pénible. Comme l’autre, pour cela, je me sens des appétits d’artiste. D’ailleurs, je ne tarderai pas à me pouvoir satisfaire. Mon exeat n’est plus qu’une question de jours, une quinzaine environ.

As-tu reçu des nouvelles de Vauvay d’abord, de tante ensuite ? Je l’espère. C’est ce que m’apprendra ta lettre ou la suivante. Comme je te l’ai dit dans ma dernière, ne te mets pas martel en tête pour les démarches auprès d’Hélène. Si ça va tout seul, bon ; mais à la moindre complication, à la moindre dérobade, plaque tout et laisse courir. Ce n’est pas indispensable, encore que fort utile. Ai-je besoin de te prévenir contre les agissements probables d’Octave ? Fais toujours en sorte d’être irréprochable[10].

Envoie-moi une boîte de grains de Vals (2,10 francs) et 500 g de Coca granulé (2,75 francs). C’est tout pour le moment ce dont j’ai besoin.

Amitié à tante, à ta bonne voisine, aux camarades, à Michel surtout.

Ton affectionné,

Alexandre

29 octobre 1913

Îles du Salut

Chère maman,

Pour ne pas changer ! Ainsi ce sera toujours la même chose. Tu ne peux donc pas t’en tenir à ce que je te demande : il faut que tu ajoutes toujours quelque chose et quelle chose : de la poudre à faire baver les escargots, autant dire. Que veux-tu que j’en fiche de cette composition pour frictionner les jambes. Je ne suis pas apprenti cul-de-jatte, que diable ! Elles sont bonnes, très solides, mes jambes. Je n’en ai jamais souffert. C’est à croire, bon sort, que tu as de l’argent à gaspiller.

Je ne sais si les personnes de tes connaissances ont été réellement guéries de l’ostéite tuberculeuse par l’intervention chirurgicale. Ce que je sais mieux, par exemple, c’est que, pour mon cas, ça me paraît une fameuse balançoire. Non pas que je souffre, non pas que je sois déprimé ; seulement ça ne se ferme pas, ça coule toujours. Me faudrait-il encore faire le cobaye, me faire tailler la couenne, gratter les os ? Zut ! je ne marche plus. Si ça ne veut pas se boucher, ça peut rester ouvert. M’en [illisible]. Je ne suis pas encore désossé. Bien sûr que je les ai reçus, les caleçons, de même que ce livre, L’Invasion. Alors tu crois que j’ai perdu le nord. N’aie crainte, je le possède, mon pôle magnétique, solidement.

17 novembre

Arrivée du courrier et distribution des derniers colis, de ceux arrivés au précédent courrier. J’ai tout reçu, jusqu’au fameux flacon de « frictionnage ». Tout était en bon état sauf le tube de dentifrice, dont on avait ouvert le fond pour vérifier le contenu et qu’on a oublié de refermer. Les chaussettes et les mouchoirs en étaient tout empêtrés. Petit malheur !… Ça n’a pas d’importance que tu ne m’aies pas envoyé de lecture à ce courrier-ci. Le Nietzsche et le Stirner me suffisent.

Ai-je besoin de te dire que je suis toujours en traitement à l’hôpital ? Il faudra bien, pourtant, que j’en sorte de ce trou. J’en ai plein le dos de cette oisiveté. Il me tarde de me trouver au grand air, de travailler un peu selon mes forces : je compte bien que ce sera pour la fin de ce mois.

Assurément, si grand-maman ne t’a rien envoyé, tu ne pouvais pas y suppléer toi-même. Tu n’as pas à te chagriner non plus pour la part de Julien. Je ne pense pas qu’il en ait un pressant besoin. Du reste, s’il en était autrement, il sera encore temps de le lui adresser lorsqu’il t’en fera la demande. L’essentiel, pour le moment, est que ses affaires n’aillent point trop mal. Il est ennuyeux, certes, que M. Rabattu ne lui ait pas encore fait de visite. Mais, en raison des circonstances, ce retard n’a rien d’alarmant. Avec un peu de patience, il faut espérer qu’il fera face aux premières échéances. Le reste ira tout seul.

Je prévoyais le résultat des démarches de Lisa auprès d’Hélène. C’est pourquoi, dans ma dernière lettre, je te disais de ne pas insister. Il ne faut pas jeter les hauts cris pour cela. La vie est dure, pénible. C’est avec des actes que l’on arrive à s’affranchir des lois de la nécessité et non avec des formules séduisantes mais creuses. Égoïste? Mais tous les êtres sont égoïstes. L’égoïsme est le pivot sur lequel le monde a roulé, roule et roulera toujours.

Bien sûr, il y a la manière. Ainsi, être égoïste dans les petites choses, mesquinement, bassement avec une bonne dose de crapulerie, ce n’est pas beau, ni digne. Mais son petit-fils ne me paraît pas se classer en cette catégorie. À mon gré, il est encore trop idéaliste. À vrai dire, ce n’est pas un défaut. Encore que toute foi soit fausse, qu’il n’y ait rien de vrai, il est de toute nécessité d’en avoir une, de tenir quelque chose pour vrai.

C’est le levier qui fait agir, stimulant qui réconforte. Et puis, tu sais, je puis me tromper, il est vrai, mais Hélène aussi. Il y a donc dans son opinion querelle de chapelle, de petite église. Au fait, l’avenir nous renseignera. Je savais l’accident arrivé au directeur de cette feuille[11].

Je savais aussi, par le peu que je l’ai connu, [illisible] pour mieux dire, la hauteur de ses sentiments. Qu’y faire ? Peut-on reprocher à un moineau de ne pas être une autruche?

Bien sûr que, si l’on s’en tient aux règles d’une stricte [illisible], le procédé d’Auguste à Vauvay peut passer pour incorrect. Mais si l’on tient compte des situations, des circonstances plutôt difficiles qui l’ont contraint de procéder ainsi, il me paraît excusable. N’empêche, à l’avenir, il s’y prendra autrement, j’espère. Il suffira, pour cela, que sa sœur l’en informe[12].

J’ai oublié, dans ma dernière, de te répondre à ce que tu me disais au sujet de Joseph. Vraiment, crois-tu que je sois encore au biberon? C’est un arsouille, te dis-je, une baille à vin. Il est ivre du matin au soir. Comme valeur, c’est plutôt indigent. Si cela lui plaît, peu me chaut. Tu dois bien penser qu’étant sans pitié pour moi-même je ne vais pas m’attendrir sur sa faiblesse. C’est bien simple. Il n’avait qu’à prévoir la force invincible de l’habitude et ne pas commencer à s’enivrer. Que le diable l’emporte ! Ce qui m’étonne, c’est sa résistance à la paralysie générale progressive consécutive à l’intoxication alcoolique. Sans doute le vin est pour lui ce que le vinaigre est aux cornichons. Ça le conserve.

20 novembre

J’ai reçu les trois derniers colis intégralement. C’est te dire qu’ils n’ont pas, comme les précédents, été dirigés sur Saint-Laurent-du-Maroni. D’ailleurs, je ne m’explique pas cette mesure, car je n’ai jamais payé un centime de frais d’octroi de mer. Les capsules de gaïacol iodoformé ne me guériront pas de l’ostéite, c’est certain. Aussi bien ne me les suis-je pas fait envoyer pour cet effet, mais plutôt pour remédier à une bronchite probable que je ne manquerai pas de chiper lorsque je n’aurai plus de pansement, événement qui coïncidera avec le début de la saison pluvieuse. Ces deux flacons me suffiront amplement. De même pour le Globéol. En somme je suis muni, pour le moment, de tout ce qu’il me faut ; c’est te dire de ne plus rien m’adresser, sauf quelque lecture, mais, puisque tu m’as dit que l’on avait rayé le passage relatif aux Feuilles littéraires, ce n’est pas la peine. Je les lirai tout aussi bien en me les faisant prêter par ceux de mes camarades à qui il est permis d’en recevoir.

Avec tout ça, tu me dis bien que tu n’es pas malade, mais ça ne signifie pas que ta santé soit satisfaisante. Attention, ma bien bonne. Il ne doit pas faire bien chaud à Paris, en ce moment. Ne fais pas d’imprudence. J’espère aussi que tu ne seras pas surmenée, en payant trop de ta personne, pour satisfaire aux exigences de Julien. Octave ne te le pardonnerait pas. Car il faut toujours t’attendre à ce qu’il te cause plus d’ennui que de plaisir.

Cela s’entend aussi bien pour Michel[13]. À présent, et d’après ce que tu m’en as dit, les choses me paraissent aller heureusement. D’ailleurs, vous qui êtes sur place, devez le savoir encore mieux que moi.

Amitié à tante, à ta bonne voisine, à Michel, et à toi, ma bien bonne, ma sincère affection. Ton affectionné,

Alexandre

19 décembre 1913

Îles du Salut

Ma chère maman,

J’ai bien reçu tes deux chères lettres ainsi que les quatre colis-échantillons. Aimable attention que d’y avoir joint de la réglisse. J’ai mangé jusqu’au papier, crainte d’en perdre. La lecture aussi me plaît. Ce n’est pas cher et ça me distrait quelque peu.

J’oubliais de te dire que je ne suis plus en traitement à l’hôpital, bien que je ne sois pas guéri -par guérison j’entends la fermeture des plaies. J’ai toujours, au côté droit, une cavité latérale intercostale d’environ 3 à 4 centimètres de profondeur. Et pourtant je n’ai pas été classé, ni impotent ni travaux légers. Il est vrai qu’à défaut de la rubrique j’ai la chose. Pour tout travail, je balaye, et ne me fatigue pas au-dessus de mes forces qui, tu dois le penser, ne sont pas des plus fortes.

Je conçois que la mère de Riette ne lui ait point donné satisfaction. Malade et avec une mentalité qui, quoique dévouée, n’est pourtant pas la même que celle d’Élisa, elle ne peut comprendre les choses sous leur jour véritable. Beaucoup d’illusions. D’autre part, il n’est pas fâcheux que la mère de Julien ait agi de même. Il sera toujours temps lorsque Julien le lui demandera. Pour l’instant, rien ne presse, que je sache.

Comme toi, je trouve qu’Élisa a manqué de réserve en s’adressant à Auguste. Pourquoi, en effet, aller parler de corde dans la maison d’un pendu ? Bien sûr, Octave ne s’en est pas aperçu ; mais le contraire aurait fort bien pu se produire. Encore qu’il ne puisse absolument rien envers Auguste (d’après ce que tu m’en as dit) pas plus d’ailleurs qu’envers Élisa ni Michel (je l’espère), il est bon de surveiller ses agissements, qui, tu dois le savoir par expérience, ne sont pas des plus courtois[14]. Ainsi, je crois fort qu’il n’est pas étranger à l’accident survenu à notre ex-voisin camionneur du boulevard Gilly.

C’est pénible pour lui, car peu fortuné, il aura à supporter les frais, lesquels ne seront pas inférieurs à 200 francs. Ce n’est pas énorme, bien sûr ; mais pour lui c’est beaucoup. Demi-mal encore si son malheur se borne là, puisque sa robustesse lui a permis de résister à la gravité de sa maladie. Du reste les premières provisions, qu’il n’a pu toucher encore mais qui lui seront délivrées après prononcé du jugement, lui restent acquises. C’est toujours ça.

C’est avec plaisir aussi que j’ai appris la complète guérison de Julien. Tu le vois, il n’était pas aussi atteint que ce que tu supposais. Bonne graine sait résister. Tant mieux pour lui.

La santé nous favorise beaucoup moins, nous autres. Toi, ma bien bonne, tu es pour ainsi dire malade en permanence, je sais bien pourquoi et moi, encore que je ne souffre pas trop, ne vaux guère mieux. Quelle existence ! Pour ma part, sois certaine que je ne repasserai plus par les douleurs que je viens de subir. Si jamais je m’infecte malgré toutes les précautions que je prends, je saurai y mettre un terme radical, à ma manière. À cet égard et en toute sincérité, je dois te dire que j’ai été fort bien traité par le médecin-major.

Amitié sincère à Julien, j’aime à croire qu’il ne manquera pas d’aller te voir en avril prochain lors de son voyage annuel[15], ainsi qu’à tante, à ta bonne voisine, à Michel et aux camarades. Ton bien affectionné,

Alexandre

P.-S. Au prochain courrier, envoie-moi : 1°) deux paires de chaussettes (pas comme les dernières, elles ne font pas assez d’usage mais pareilles à celles que tu m’envoyas il y a six ou sept mois) ; 2°) une serviette-éponge ; 3°) un mouchoir ; et 4°) un flacon de grains de Vals.


[1] En 1915, par exemple, alors que Ferrand est employé à l’hôpital militaire de l’île Royale comme cuisinier pâtissier, il doit subir 30 jours de cachot pour vol à la pharmacie et détournement de vivres.

[2] Alexandre Jacob et Honoré Bonnefoy ont déménagé sur Bordeaux pour se faire oublier après le fameux coup de la rue Quincampoix (Vol Bourdin du 6 octobre 1901) à Paris. Jacob va ensuite s’installer sur Toulouse avant de revenir sur Paris.

[3] Ce passage codé parait bien mystérieux. S’agit-il d’un avis médical ou bien d’une demande de conseil auprès d’un avocat ?

[4] Nous n’avons pas pu retrouver trace de cet épisode : il semble frapper Marie elle-même et concerner une histoire de calomnie ou de dénonciation.

[5] Peu explicite : Jacob se réjouit-il d’un complot qu’il préparerait contre l’administration pénitentiaire ? d’une demande faite par Marie auprès de cette même administration ? ou bien encore de cette bien mystérieuse affaire de dénonciation calomnieuse qui aurait été réglée (voir lettre du 1er août) ?

[6] Jacob demande à sa mère de ne pas s’inquiéter et de continuer à lui apporter l’aide nécessaire à un de ses projets.

[7] En septembre 1910, Louis Matha céda le poste d’administrateur du Libertaire à Pierre Martin et participa avec Anna Mahé, Emile Dulac, Henry Combes et Elie Murmain à la réorganisation du journal dont les locaux, rue d’Orsel, avaient pu être acquis grâce aux illégaux subsides des Travailleurs de la Nuit. Le prénom Hélène - ici Helline - désigne peut-être un de ces cinq anarchistes.

[8] Il s’agit bien d’une démarche « administrative » entreprise par Marie avec l’aide de Vaudoyer (ou Vaudois) au profit de Jacob : peut-être au sujet du passage de classe, ou tout simplement d’une demande d’amélioration du régime alimentaire.

[9] Elisa, Michel, un mariage reporté, Jacob fait très certainement allusion à une tentative d’évasion qu’il ne peut mettre en œuvre du fait de son hospitalisation.

[10] Jacob doit écrire par deux filières : l’une à cet ami Vauvay (Vaudois vraisemblablement), et l’autre à tante. Il prévient sa mère de se méfier des enquêtes policières à leur sujet. Quelque chose est en préparation.

[11] On peut penser que Jacob inverse les choses pour brouiller les pistes de décodage de l’administration qui surveille le courrier ; ainsi il faudrait comprendre que c’est Hélène qui a entrepris des démarches, peut-être journalistiques, auprès de l’administration pénitentiaire, et que celles-ci n’aboutissent pas ; ce personnage est lié au Libertaire.

[12] Jacob demande à sa mère de l’excuser auprès de cet ami Vauvay d’un courrier qui a dû être envoyé dans de mauvaises conditions.

[13] Jacob exhorte sa mère et cet ami Michel à la plus grande prudence vis-à-vis de la police pour ce qu’ils préparent depuis la métropole en sa faveur.

[14] Toujours le même procédé : cette fois-ci, c’est Jacob qui a dû soit s’adresser, soit laisser transparaître un projet à l’administration et qui le regrette, craignant que la police s’en mêle.

[15] Soit Jacob parle avec optimisme d’une évasion prochaine, soit il brouille les pistes en dédoublant Julien.

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