Une Mère


Caricature de Marie Jacob au moment du procès d\'AmiensAu début de l’année 1925, Francis Million du Peuple et Louis Roubaud du Quotidien orchestrent pendant un peu plus d’un mois une intense campagne de presse en faveur de la libération du forçat matricule 34777. S’appuyant sur de nombreux témoignages, dont en particulier ceux du Docteur Rousseau, de l’ancien gestionnaire des îles du Salut Alric et surtout du fameux Albert Londres, les deux journalistes insistent dans leurs papiers sur l’expiation du criminel Jacob dont ils ne nient pas les malfaisantes atteintes à la propriété. Ils mettent d’abord et surtout en avant la douleur, l’œdipienne et fiévreuse attente, l’incroyable ténacité de la génitrice. Louis Roubaud peut ainsi rapporter le propos aimant du fils : Une mère, vois-tu, c’est l’humanité. Marie Jacob n’a en effet jamais cessé d’envisager le possible retour de son bagnard de fils et s’est toujours battu pour arriver à ses fins.

Les circonstances sont, il est vrai, largement favorables : victoire électorale du Cartel des gauches, des réseaux solides de relation par le biais des époux Aron dans le milieu gouvernemental, climat politique et médiatique de dénonciation généralisée de la transportation à la suite des articles d’Albert Londres en 1923. Les articles de Francis Million se prononcent Pour la libération de Jacob, ceux de Roubaud finissent par réclamer la Grâce de Jacob.

Alors que lui-même ne croit pas aux efforts de sa mère, le décret présidentiel du 8 juillet 1925 vient le contredire et ordonne son rapatriement en métropole. Peine commuée en cinq années de réclusion. La libération totale du prisonnier est à venir.  La saynète Une mère, reproduite dans le deuxième cd des Ecrits en 1995, reprend les articles des deux journalistes pour faire parler Marie Jacob. Elle s’inspire aussi de la biographie d’Alain Sergent et commet la même erreur chronologique. Les portes de la prison de Fresnes ne s’ouvrent pas le 30 décembre 1928 mais bel et bien un an plus tôt. Quelques jours plus tard, Louis Roubaud dans les colonnes du Quotidien pouvait ainsi raconter l’évènement :

« La porte de la cellule, la porte du couloir, celles du préau, du greffe, de la cour, du parc et enfin le portail de la rue. Quand la « la lourde » se fut refermée, un homme a hésité comme ébloui. Il n’a pas su tout de suite « être libre ».

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