SOUVENIRS D’UN REVOLTE épisode 25


Souvenirs d’un révolté

Par Jacob

Les derniers actes - Mon arrestation

(suite)

Enfin ! nous arrivâmes devant cette bastille républicaine - cette plage pourrais-je dire, où tant d’épaves du naufrage devaient venir échouer. Grâce à une habile manœuvre savamment dirigée par le capitaine de gendarmerie et exécutée par les chasseurs et les chevaux, les abords de la prison furent lestement débarrassés et nous pûmes y entrer sans encombre.

La lourde porte se referma aussitôt, bruyamment, avec un cliquetis de ferraille - comme une porte de prison. Immédiatement, je fus brutalement empoigné par le gardien-chef qui m’emmena, en courant, jusque devant la galerie. Je suis bien bon de dire : «brutalement», comme si un gardien de prison pouvait être autre chose qu’une «brute». On comprend l’homme qui garde les moutons, les brebis, les chèvres, les oies, les dindons, les bœufs, les vaches, les chevaux, voire même les éléphants ; mais comment admettre que l’homme garde l’homme, que l’homme se fasse le geôlier de ses frères ! Heureusement pour moi et Pélissard que le maire, le procureur et le substitut vinrent assister à notre fouille. Sans quoi il eût été certain que, vu notre état de faiblesse physique, le chef, sa femelle et son valet Monfroy nous eussent frictionné un de ces tabacs dont il est parlé au trentième chapitre de l’Évangile signé Lépine. Mais la présence des maîtres mit un frein au désir des laquais. Désir que leur attitude laissait trop bien paraître. Pensez donc ! Le brigadier de police Auquier est l’ami intime du gardien-chef ; ils vont ensemble à confesse et chaque dimanche l’église Saint-Gilles les compte au nombre des abrutis qui vont s’agenouiller devant la sainte table. Ô République, mangeuse de ratichons, quels serviteurs as-tu à ton service !

Après que le geôlier-chef m’eut fouillé des pieds à la tête, tout nu, sans oublier le trou du nez, on me donna une simple chemise pénitentiaire en échange de tout ce que l’on me volait ; puis on m’enferma dans une cellule où deux autres détenus étaient couchés déjà.

L’obscurité était des plus épaisses. Malgré tout le développement que je donnai à mes paupières, je n’y vis goutte. Je suivis les murs à tâtons et, m’embrochant à un châlit garni d’une vieille paillasse, je m’y allongeai de tout mon long, avec volupté, tant j’étais accablé de fatigue ; puis aussi bien que mal, je m’enveloppai dans une couverture.

Pendant quelques minutes j’entendis encore vaguement comme dans un rêve, la rumeur de la foule qui continuait de stationnait aux abords de la prison ; « la bête » comme l’appelle Xavier de Maistre finit par vaincre l’esprit et je m’endormis d’un sommeil profond.

Jacob

Fin

On peut se procurer à « Germinal » ensemble ou séparés les numéros du journal dans lesquels ont paru les mémoires de Jacob.

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