Belbenoit, la Case Rouge, Dieudonné et Jacob


Dry GuillotineRené BelbenoitLe 29 mai 1922, la Cour d’assises de Dijon  condamne un jeune parisien de 23 ans à huit ans de travaux forcés. Multirécidiviste du vol, René Belbenoit embarque pour la Guyane le 7 juin 1923. C’est dans la Case Rouge de l’Ile Royale qu’il peut notamment fréquenter Eugène Dieudonné et Alexandre Jacob. Le matricule 46635 tente pourtant de s’évader deux mois après son arrivée. Il échoue encore en 1924 et en 1930. La Belle finit par lui sourire en 1935. Et, après une cavale de 22 mois à travers l’Amérique Centrale, Belbenoit parvient à rejoindre les USA. C’est là qu’en 1938 il fait publier The dry guillotine. Le succès de ce livre de souvenir est immédiat.Belbenoit à New York L’ouvrage, paru en France sous le titre Les Compagnons de la Belle,  est vendu à plus d’un million d’exemplaires. Mais les autorités françaises, l’AP en particulier, n’ont alors de cesse de récupérer le fugitif devenu une célébrité. René Belbenoit meurt en Californie le 25 février 1959, trois ans après avoir obtenu la nationalité étasunienne.

 

Les compagnons de la belle, 324 p., traduit de l’américain « dry guillotine », Les éditions de France, Paris, 1938, p.144-145 :

 La Case Rouge, le baraquement aux murs souillé de sang, est l’endroit le plus célèbre de tout le bagne car c’est là qu’on met en général les forçats les plus dangereux et les plus dépravés. Qu’un homme ait purgé sa peine de prison pour un crime commis au bagne, qu’il vienne de passer des mois ou des années dans un cachot de l’île Saint Joseph à la suite d’une rixe ou d’une tentative d’évasion, qu’il soit enfin déclassé après avoir été un inco, il est conduit à l’île Royale et enfermé dans la Case Rouge, le baraquement du second peloton des prisonniers. Là sont envoyés les criminels dont le procès a fait sensation en France. L’Administration, craignant que ces hommes ne s’échappent et fassent encore parler d’eux et d’elle-même dans les journaux, les cueille à la descente du transport et les expédie à la Royale. C’est dans ce baraquement de sinistre réputation que les célébrités et les héros du bagne ont passé le plus clair de leur temps. Dreyfus y fut enfermé avant d’aller à l’île du Diable. Dieudonné y séjourna de nombreuses années en compagnie de son ami Jacob, le chef de la bande d’Amiens à qui l’on doit l’introduction du browning en France.

 

Les Comapgnons de la BelleLa Case Rouge est donc bien la case de Jacob lorsque ce dernier se trouve sur l’île Royale. L’anarchiste y côtoie, comme le signale Belbenoit nombre de criminels et de bagnards célèbres. Alain Sergent rappelle à la fin de sa biographie de Jacob (Un Anarchiste de la Belle Epoque, p.182) les noms de de Soleilland (l’assassin en 1907 à Paris de la petite Marthe Erberling), des fagots Hautecouverture et Thésio « qui par chauvinisme se livrèrent à un duel désespéré » (le premier, français, affrontant au couteau le second italien), du parricide Ménardier et de l’infanticide Digonnat, etc. la fréquentation de Dieudonné, Metge ou encore Jacob Law s’inscrit en toute logique dans le regroupement aux îles du Salut de la communauté des bagnards anarchistes. Nous savons par le biais de Dieudonné que Jacob se lie aussi d’amitié dans cette case avec trois autres détenus dont l’ancien membre de la bande à Bonnot ne nous donne que les pseudonyme : Jamis, Tanet et Oldjohn. Dans cet extrait, Belbenoit évoque aussi Alexandre Jacob comme l’introducteur en France du browning. Le fait n’est pas prouvable mais la concordance de temps entre la création de ce pistolet, première arme du genre au format « poche », et l’activité des Travailleurs de la Nuit nous amène à penser l’anecdote plus que vraisemblable. Ce pistolet semi-automatique est breveté par l’étasunien John Moses Browning en 1897. Il est fabrique de manière industrielle en Belgique par la société armurière de Herstal, près de Liège. Les premiers pistolets sortent en 1899 ; cinq ans plus tard, 100000 ont déjà été produits. Il est certain que la grande majorité des armes est exportée par les filières commerciales traditionnelles. Il est en revanche plus que probable que des exemplaires de ce pistolet circulent au-delà des frontières belges par des voies illégales. Les Travailleurs de la Nuit disposent donc d’une arme moderne alors qu’à l’époque les diverses polices du monde ne connaissent encore, comme arme réglementaire, que le revolver à barillet traditionnel (informations fournies par le musée d’armes de Liège, le 25 avril 2002).

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