Bagnards et anarchistes : mai 2025

Le martyr de Girier
Le 22 juin 1895, le TMS de Cayenne acquitte, après cinq audiences, les transportés Lepiez, Foret, Hincelin, Bonacorsi, Bérard, Flamens, Lavoivre, Soudet et Richard et condamne Mamert et Girier à la peine capitale. Les onze bagnards étaient accusés d’avoir peu ou prou participé quelques mois plus tôt à la tentative de soulèvement de l’île Saint-Joseph. Alors que tout prouve le contraire, Jean-Baptiste Eugène Anthelme Girier, est considéré comme l’éminence grise du drame sanglant.
Né à Lyon le 21 avril 1869, il se singularise très vite par une réelle maitrise de l’art oratoire qui le signale tout aussi vite au service de la Sûreté. À Roubaix où il prend le pseudonyme de Lorion pour échapper aux poursuites. La popularité du talentueux conférencier fait des jaloux et, accusé d’être un mouchard, il organise une réunion publique en convoquant ses contradicteurs. La police qui l’attendait au passage, il tire des coups de revolver, fuit vers la Belgique et se fait arrêter en tentant de passer la frontière. Le 18 décembre 1890, la cour d’assises de Douai le condamne à dix ans de travaux forcés.
Le matricule 24636 débarque à 22 ans en Guyane le 17 juillet 1891. Sur l’île Royale, il fréquente Vittorio Pini et Clément Duval qui le considère comme son fils. En 1893, il refuse de participer avec eux à une évasion, préférant attendre sa libération pour pouvoir faire œuvre de propagande en Guyane. Transféré en octobre sur l’île Saint-Joseph, il tente en vain de convaincre l’année suivante ses compagnons à renoncer à une révolte vouée à l’échec. Le TMS ne retient que l’influence « néfaste » du prosélyte Girier et refuse de retenir les témoignages prouvant qu’il n’a pas bougé de sa case le 21 octobre 1894 au soir. Envoyés sur l’île Royale où ils doivent être guillotinés, Bernard Mamert meurt avant l’exécution de sa peine le 11 octobre 1895. Dans sa cellule, Girier attend fiévreusement le jour où l’on montera les bois de justice et, tous les jours, les surveillants s’arrangent pour qu’il croie ce moment venu. L’AP met même plus d’un mois à lui notifier la grâce présidentielle du 18 janvier 1896 commuant sa peine de mort en cinq années de réclusion. Les lettres, qu’il adresse à son avocat et dont Le Libertaire publie de larges extraits au début de l’année 1896, disent l’énormité de la souffrance infligée. À Paris, Henry Leyret, reporter, révèle dans Le Journal par une série de quatre articles parus en 1897 que le forçat 24636 sombre peu à peu dans la folie. Girier, que Liard-Courtois découvre totalement décharné au début du mois de novembre 1898, meurt le 16 de ce mois « à la suite de diarrhée et de cachexie paludéenne ». JMD


Tags: Duval, Girier, Girier-Lorion, île Saint Joseph, Liard-Courtois, Mamert, peine de mort, Pini, révolte des anarchistes, TMS
Imprimer cet article
Envoyer par mail
