Calendrier Jacob : mars 2020


Le vol du mont-de-piété de Marseille…

…nourrit forcément un imaginaire qui peut rendre l’individu attachant du fait de la truculence de l’acte délictueux commis par l’audacieux personnage. Et pour cause, commis le 31 mars 1899, il est mis à jour le lendemain, 1er avril.

L’incroyable histoire pose pour autant un réel problème de sources. Quelques notes de police, conservées aux Archives contemporaines de Fontainebleau attestent néanmoins de la véracité des dires de Jacob à Danan en 1935, à Maitron en 1948, puis à Alain Sergent en 1950 : quatre hommes habillés en policiers, une perquisition en bonne et due forme au mont-de-piété de la rue du Petit-Saint-Jean, les objets du commissionnaire Gil réquisitionnés et le dit Gil emmené au palais de justice pour y être entendu… Les voleurs loin quand on découvre, le lendemain, qu’ils ne furent point de la rousse et le sieur Gil qui passe pour le dindon de la farce.

L’article de La Lanterne,  en date du 5 avril 1899, donne une version quelque peu différente en amputant presque de moitié la relation de ce haut fait. Le sieur Gil n’est même pas arrêté ; les quatre voleurs déguisés se contentent de prendre les objets les plus précieux de son fonds de commerce et le sieur Gil d’aller, inquiet, au commissariat du IVe arrondissement de Marseille où on lui affirme qu’il n’existe pas de policiers correspondant aux descriptions qu’il fournissait. Même si certains ont pu évaluer le butin de manière exagérée à plus de 400 000 francs, il n’en demeure pas moins conséquent. Il est alors estimé entre 8 et 10 000 francs.

Nous nous trouvons devant une interrogation : que s’est-il réellement passé le 31 mars ou le 1er avril 1899 ? Une recherche dans la presse nationale nous met devant une évidence ; l’événement fait peu parler de lui et c’est normal puisqu’il s’agit d’un fait divers local. Gil Blas, Le Journal et Le Petit Parisien évoquent l’histoire dans leur édition du 2 avril soit trois jours avant le numéro de La Lanterne. Rien dans Le Petit Journal, rien dans Le Matin, rien dans de nombreux autres titres.

Pourquoi le nom du faux commissaire n’apparaît-il pas alors qu’Arthur Roques s’est présenté avec le pseudonyme de Pons ? Le commissariat du IVe arrondissement de Marseille se couvre-t-il en donnant une version arrangée ? La police dispose du signalement de quatre individus (Roques, Jacob père et fils, Maurel) et elle peut très bien vouloir éviter le ridicule d’une situation qui entâcherait sa réputation et celle d’une justice violée en son sein même. L’autorité peut-elle être médiatiquement raillée à une époque où la presse fait ses choux gras sur le thème de l’insécurité ? La version d’Alexandre Jacob peut-elle être finalement contestée ? Alain Sergent, le premier biographe de Jacob en 1950, relève à juste titre que l’« on accuse les journalistes d’exagérer systématiquement mais, en l’occurrence, ils firent preuve d’une grande sobriété de détails. La réalité était beaucoup plus savoureuse ». (Un anarchiste de la Belle Époque, Paris, Seuil, 1950, p. 41-42). La question reste en suspens.

CIRA Marseille 2020 : calendrier Jacob

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