Dix questions à … Josette Duc


Le livre de Josette Duc, Ecrits sur la vie, qu’elle publie à compte d’auteur et pour son entourage en ce début d’année 2010, reprend en page de garde des paroles de Jim Morrison, chanteur des Doors : « J’ai épousé la vie et respiré par la moelle de mes os ». Josette est du genre infatigable, toujours par monts et par vaux. Un jour en Cappadoce, un autre dans le désert saharien ou perdu en pleine forêt équatoriale quelque part en République dominicaine. Et, quand l’envie d’un grand trek ne la prend pas, nous pouvons la retrouver dans un monastère pour des cours de chant grégorien ou bien encore dans un ashram en Inde. Il lui arrive aussi de tendre le pouce, de prendre le train pour avaler les kilomètres.

Mais Josette ne fait guère dans la dentelle classique et voilà cette ancienne institutrice, à presque soixante-dix ans en 1997 embarquée dans le Transsibérien. Il parait que Vladivostok doit être vu. Voir le monde, voir le bout du monde, non pas parce qu’il est beau ou pas, mais parce que c’est le monde. Parce que c’est le bout du monde. Telle est Josette qui, sans être libertaire, n’en applique pas moins les idées. Nous avons rencontré cette surprenante globetrotteuse en 2001 pour les besoins de nos recherches sur Alexandre Jacob et, depuis, son soutien, son aide et son amitié ne se sont jamais démentis. Elle a bien voulu ici se prêter au jeu des dix questions et nous évoquer cet honnête homme qui lui a accordé un an de sa vie avant de mettre fin à ses jours en 1954 après une vie faite « d’heurs et de malheurs ».

1) Comment avez-vous rencontré Alexandre Jacob ?

Mon mari, Robert Passas, anarchiste, a lu le livre d’Alain sergent, consacré à Alexandre Jacob. Il a été enthousiasmé, a pris son vélo et sans entraînement, a fait 400 km pour aller le voir à Reuilly. Celui-ci lui a dit : « Tu peux venir avec ta compagne ». Ce que nous avons fait l’année suivante, en voiture.

2) Bernard Thomas présente votre relation avec Alexandre Jacob de deux manières bien différentes. Dans sa première biographie, parue en 1970, il ne s’agirait que d’une aventure purement physique. La seconde version de son Jacob, parue en 1998, plonge le lecteur dans une sorte de roman à l’eau de rose. Qu’en est-il exactement de cet amour que beaucoup n’hésitent pas à qualifier d’hors norme ? Alexandre Jacob fut l’ami de votre mari, Robert Passas, et votre amant. Comment avez-vous géré cette relation entre trois être qui s’estiment et se chérissent ?

C’est très facile de gérer une relation entre trois êtres qui s’estiment et qui se chérissent. Aucune ombre de jalousie. Seulement beaucoup d’amour, qui, lui, n’est jamais possesseur. « Aime et l’amour te dira ce qu’il convient de faire ».

3) Quel était le regard de Jacob sur les femmes qu’il a aimé avant vous ? Que vous a-t-il dit de sa mère et de Rose Roux ?

Il m’a seulement parlé de Rose et de sa femme qui avait bien soigné sa mère. Il lui en était reconnaissant. Il avait avec sa mère une relation fusionnelle qui lui a permis de survivre.

4) La question du suicide de Jacob s’est-elle posée dès le départ de votre relation avec lui ? Quels étaient vos sentiments et ceux de votre époux vis-à-vis de cette volonté d’en finir d’Alexandre Jacob ?

La question du suicide s’est posée dès notre première séparation. J’ai pu lui faire retarder la date d’une année où il m’a promis de m’attendre. Puis, le moment venu, avec Robert, nous avons tout tenté pour l’en dissuader mais, hélas, il était très déterminé. Nous étions très malheureux.

5) Beaucoup de gens sur Reuilly vous assimilent à cette dame en noir qui apparait à la fin de la biographie écrite par William Caruchet et qui, régulièrement vient fleurir la tombe du vieux Marius. Ne trouvez-vous pas cette légende locale facile et particulièrement avantageuse pour le tourisme local ? Que pensez-vous d’ailleurs de l’action menée sur ce village par l’office du tourisme que dirige Claude Nerrand ?

Une équipe de télévision est venue faire un reportage sur Jacob. Ils ont longuement questionné le fossoyeur sur moi. Comme il me l’avait promis, il n’a rien révélé. Alors, ils ont imaginé cette dame en noir … Cela ne m’affecte pas. Je ne connais pas très bien l’action de l’office du tourisme.

6) Vous avez passé les dernières semaines de Marius Jacob avec lui, dans sa maison du hameau de Bois Saint Denis. Quelles étaient vos relations et celles de Jacob avec le voisinage ? Avez-vous fréquenté ses amis ?

Jacob avait de bonnes relations de voisinage. Il conduisait les enfants à l’école. J’allais voir les familles. Nous avons visité Pierre Valentin Berthier et tous ses collègues forains.

7) Vous a-t-il parlé de ses cambriolages ? Jean Maitron, historien de l’anarchisme, a pu déduire des lettres que Jacob lui a écrites en 1948 une condamnation a posteriori des pratiques illégalistes. Or votre correspondance avec le « cambrioleur en retraite » semble montrer le contraire. Alexandre Jacob récusait-il ses actes ? Que pensait-il de l’anarchie ?

Il me racontait seulement quelques-uns de ses cambriolages. Par exemple, quand il a trouvé une femme qui, le voyant arriver par la fenêtre, lui a tendu les bras depuis son lit … ! Mais il ne m’a jamais parlé d’une condamnation a posteriori des pratiques illégales. Il ne récusait pas ses actes. Quand il partait le matin avec sa boite à outils, il allait « travailler ». Voilà ce qu’il me disait. Il était déçu par l’anarchie qui n’était plus aussi authentique, aussi fervente, aussi active qu’autrefois.

8 ) Quelle vision du bagne Alexandre Jacob, ancien matricule 34777, vous a-t-il transmise ? Y a-t-il des faits que nous ne connaissons pas sur cette période difficile de sa vie ?

Le bagne, c’était l’enfer. Il me décrivait ses séjours en cachot, aux fers. De ses dysenteries. Il se demandait comment il avait survécu à de telles épreuves ! Il a crû plusieurs fois mourir.

9) Comment Alexandre Jacob a-t-il vécu la seconde guerre mondiale ? Pourquoi n’a-t-il pas été inquiété par les autorités de Vichy alors que l’honnête homme disposait d’un dossier policier et judiciaire particulièrement chargé ?

Il m’a dit que le bagne lui avait évité de faire la guerre de 1914. Rien sur les autorités de Vichy.

10) Nous tentons de mettre en relief dans L’honnête Cambrioleur, paru à l’Atelier de Création Libertaire en 2008, ainsi que dans le blog qui est consacré à Alexandre Jacob, les mécanismes intellectuels qui ont pu faire de ce dernier le « vrai » Arsène Lupin. Ce rapprochement entre le personnage historique et le personnage littéraire vous paraît-il déplacé ? Qu’en pensait Jacob lui-même ?

Arsène Lupin était un vulgaire cambrioleur, opportuniste, égoïste. Jacob servait une cause. Il était pur, sincère et détaché. Rien de commun entre les deux hommes. Je n’ai pas de souvenirs de Jacob à ce sujet. Une année, au cimetière de Reuilly, j’ai vu un panneau avec le nom d’Arsène Lupin. J’ai été choquée.

Fait à Romans le 11 mai 2010

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