le BERRY MAGAZINE ne désarme pas
Il y a peu, nous posions la question des rapports entre le hasard et l’attachement de la presse berrichonne au personnage de Reuilly. Voir la rubrique : produits dérivés. Mythe ? Légende ? Réalité ? C’est ce que se demande Sébastien Drouet dans un long article consacré à ce « héros » qui ne fut ni Arsène Lupin ni Marius Jacob. La preuve en est, nous dit le journaliste du Berry Magazine (n°85, avril, mai et juin 2008) que le vieux marchand forain « devant la gendarmerie (…) changeait de trottoir ». Donc, dans ce papier, Marius Jacob de Reuilly, revêt une fois des plus les habits ordinaires de l’homme tranquille qui aurait quelque chose à se reprocher. Rajoutons également un peu couard face à l’autorité instituée. Passons sur les lieux communs et les quelques erreurs, même grossières, pour ne retenir finalement que la source inspiratrice, qualifiée, à la fin d’un second article dans le même magazine, de « professeur » et d’« historien ». Le titre de celui-là sonne comme un cri de guerre : « Claude Nerrand ne désarme pas ». Et le vieil homme de s’insurger d’une mauvaise presse qui lui serait fait alors dans un site web « d’ailleurs peu sympathique pour Reuilly » et qui, comble du ridicule, attribuerait la paternité d’Arsène Lupin à Gaston Leroux. Vérification faite, il s’agit bien d’un site mais il ne fait que reprendre les informations données dans un papier berrichon, paru l’année dernière à l’occasion de la pose sur la tombe de Jacob d’une stèle « Marius Jacob peut-être Arsène Lupin ». L’article est signé Marie Andrée de Araujo mais celui de Sébastien Drouet, outragé et inquisiteur, est nettement plus hilarant.
LES GENS D’ICI
Claude Nerrand ne désarme pas
Le président de l’office de tourisme, dont le travail nous a permis d’écrire l’article sur Marius Jacob, occupe activement son temps libre a la promotion de son village, qu’il connaît par cœur.
Lieutenant-colonel en retraite, affichant trois tours du monde à son compteur, Claude Nerrand préside aux destinées de l’office de tourisme local depuis 23 ans. Il a gardé de son ancien métier la droiture, la parole forte et juste, la précision dans les faits relatés. La franchise aussi. Ne lui parlez surtout pas des medias ! «Ah, ces journalistes, ils vont encore tout nous piquer, répond-il, mi-rieur mi-sérieux, à notre demande d’informations sur Marius Jacob. Ne soyez pas surpris si, dans notre conversation, j’écorche un peu 1es journalistes », prévient-il. «Mais vous savez, rassure-t-il très vite, j’ai un fils journaliste. Je me moque aussi des fonctionnaires, mais j’ai deux gars fonctionnaires… » Qui aime bien châtie bien… S’il en veut aux journalistes, c’est notamment d’avoir fait de ce Marius Jacob, dont il connaît si bien le parcours, une sorte de héros, et d’avoir entretenu la légende en inventant des histoires, comme celle de la dame en noir. «La presse a raconte que chaque année, une femme éplorée, portant un voile, venait passer la journée sur la tombe de Marius Jacob et repartait sans mot dire. » Renseignement pris par Claude Nerrand auprès de Josette, le dernier amour du voleur anarchiste, il ne s’agit pas d’elle. Probablement encore une invention de la presse ! Et Internet… « On m’accuse sur un site d’être une sorte de marchand du temple, parce qu’il existe à Reuilly une impasse Marius Jacob et un gâteau Arsène Lupin vendu dans une pâtisserie ! Mais je n’y suis pour rien!» Vérification faite, le site, d’ailleurs peu sympathique avec Reuilly, accuse bel et bien Claude Nerrand, mais l’auteur du texte, soit dit en passant, attribue la paternité d’Arsène Lupin à… Gaston Leroux, père de Chéri Bibi et Rouletabille. Pour ce qui est de la précision des infos, nous irons voir ailleurs. Auprès de monsieur Nerrand, par exemple.
Reuilly sur le bout des doigts
Reuilly, Claude Nerrand pourrait en parler des heures. Il connaît tout et tout le monde ici, ne se faisant pas prier pour expliquer la démographie de sa commune, sa géographie, son histoire, bien présente à travers de remarquables sites -le château de La Ferté, la commanderie de l’Ormeteau -, son vin (185 hectares classes en AOC, contre 35 hectares de vigne seulement en 1985), même s’il regrette que la plupart des producteurs de reuilly soient situés dans des villages alentour. « Il y a 35 vignerons qui font du reuilly, et huit seulement résident à Reuilly même ! ». Les Reuillois, Claude Nerrand les cerne très bien également. II sait aussi les habitudes locales. «Ici, on s’ appelle par un surnom, pour mieux se reconnaître. Les familles portaient souvent le même nom, autrefois; donc, on ajoutait quelque chose. Il y avait Ia Me’quatre gueuIes, qui designait une bavarde. Il y avait Ie Marquis aussi. Aujourd’hui encore, ça se perpétue… » Et vous monsieur Nerrand, quel est votre surnom? L’historien, Ie professeur?
Tags: Berry Magazine, héros, Jacob, Lupin, Nerrand
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10 juin 2008 à 17:44
Entre nous, “outragé et inquisiteur”… c’est ce que je me suis dit en lisant votre article.
Je n’ai pas voulu dresser le tableau d’un homme “couard devant l’autorité” parce qu’il changeait de trottoir devant la gendarmerie. Vous déformez le propos, franchement.
Les “erreurs grossières”, je les attends, et je suis prêt à passer un rectificatif dans le prochain numéro.
Content, en tout cas, de vous avoir fait rire à ce point.
Sébastien Drouet.
10 juin 2008 à 21:06
Entre nous, vos deux articles sont critiquables, au sens premier du terme, et c’est ce que j’ai fait. A vous de trouver ces critiques, outragés et inquisitoriales. Critiquable sur le fond comme sur la forme. La forme d’abord, certes, ce n’est pas vous qui dites que Jacob changeait de trottoir devant la maison poulaga. Mais alors pourquoi faire de cette information, que M. “l’historien” Nerrand répète à foison et à loisir, et à qui veut l’entendre, un surtitre que le lecteur accrochera fatalement (page 19). Jacob est présenté comme quelqu’un qui brave l’autorité mais à la fin de sa vie, le voilà qui change de trottoir. Non, ce ne peut donc être un héros ! D’où l’emploi du terme couard qui rime avec anar évidemment ! Ce que finalement on peut vous reprocher sur la forme, c’est votre source : “Pour ce qui est de la précision des infos, nous irons voir ailleurs. Auprès de M. Nerrand par exemple”. Même au niveau local, M. le “professeur” Nerrand donne des approximations et villipende tous ceux qui contrediraient son propos. M. Nerrand se défend de faire de Jacob un Arsène L. mais pourquoi lors des deux expositions qu’il lui consacre en 1993 et en 2004, un haut de forme assorti des principaux ouvrages de Maurice Leblanc figurent-ils au centre de la dite exposition, sise à l’office du tourisme ? Certes, il n’y a pas d’objectivité en histoire. Mais force est de constater que la vision d’Alexandre Jacob oscille entre l’aventurier et Arsène Lupin. Il s’agit d’historiographie locale. Comment percevoir autrement un tel homme en occultant ce qui ne peut objectivement l’être ? Savoir comment comprendre l’illégalisme, acte politique avant tout. Jacob le dit d’ailleurs à son procès : “J’ai mis à nu toute mon existence de lutte, je la soumets à vos intelligences”. Celui qui ne tente pas de saisir les actes de Jacob, tant durant la période des cambriolages, qu’au bagne ou après, par le prisme de l’idée et de la pensée ne peut donc s’orienter que vers ce genre de stéréotype facile. Jacob = aventurier. Et puis cela fait vendre, c’est une évidence locale et nationale. M. le “professeur” et “historien” Nerrand “qui ne désarme pas” (c’est pour le côté ancien leiutenant colonel peut-être ?) me l’a d’ailleurs affirmé lors de notre première rencontre. Là se limiterait l’intérêt qu’il a pour Jacob, un simple faire valoir de son patelin, charmant village d’ailleurs. Reste les apriori du président de l’officisme du tourisme, béotien en anarchie et surtout dotée d’une vision particulière des gens. Qu’il n’éprouve pas de particulière sympathie pour son personnage, peut me chaut. A vrai dire je m’en fous. Mais il y a malhonnêteté intellectuelle à nier au pire, à minimiser l’engagement politique réel d’un homme. Il procède de la même manière avec Pierre Valentin Berthier qualifié par lui “d’anarchiste de salon”.
Reste alors le fond et les quelques grossières erreurs :
1) p. 20 : “Marius s’est refait une conduite” ça s’est du parti pris. En quoi l’ancienne conduite était-elle mauvaise ?
2) p.20 : “Marius, comme un clin d’oeil à sa ville natale”, il aurait peut-être fallu établir une généalogie de la famille Jacob-Berthou. Mais où y-a-t-il clin d’oeil dans une région où le prénom Marius est des plus communs ?
3) p.21 : “aux îles du Salut et notamment sur l’île du Diable” : nous y voilà, l’argument vendeur par excellence, Jacob et Dreyfus !!!!! Mais l’île du Diable est consacrée aux détenus politiques depuis 1895, c’est à dire depuis Dreyfus. Les anarchistes, en vertu des lois scélérates de 1893-1894, sont considérés par la justice française comme des droits communs et sont systématiquement envoyés sur les … les deux autres îles de l’archipel. Jacob n’a jamais pu se trouver sur le même caillou que le fameux capitaine. Ca s’appelle d’autant plus une belle bourde, que la simple lecture d’un ouvrage soit sur le bagne, soit sur le mouvement anarchiste vous aurez permis d’éviter de faire la même erreur que Bernard Thomas en 1970 et que … Claude Nerrand par la suite.
p.21 : “libéré le 30 décembre 1928″ : faux ! L’erreur vient du livre d’Alain Sergent. Jacob est libéré le 30 décembre 1927. Le fait est vérifiable dans les archives de la prison de Fresnes mais également aux archives de la préfecture de police de Paris mais encore aux archives de l’outre-mer et pour finir dans le fonds Jacob du CIRA de Marseille. Une année de liberté en plus permet ainsi d’expliquer plein de choses.
p.21 : “entouré de ses vrais amis” : parce qu’il y en a eu de faux ? Pourquoi ne pas avoir parlé de Robert et Josette Passas, à qui le vieux Marius a donné toutes ses archives personnelles, et pour qui il a envisagé vers 1953 de commettre un dernier cambriolage afin de pouvoir les rejoindre au Maroc ?
Je comprends bien que vous vous sentiez offensé par l’article que j’ai mis en ligne sur ce blog. Mais votre article comme ce blog d’ailleurs, sont autant d’éléments historiographiques utiles et intéressants. Ma démarche, pour finir, a pour but de replacer l’homme dans son contexte. Sans quoi la vision de ce personnage ne peut être que tronquée ou localement réduite. Je ne saurais vous conseiller et vous recommender de lire mon ouvrage paru récemment aux éditions de l’Atelier de Création LIbertaire.
Bien à Vous
Jean-Marc Delpech