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Le Japon mal rasé
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Il y a quelques années, je m’étais mis dans la tête la rédaction d’un papier sur le mouvement anarchiste au Japon. Mais face au manque de temps et, surtout, à la difficulté de récolter des informations sur le sujet, j’avais finalement vite abandonné cette idée. C’est pourquoi c’est avec un vif plaisir et une impatience difficilement contenue que je me suis jeté sur cet ouvrage de J.-M. Traimond, Le Japon mal rasé, voyage chez les anarchistes, les burakumin , les uilta , les coréens-au-japon et les autres. De plus paru chez l’éditeur libertaire Atelier de Création Libertaire.

Il fallait bien un anarchiste convaincu et avoué pour aborder un tel sujet, avec sérieux qui plus est. On pouvait notamment espérer un ouvrage plus abordable que les essais de sociologie, aussi rébarbatifs que souvent peu ou mal renseignés sur le sujet. On pouvait également craindre d’y trouver une volonté, réconfortante pour l’auteur, de voir des anarchistes partout, même au Japon.
Mais, et c’est là le point fort du livre, J.-M. Traimond ne parle pas uniquement des anarchistes. Loin s’en faut d’ailleurs. C’est avant tout aux minorités, rarement évoquées dans les ouvrages consacrés au Japon, qu’il s’intéresse, sans jamais chercher à y voir absolument des anars. Le chapitre qui leur est consacré est d’ailleurs peu complaisant et non exempt d’une salutaire esprit critique.
Grâce à un travail de recherche historique impressionnant qui permet à tout à chacun de bien appréhender le contexte historique, politique ou social très particulier, mais également de disposer des informations nécessaires à la pleine compréhension de cette curiosité de la société japonaise ; J.-M. Traimond peut ensuite évoquer de manière très concrète son sujet. Ainsi, chaque chapitre débute par un rappel de la situation historique, sociale et politique avant d’évoquer la situation actuelle (celle de 1985, date de la rédaction de l’ouvrage) et de se conclure sur de précieux témoignages. Témoignages qui n’ont pu être obtenus que grâce à une totale immersion de l’auteur au sein des communautés dont il est question. Le désavantage d’être un étranger (un gaijin) au Japon devenant un atout majeur.
Et c’est incroyable ce que l’on apprend sur la société japonaise et son fonctionnement, par ses minorités. Les burakumin et autres uilta, font comprendre douloureusement la xénophobie des japonais en dévoilant une structure de castes qui ne trouvait son équivalent que chez celle des intouchables en Inde. Car si on savait le racisme violent subit par les coréens-au-japon (notamment le terrible pogrom de 1923 à la suite du tremblement de terre du Kanto), le sort des minorités japonaises comme les burakumin est moins connu, d’autant plus qu’il continue à s’exercer en dépit des lois visant à mieux les intégrer en tant que citoyens japonais à part entière.
Véritable mine d’information pour tout passionné du Japon, Le Japon mal rasé est également très agréable à lire grâce aux nombreux témoignages et à sa forme de récits de voyages.
Zeni, mai 2001