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Le Japon mal rasé
Union Pacifiste n° 387, juillet 2001

LE JAPON MAL RASE

L’atelier de création libertaire nous invite à ce voyage chez les anarchistes nippons, les burakumin, les uilta, les Coréens-au-Japon et les autres. En 1985, J.-M. Traimond a traîné ses baskets dans l’empire de l’affairisme et a rencontré des parias en offrant des leçons d’anglais à ces communautés réprouvées et exploitées.
Les burakumin, intouchables du shintoïsme et du bouddhisme, exercent héréditairement des métiers liés à la pollution due au contact de la mort (bouchers, cordonniers, tanneurs, travailleurs des abattoirs, fossoyeurs, gardiens des tombes royales...). Ils habitent dans des ghettos. Le système de caste, officiellement aboli depuis 1868, excluait aussi les itinérants « non humains » (camelots, forains, comédiens, courtisanes, charlatans).
En rendant public tout acte de discrimination et en exigeant du coupable des excuses non moins publiques, les burakumin cassent la loi du silence et parviennent à s’émanciper.
En 1753, Ando Shoeki, médecin anarchisant, se prononçait déjà pour l’abolition des castes, des châtiments corporels et des armées.
Comme presque partout, pendant la Deuxième Guerre mondiale, l’insoumission ouverte entraînait la peine de mort. Wasada Yoshio était un anarchiste du XXe siècle. Il vivait près de Hiroshima le 6 août 1944. Son témoignage se passe de commentaires.
« J’ai vu une énorme lumière, un immense flash. J’ai perdu conscience. Quand je me suis réveillé, tout était noir. Beaucoup de choses m’étaient tombées dessus. Une de mes vertèbres était démise et mes jambes me faisaient atrocement mal. J’ai rampé jusqu’à la maison de ma mère à Onaga et là j’ai dormi, dormi. Pendant que je rampais, j’ai vu l’enfer. »
« Il n’y avait plus de ville, plus rien. Plus que des flammes et de la fumée, des cadavres partout, des gens qui pleuraient... »
« Je ne sais pas quels mots utiliser, ça n’était plus un monde humain. Ça puait, ça a pué la mort pendant des mois. En août, ça brûlait encore çà et là. (Au bord des larmes, Wasada-san lève la main.) Ne me posez plus de questions, je ne veux plus me souvenir. »
« […] Quand j’ai entendu le message de la capitulation de l’empereur à la radio, d’abord j’ai retenu mon souffle et puis une rage terrible m’a pris : les imbéciles allaient croire qu’ils n’avaient eu aucune responsabilité dans la guerre, que l’armée était seule à blâmer alors qu’en fait il aurait bien pu tout arrêter bien plus tôt.
« Évidemment j’étais heureux que la guerre s’arrête, mais il était trop tard : la bombe était tombée. »

Pour garder la main, lire la Lettre de l’ACL.

Albert Louvrier

Union Pacifiste n° 387, juillet 2001