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La Bourse du travail de Lyon
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Enseignant en histoire dans la banlieue lyonnaise, l’auteur a conduit durant sa formation plusieurs travaux sur les Bourses du travail en Rhône-Alpes. Dans cet ouvrage, il nous livre le fruit de plusieurs années d’investigations. Le résultat est tout à fait intéressant, même si l’on a ici l’illustration même du hiatus entre une riche approche monographique et une surinterprétation politique. Qu’apprend-t-on tout d’abord ? Que la Bourse de Lyon est en décalage avec l’évolution tendancielle nationale des Bourses, puisque quand celles-ci sont dominées par le courant libertaire, celle de Lyon demeure sous l’influence du guesdisme. Alors que la plupart des Bourses voient le courant révolutionnaire gagner du terrain, très tôt la structure lyonnaise est tentée par les courants les plus réformistes : ainsi, dès 1905, après sa dissolution par la mairie radicale, la Bourse de Lyon s’inscrit-elle clairement dans ce camp là. C’est cette orientation modérée qui lui permet, en permanence avec l’appui financier de la municipalité, de développer des services pour les syndiqués et les travailleurs. Si les cours professionnels sont au premier rang de ces services, on y trouve aussi, comme ailleurs du reste, une bibliothèque, ou, plus spécifique, un dispensaire médico-chirgurgical. Suivent également la description du fonctionnement concret de la Bourse, le nombre de syndicats adhérents, la publication d’un journal officiel (Le travailleur syndiqué, puis Le Semeur). Le livre offre également des développements sur l’articulation entre la Bourse et l’activité revendicative (l’implication pour le 1er mai, la propagande antimilitariste, le soutien aux mouvements grévistes, etc.). Ajoutons que les illustrations enrichissent les connaissances développées sur cette Bourse.

Les limites de l’analyse sont cependant atteintes quant l’auteur se livre à un développement unilatéral sur la fonction de la Bourse. Alors qu’il explique bien la dualité de la nature de cette structure (lieu revendicatif et instance de délivrance de service), son analyse survalorise uniquement la dimension revendicative, au point d’écrire des contrevérités par rapport à sa démonstration. Affirmer qu’avec la Bourse " il était proposé un modèle révolutionnaire complet basé sur un fondement socioprofessionnel et non idéologique " (p. 197), c’est totalement faire fi de l’emprise, précoce par ailleurs, des courants les plus modérés du mouvement ouvrier sur la Bourse. Affirmer que celle-ci est un " instrument total de lutte (supprimant) le moyen pour le syndicalisme de se passer des structures de l’Etat et de sa représentation parlementaire " (p. 198), c’est oublier que la SFIO a très rapidement été la force politique majoritaire. Cette inconséquence analytique trouve certainement ses racines dans un cadre d’analyse plaqué sur une étude qui méritait sans doute une approche plus circonstanciée.

Georges Ubbiali