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Récits de Christinia
L’Evénement du Jeudi, 26 avril au 3 mai 1995

En revanche, vous avez dû remarquer, plus haut, le chavignol aérien. Le bonheur d’écriture éclate chez Jean-Manuel Traimond, arrivé à 16 ans à Christiania, qui y a vécu de 1979 à 1984 et a fait un second séjour pour écrire son livre. Christiania ? C’est « le plus grand squat d’Europe », une sorte de commune libre à deux pas du centre de Copenhague, dans un quartier militaire abandonné où habitent en permanence un grand millier d’originaux, marginaux, hors-la-loi.

Les autorités ont laissé faire. Et Christiania, phénomène unique en Europe, se perpétue. Peut-être, aujourd’hui, avec moins d’éclat que primitivement. Il y a déjà une légère nostalgie chez Traimond, un peu le sentiment d’une innocence perdue. Son petit livre n’en a que plus de charme.
Il est composé de chapitres brefs, tableaux, récits, portraits, joyeux ou dramatiques, tendus ou relaxés, qui disent tous, en se renouvelant constamment, l’amour de la liberté. Sans idéalisme béat, car la liberté comporte autant de risques que de plaisirs : « Vivre à Christiania, c’est vivre sans filet. » Il y a des pages terrifiantes, des dérives tragiques ; mais surtout des moments privilégiés, des miracles mineurs, des destinées étonnantes, des pratiques inventives, un phénoménal désir de survie collective et de respect de l’individu. Le tout dit avec légèreté, sensibilité, humour, amour, bonheur. Et en 140 pages qui racontent à peu près 140 romans.
Celui des élections municipales de la capitale, où la liste de Christiania ne comportait que les prénoms et les métiers des candidats : Thorkild, chiffonnier ; John, astrologue ; Svend, homme à tout faire ; Ilsa, éboueuse (le premier fut élu). Celui de l’invasion des pères Noël. Celui de l’arrivée des drogues dures, et de leur disparition. Celui de l’installation dans le poulailler. Celui du rassemblement des rockers furieux. Tous ceux des fêtes... Et tous ceux des gens, chacun unique, l’ancien cadre d’Unilever, la souffleuse de verre, Jacob avec ses chevaux et son ourse, l’ex-pilote bulgare, l’authentique lama tibétain, le Finlandais qui va chaque année au Ghana, Marius Myg le Lapon androgyne, Cashmere, obsédé par l’automutilation, Bettina à la beauté de Tatare blonde, Jean-Jacques qui partit cueillir des myrtilles au Canada, Anker abattu de huit balles dans la poitrine, Helge qui a construit une pyramide, Léonard le fils de clown, combien d’autres, sans compter celui qui dit « je » ici et dont on sait au fond peu de chose, mais dont l’autoportrait se compose de cette multitude de reflets saisissants qu’il a su délicatement fixer sur le papier.
Comme c’est souvent le cas pour les meilleurs ouvrages, Récits de Christiania n’est trouvable que dans de rares librairies. Commandez-le, c’est un livre tout à fait extraordinaire.
Pierre ENCKELL