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Le rêve au quotidien
SILENCE n° 205, juin 1996

Domenico Pucciarelli, que les militants lyonnais connaissent plus sous le nom de Mimmo, vient de publier son travail de recherche sur les expériences alternatives de la Croix-Rousse, entre 1975 et 1995. Les pentes de la Croix-Rousse, ancien quartier des Canuts de Lyon, accueillent depuis longtemps de multiples associations dont certaines sont classées comme « alternatives ». Mimmo a défini ici le terme d’alternative comme une « démarche de contestation positive mettant en pratique les idées qu’on peut avoir sur le travail, mais aussi sur l’éducation, l’habitat et en général sur tout ce qui concerne la vie quotidienne et ses rapports à l’écologie ».Ce mot d’alternative est relié à des idées comme l’auto-organisation, l’autonomie, la solidarité...

Après avoir fait une présentation des initiatives alternatives dans le temps, après un crochet en Allemagne, et une présentation du quartier, l’auteur a réussi à retrouver 79 initiatives dans le quartier ayant eu une existence plus ou moins longue. Ces initiatives concernent le cinéma, la musique, les ateliers, le théâtre, l’imprimerie, le graphisme, la communication, l’édition (Silence entre autres), les enfants, la santé, les femmes, les hommes, la politique, la restauration, l’alimentation, des expériences communautaires, des squatts...
24 entretiens avec des acteurs de ces initiatives (âgés de 26 à 70 ans) ouvrent de nombreuses pistes sur ces expériences, sur le vécu interne et sur les liens externes, sur les ruptures qui font l’alternative, sur le plaisir moteur de tout projet, sur la fatigue et les échecs, ou sur le réalisme et la durée. Si certains projets sont issus de 68 comme on pouvait s’y attendre, une vague importante a été provoquée par les manifs contre la loi Debré (1973 – le père de l’actuel ministre), contre Superphénix (manifs de 76-77), contre la spéculation immobilière dans le quartier...
Malgré ces 250 pages (et une multitude de notes en bas de page), la lecture de ce livre passionnant laisse sur sa faim : on sent qu’on aurait pu en écrire dix fois plus.
En tout cas, un ouvrage intelligent dans le sens étymologique du terme : un livre qui « tisse des liens ». Dans ce quartier, chacune et chacun en saura maintenant un peu plus sur les tripes des autres. Ce qui nous anime est mis au grand jour. Des sentiments qui n’apparaissent pas toujours dans les échanges souvent limités au domaine utilitaire du militantisme.
Espérons que les tonnes de documents collectés par Mimmo pourront par la suite donner lieu à une suite, car si ce n’est pas toujours – pas souvent ? – des « happy end », tout le monde revendique la joie de participer ou d’avoir participé à de telles expériences.

MB.