Le travail de Sylvain Boulouque est d’autant plus intéressant qu’il s’attaque aux relations que les libertaires ont entretenu, dans l’histoire, avec les mouvements dits d’émancipation (principalement indochinois et algérien).
S’appuyant sur une lecture scrupuleuse de la presse libertaire de cette époque (1946-1962), il nous restitue toute la gamme des analyses et attitudes ayant existé dans le mouvement libertaire par rapport aux luttes anti-coloniales.
Pour celles et ceux qui auraient pensé que le soutien libertaire à ces dernières allait sans doute de soi, comme une évidence libratrice, la lecture de ce document leur montrera, au contraire, l’extraordinaire
polyphonie qui régnait alors.
Lorsque éclatent les insurrections coloniales et que s’enclenche le cycle répressif avec les opérations de « maintien de l’ordre », en France le mouvement anarchiste est confronté à une multitude de questions quant à son engagement et à ses choix.
Anticolonialistes depuis les origines, rétifs à l’idée nationale et refusant les constructions étatiques par définition, les libertaires se retrouvent devant la quasi-obligation de choisir entre la politique coloniale de la métropole et les idéologies que proposent les mouvements de libération nationale. L’auteur propose une étude des réactions des anarchistes et recherche les motivations qui ont poussé certains militants à devenir actifs défenseurs des mouvements indépendantistes alors que d’autres refusent au contraire de se voir imposer ce système binaire. Leurs engagements répondent aussi à d’autres logiques.
Sylvain Boulouque, enseignant chercheur à l’Université de Reims, achève une thèse sur les rapports entre syndicalisme et communisme dans la France de l’entre-deux-guerres. Il a publié plusieurs articles sur l’anarchisme, le syndicalisme et le communisme.
TABLE DES MATIERES
– Préface, par Benjamin Stora
– Introduction
PREMIÈRE PARTIE :
– Repères historiques et théoriques
– Les courants idéologiques et leurs évolutions
Les anarchistes français à la Libération
L’évolution de 1945 à 1951
Scissions (1952-56) et reconstructions (1956-1962)