Atelier de création libertaire Les éditions Atelier de création libertaire          1979-2018 : 39 ans de culture libertaire
Accueil | Le catalogue | Les auteurs | Les thèmes  | Les colloques | On en parle | I.R.L. | Les téléchargements | Nous contacter



Tous nos titres



Pour en savoir plus

 



Les Black Blocs
METRO, lundi 6 avril 2009

« Il n’y a pas un Black Bloc, mais des Black Blocs »

D’où le terme "black blocs" vient-il ?

Ce serait la police de Berlin Ouest, en 1980, qui aurait attribué le nom à cette forme d’action collective issue du mouvement ’autonome’ des squats, et qui consiste à se grouper en manifestation, tous vêtus et masqués de noir, pour manoeuvrer en bloc compact, se protéger mutuellement, et possiblement affronter les policiers ou lancer des frappes contre des cibles.

Qui sont ces révoltés ? S’agit-il d’un mouvement anarchiste, unitaire et fédéré entre plusieurs pays ?

Il n’y a pas un Black Bloc, mais des Black Blocs, qui n’existent que le temps d’une manifestation. Les gens qui les composent proviennent d’horizons divers, mais le plus souvent s’associent à l’extrême gauche anticapitaliste et antiautoritaire, explicitement ou implicitement ’anarchiste’, mais de tendance plutôt autonome et proche de la contre-culture punk et grunge. Certains Black Blocs ne comptaient que quelques dizaines de personnes, d’autres jusqu’à mille. Les Black Blocs comptent surtout des hommes, mais en certaines occasions, jusqu’à 20% de femmes.

Quelles sont leurs revendications ?

Il s’agit d’une tactique manifestante, et non d’une plateforme porteuse d’un programme politique. En général, cela dit, les membres des Black Blocs sont contre le capitalisme et l’État, contre le racisme et les frontières, contre l’armée et la police. Ils sont aussi écologistes. En bref, ils sont pour la liberté, l’égalité et la solidarité, des principes qu’ils définissent dans une perspective radicale. Par cohérence, les Black Blocs fonctionnent de manière autonome, sans chef(s) ni hiérarchie.

Et leurs techniques d’actions ?

Depuis la fin des années 1990, de très nombreux Black Blocs ont simplement défilé calmement, sans poser de gestes spectaculaires. Leur seule présence en manifestation exprimant déjà une critique radicale. Ailleurs, ils vont défendre les manifestants contre les charges de la police (par ex. à Washington en 2000, lors d’un sommet du FMI et de la Banque mondiale), agir en marge des manifestations pour cibler des symboles du capitalisme (à Seattle en 1999), manoeuvrer pour détourner l’attention des policiers et faciliter l’action d’autres groupes militants pratiquant le blocage de routes (sommet du G8 en Écosse en 2005). En général, leur choix tactique dépend du contexte politique et du rapport de force, et leurs cibles ont une signification politique évidente, pour qui prend le temps de l’analyser.

Comment s’entendent-ils ? Comment se reconnaissent-ils ?

La reconnaissance est principalement esthétique, soit le noir. Un Black Bloc peut aussi être formé de plusieurs groupes d’affinité, comptant des amis et camarades qui avaient décidé en amont de la manifestation de s’y rendre pour participer au Black Bloc. Dans certaines manifestations, des appels sont lancés sur Internet quelques semaines avant pour encourager la formation d’un Black Bloc. En ce sens, ce n’est pas si différent des cortèges qui regroupent des sympathisants derrière des bannières de partis ou d’associations.


Francis Dupuis-Déri est professeur de science politique à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Il est l’auteur du livre Les Black Blocs : la liberté et l’égalité se manifestent, Lyon, Atelier de création libertaire, 2005