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Brèches libertaires
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Des idés et des luttes : Brèches libertaires

« L’anarchisme est vivant »

Il est des livres qui ouvrent l’esprit et invitent à la découverte, à l’approfondissement de la réflexion. Alliant relecture de grands classiques de l’anarchisme et la découverte d’auteurs plus récents, André Bernard, dans son livre Brèches libertaires paru aux éditions Atelier de création libertaire, dessine des pistes et développe le goût de lire pour « ouvrir des fenêtres sur un anarchisme vivant ».

«  Car c’est une réalité, l’anarchisme est vivant ; il évolue et cherche des brèches pour s’extirper de la structure de cette société figée ; cela avec pour espoir de préparer, dès maintenant, le futur.  » A cette fin, André Besnard se penche sur ses chroniques publiées dans des revues, des ouvrages, développées dans des émissions de radio. Il en ressort des évocations d’auteurs récents tels Tom Holterman, ancien professeur de droit, David Graeber, James C. Scott, anthropologues, le juriste Pierre Bance, l’historien Victor Cachard dont nous avons présenté les ouvrages dans cette chronique Des idées et des luttes ou reçu dans notre émission Au fil des pages sur Radio libertaire. Il remonte aussi dans le temps avec Etienne de la Boétie, Henry David Thoreau, l’ouvrier lithographe Fritz Oerter… La liste est quasi infinie, et l’auteur nous renvoie à son site De la désobéissance libertaire (https://deladesobeissance.fr).

Deux ennemis, l’étatisme et le capitalisme
Qui sont-ils ces anarchistes ? Un premier texte signé Pierre Sommermeyer et André Bernard guide le lecteur dans les définitions (les individualistes, les antiautoritaires), les références aux « grands anciens », la spécificité des mots, la diversité de cette pensée anarchiste avec, et c’est essentiel, une réflexion sur l’anarchisme du moment refusant d’opposer un anarchisme militant et un anarchisme de vie plutôt individualiste. La dominante reste une lutte contre la domination de deux ennemis, l’étatisme et le capitalisme, « et se décline en de multiples combats contre des micro-dominations ». Le combat se mène ici et maintenant. La question du choix des armes reste posée et André Bernard considère, à juste raison, que c’est aux opposants de trouver d’autres armes, la non-violence, la désobéissance civile offrent matière à réflexion.
Tom Holterman s’intéresse à l’organisation d’une société libertaire suivant des règles non-étatiques. Le droit est inhérent à tout groupe social, André Bernard renvoie au livre Les Juristes anarchistes, (Ed. Classiques Garnier, 2024). Comment assurer le respect des droits de personnes, l’usage des communs, la gestion des conflits ? La jurisprudence est-elle facteur de stabilité ? Les travaux de Pierre Bance sur le Chiapas, le Rojava et plus récemment son livre La Grande Fédération publié chez Rouge et Noir donnent des pistes sans enfermer le lecteur.

Construire un projet, une vie
Quels gestes de rupture ? Victor Cachard dans son livre Histoire du sabotage rappelle la signification du terme, sans violence à l’égard des personnes, et l’apport d’Emile Pouget. Les contestations actuelles montrent que les individus peuvent se mobiliser et innover : Notre-Dame-des-Landes, les gilets jaunes, les Zapatistes et plus avant, la Zoma analysée par James C. Scott, un objectif, fuir l’Etat, construire d’autres relations sociales. Henri Laborit dans son livre Eloge de la fuite s’interroge sur cette notion.
Comme évoqué en introduction de cette chronique, l’ouvrage accompagne le lecteur vers des pistes, des brèches, des auteurs un peu oubliés comme Jean-Marie Guyau en lien avec L’Entraide de Pierre Kropotkine, Jacques Langlois et sa réflexion sur la domination tant politique qu’économique, le poète Percy B. Shelley… La culture du « contre », de l’opposition permanente doit aussi construire un projet, une vie. «  Si la notion de destruction peut nous aider dans l’analyse de la violence, la notion de création, de créativité aidera à en sortir.  » A chacun de mener sa réflexion, André Bernard complète son ouvrage par la mention de mouvements alternatifs récents et une bibliographie pour guider sans imposer.

Francis Pian
Chroniques du temps réel

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